Après la suppression des primes pour restaurer la compétitivité, les achats reprennent
En Côte d’Ivoire, la filière cacao amorce un nouveau tournant. Après la décision des autorités de supprimer certaines primes intégrées au prix d’achat notamment le différentiel d’origine et le différentiel de revenu décent, les opérations d’achat ont progressivement repris sur le terrain.
Cette mesure, portée par le Conseil du Café-Cacao (CCC), vise à redonner de la compétitivité au cacao ivoirien sur le marché international. Depuis la campagne 2020/2021, un différentiel de revenu décent de 400 dollars par tonne avait été instauré conjointement par la Côte d’Ivoire et le Ghana afin d’améliorer les revenus des producteurs. Mais dans un contexte de tensions sur les contrats et de concurrence accrue, ce mécanisme est apparu comme un frein aux transactions.
Sur le terrain, la suspension de ces primes a permis de fluidifier les échanges entre exportateurs et acheteurs internationaux. Plusieurs opérateurs, qui avaient ralenti leurs engagements face à l’alourdissement des coûts, reprennent progressivement leurs positions. L’objectif est d’éviter l’accumulation des stocks et assurer un écoulement plus régulier de la production.
Toutefois, cette reprise suscite des interrogations du côté des producteurs. Si la compétitivité à l’exportation semble restaurée à court terme, la question de la rémunération durable des planteurs reste posée. La suppression du différentiel de revenu décent pourrait, à moyen terme, fragiliser les efforts engagés pour améliorer les conditions de vie dans les bassins de production. Dans les faits, les acheteurs jugeaient les fèves ivoiriennes trop onéreuses comparativement aux autres origines, freinant les engagements à terme. La suppression des primes apparaît donc comme un compromis destiné à fluidifier les transactions.
Dans ce contexte, l’équilibre entre attractivité commerciale et justice sociale demeure au cœur des enjeux de la filière. La reprise des achats constitue un signal encourageant pour les opérateurs, mais elle relance aussi le débat sur le modèle économique du cacao ouest-africain.
Vers un ajustement du prix producteur ?
La mesure devrait permettre de relancer les ventes à terme en prélude à la petite traite, attendue dès avril. Toutefois, plusieurs analystes anticipent un nouvel ajustement : une possible baisse du prix bord champ pourrait être annoncée avant la fin du mois.
Actuellement fixé à 2 800 FCFA/kg pour la campagne principale (octobre–mars), soit environ 5 000 dollars la tonne, le prix ivoirien demeure supérieur aux cours mondiaux, qui oscillent depuis février entre 3 000 et 4 000 dollars la tonne.
Dans un marché où la volatilité est devenue la norme, la Côte d’Ivoire joue donc un exercice d’équilibriste : préserver sa position dominante tout en maintenant l’attractivité de son cacao. La reprise des achats constitue un signal positif, mais la stabilité durable de la filière dépendra des prochains arbitrages tarifaires et de l’évolution de la demande internationale.
Vignon Justin ADANDE


