« Nos pays manquent encore d’équipements adéquats », dit Boris Polynice ANATO, Directeur du PROM / METEO BENIN
Les changements climatiques affectent durement les pêcheurs africains, notamment les Béninois, qui peinent à s’adapter faute d’équipements modernes et de modèles météorologiques adaptés au contexte local. Les prévisions disponibles reposent sur des modèles globaux dont les mailles sont trop larges pour prendre en compte les réalités régionales. De plus, le manque de données dans certaines zones rend les prévisions moins précises et limite la capacité des experts à accompagner efficacement les pêcheurs. Notre rédaction a reçu en entretien Boris Polynice ANATO, Directeur de la Prévision et du Réseau d’Observation Météorologiques de Meteo Bénin, qui nous a parlé des défis posés par les changements climatiques et des actions mises en place pour accompagner les pêcheurs et les communautés côtières. Il a abordé les limites des modèles météorologiques actuels, l’importance de pratiques de pêche durables, ainsi que les initiatives de Météo Bénin pour améliorer la sécurité et la planification des activités maritimes.
Quels sont aujourd’hui les principaux obstacles techniques et matériels qui freinent la précision des prévisions climatiques au Bénin ?
Par rapport à ces changements climatiques, nos pays n’arrivent pas toujours à suivre le rythme, faute d’équipements adéquats. Il nous faut des modèles appropriés pour pouvoir vraiment suivre le rythme et faire des prévisions fiables afin de mieux nous adapter à ces changements. Les modèles que nous utilisons aujourd’hui sont des modèles globaux, qui prennent en compte les paramètres climatiques à l’échelle mondiale.
Les mailles sont très larges, donc les phénomènes spécifiques à nos régions ne sont pas bien détaillés. Cela pose un problème, car même si ces modèles existent, nous n’avons pas toujours les données nécessaires. Il y a beaucoup de zones où nous manquons d’informations, ce qui nuit à la précision et à l’efficacité de nos prévisions. Et cela limite notre capacité à bien accompagner les pêcheurs ou les populations vivant de la pêche.
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Quelles pratiques concrètes recommandez-vous aux pêcheurs pour réduire l’impact des changements climatiques ?
Pour faire face aux effets des changements climatiques, bien qu’il n’existe pas encore de modèles spécifiques à notre pays, nous disposons de prévisions générales qui peuvent aider les pêcheurs à planifier leurs activités, que ce soit en mer ou sur les plans d’eau. Au-delà de cela, il est important que les pêcheurs pensent à diversifier leurs activités. Ils ne doivent pas vivre uniquement de la pêche. Ils peuvent développer d’autres sources de revenus et adopter des techniques de pêche plus durables.
Par exemple, ils doivent abandonner les filets à mailles fines qui détruisent la faune aquatique et choisir des outils respectueux de l’environnement marin. De même, ils peuvent contribuer à la restauration des écosystèmes, notamment en plantant des mangroves autour des lacs pour favoriser la reproduction des espèces.
En somme, il faut que les pêcheurs participent eux-mêmes à cette adaptation collective, pour réduire les effets des changements climatiques et pérenniser la pêche.
Pouvez-vous expliquer comment fonctionne concrètement le bulletin météo pour la pêche et comment avez-vous adapté ce système aux pêcheurs non scolarisés ?
À Météo Bénin, nous avons constaté que beaucoup de pêcheurs périssent en mer, faute d’informations météorologiques fiables. C’est pourquoi nous avons développé des bulletins météo marines.
Parmi eux, un est spécialement dédié à la pêche traditionnelle. Nous avons aussi d’autres bulletins : un bulletin général pour les acteurs maritimes, un pour le Port Autonome de Cotonou, et un autre pour le pipeline maritime. Pour la pêche, nous avons un bulletin spécial et pour les pêcheurs non scolarisés, nous avons opté pour un système simple basé sur des codes couleurs de drapeaux.
Nous utilisons un code couleur de drapeaux pour indiquer les conditions météorologiques :
Vert : vent faible, conditions favorables.
Jaune : vent modéré, prudence conseillée.
Orange : conditions difficiles, vigilance renforcée.
Rouge : danger, il faut éviter toute sortie en mer.
Le même principe s’applique à d’autres paramètres comme la visibilité ou les orages.Nous intégrons aussi des informations sur la visibilité, les orages, les marées et même sur la quantité de poissons susceptibles d’être capturés selon les conditions du jour.Nous précisons également les heures les plus favorables ou défavorables à la pêche au cours de la journée. Ces données permettent aux pêcheurs d’organiser leurs sorties en toute sécurité.
Comment Météo Bénin envisage-t-elle d’étendre la diffusion de ces bulletins aux pêcheurs des zones reculées ?
Il reste encore beaucoup à faire pour faire connaître ces bulletins. Beaucoup de pêcheurs ignorent qu’ils existent, alors qu’ils sont gratuits et facilement accessibles. Ils peuvent les consulter sur notre site internet ou en se rapprochant directement de Météo Bénin.
Pour faciliter la diffusion, nous avons créé un groupe WhatsApp regroupant certains pêcheurs et structures de pêche. Au début, je me rendais moi-même sur les plages, notamment à Fidjrossè, pour discuter avec les pêcheurs, tirer les filets avec eux, et leur présenter le bulletin. Certains ont trouvé l’initiative très utile et nous ont fait des retours positifs.
Il nous reste à intensifier la sensibilisation, car beaucoup ignorent encore l’existence de ce service pourtant gratuit et à leur portée. Ils peuvent y accéder via notre site internet ou en se rapprochant de Météo Bénin. Nous avons également créé un groupe WhatsApp pour partager ces bulletins avec certains pêcheurs et structures faîtières.
Pour toucher plus de monde, nous allons sur le terrain, particulièrement sur les plages comme celle de Kpité. Nous échangeons directement avec les pêcheurs, les informons de l’existence de ces produits et les ajoutons au groupe pour qu’ils reçoivent les bulletins. Les retours sont positifs : ils trouvent ces informations très utiles.Il nous faut maintenant renforcer la vulgarisation pour permettre à tous les pêcheurs d’en bénéficier et de sécuriser davantage leurs activités.
Réalisé par Vignon Justin ADANDE


