Une culture marginale face à de grandes ambitions économiques
Publié en juillet 2025 par l’Observatoire du Commerce, de l’Industrie et des Services de la CCI Bénin, un document officiel met en lumière la filière hévéa au Bénin, marquée par une production encore limitée, mais soutenue par un plan économique ambitieux, des produits dérivés variés et une volonté affichée de transformation locale.
La filière hévéa au Bénin demeure à un stade embryonnaire, selon le document intitulé « Filières émergentes au Bénin : projecteur sur la filière hévéa », publié en juillet 2025 par l’Observatoire du Commerce, de l’Industrie et des Services de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin. Introduite dans le pays dans les années 1950, la culture de l’hévéa n’a pas connu un développement soutenu après l’indépendance, malgré plusieurs initiatives publiques et privées.
Aujourd’hui, la production d’hévéa est principalement concentrée dans la partie sud du pays, avec une extension progressive vers certaines zones du centre. Les départements du Plateau, de l’Atlantique, du Zou, des Collines, de l’Ouémé et du Borgou figurent parmi les principaux bassins de production. Des localités comme Kétou, Sakété, Ifangni, Calavi, Zè, Dassa, Ouinhi ou encore Tchaourou accueillent des plantations en activité.
Les données recueillies auprès de l’Association des producteurs d’hévéa du Bénin font état de 54 planteurs à l’échelle nationale. Le département du Plateau concentre à lui seul près de 48 % de ces producteurs, confirmant son rôle central dans la filière hévéa au Bénin. La production reste largement dominée par les hommes, qui représentent 87 % des planteurs, contre 13 % de femmes.
La superficie totale emblavée est estimée à 605 hectares. Près de la moitié de cette superficie se situe dans le Plateau, tandis que le reste est réparti entre plusieurs départements. Malgré cette évolution, la filière hévéa au Bénin reste marginale comparée aux cultures traditionnelles, même si l’hévéa progresse au détriment de l’anacardier, du manguier et des agrumes dans certaines zones agricoles.
Des produits dérivés aux usages économiques et environnementaux
La filière hévéa au Bénin repose essentiellement sur l’exploitation du latex, matière première du caoutchouc naturel. Le latex est extrait par la saignée, une technique précise qui permet une production régulière tout en préservant la longévité des arbres, dont la durée de vie productive peut atteindre cinquante ans.
Le caoutchouc naturel est utilisé dans de nombreux secteurs. Les pneus pour véhicules, les gants médicaux, les cathéters, les préservatifs, les chaussures et divers articles domestiques figurent parmi les principaux produits dérivés. Le document souligne également l’utilisation du caoutchouc naturel dans les équipements sportifs, les revêtements de sols et certains matériaux de construction, en raison de ses propriétés d’élasticité, de résistance à l’usure et d’amortissement.
La filière hévéa au Bénin présente aussi un intérêt environnemental. L’hévéa produit davantage d’oxygène qu’il n’émet de dioxyde de carbone et contribue à l’amélioration de la qualité de l’air. Les plantations peuvent aussi capter une partie des polluants atmosphériques, renforçant leur rôle écologique.
En complément du latex, le bois d’hévéa constitue une ressource valorisable. Les branches et petits bois issus des plantations sont utilisés dans la fabrication de panneaux de fibres à moyenne densité et de bois lamellé-collé, ouvrant des perspectives pour une industrie locale de transformation.
Un plan économique pour structurer la filière hévéa au Bénin
Le développement de la filière hévéa au Bénin s’inscrit dans le Programme d’Actions du Gouvernement 2021-2026, qui a retenu l’hévéa comme culture phare du volet agricole. Une superficie cible de 20 000 hectares a été dédiée à cette culture dans le cadre du programme national de développement des plantations et des grandes cultures.
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Le plan économique prévoit un accompagnement des producteurs à chaque étape de la chaîne de valeur. L’État s’engage à faciliter l’accès aux terres, aux semences certifiées et aux appuis techniques, avec l’appui de l’Institut National des Recherches Agricoles et du Centre de recherches agricoles plantes pérennes de Pobè. Des travaux sont en cours pour développer des clones productifs et adaptés aux conditions locales.
Un partenariat stratégique signé en octobre 2024 entre le ministère en charge de l’Agriculture et le groupe ivoirien AgroSources constitue un levier important du plan économique. Ce partenariat vise à renforcer les capacités des producteurs, sécuriser les débouchés commerciaux et préparer la transformation locale du caoutchouc. À terme, l’ambition affichée est la création d’un label « caoutchouc béninois » et l’intégration du pays dans les chaînes de valeur régionales et internationales, à l’image de la Côte d’Ivoire, leader africain du secteur.


