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ACMA2 : ACCÈS AU CRÉDIT EN MILIEU RURAL La finance digitale, une alternative salvatrice pour les bénéficiaires

Définie comme le fait de développer des services financiers à l’aide de moyens de transactions électroniques, notamment grâce aux services financiers mobiles, permettant des transactions via téléphone mobile, la finance digitale s’avère très importante aujourd’hui dans le monde agricole. Une stratégie adoptée par la phase 2 du Programme ACMA, pour faciliter l’accès aux services financiers des producteurs des 28 communes des zones d’intervention ciblées par le programme.

Par Laure LEKOSSA

Des files d’attentes à longueur de journée au niveau des institutions bancaires, des allers –retours à n’en point finir, la non éligibilité à un quelconque emprunt. Ce sont entre autres les calvaires que vivent à répétition les producteurs dans leur quête d’accès aux crédits agricoles. Conséquence : frustration, nervosité et parfois même le découragement. Cette situation favorise la faible productivité agricole observée dans la majorité des pays en développement particulièrement en Afrique et plus précisément au Bénin. Le développement économique et social équilibré et durable s’appuie, dans ses premières étapes, sur une agriculture solide. Cela implique l’injection de capitaux très importants et une montée en puissance du crédit agricole. L’histoire des pays développés a montré que l’essor de l’agriculture passe par le déploiement d’un écosystème complet, mêlant acteurs publics et privés dans de multiples domaines : recherche agronomique, enseignement agricole, conseil technique et économique, organisation des agriculteurs sous forme de coopératives et d’interprofessions, gestion des risques agricoles, services sociaux en milieu rural, etc. Le crédit, fourni par des institutions financières publiques ou privées, est un élément clé de cet écosystème. Or, les agriculteurs sont trop peu nombreux à pouvoir accéder à des services financiers (paiement, épargne, crédit) adaptés à leurs besoins. Ils ont généralement de grandes difficultés à acquérir les intrants nécessaires à la production agricole ou à vendre au meilleur prix. Il est prouvé que l’accès aux services financiers particulièrement le crédit aide les populations à faibles revenus à mieux tirer profit des opportunités économiques qui se présentent à eux et à gérer leurs risques en améliorant leur niveau de revenu à travers leurs activité leurs conditions de vie, de santé et d’éducation.

C’est fort de ce constat et vu que le besoin du financement agricole est un réel problème au Bénin , et afin de satisfaire le besoin sans cesse croissant des paysans , que la phase 2 du programme ACMA (Approche Communal pour le Marché Agricole ) a, dans la mise en œuvre de son programme, opté pour l’amélioration de la productivité agricole pour donner une grande impulsion au chemin conduisant vers l’augmentation des rendements des cultures et l’accroissement des revenus agricoles d’un grand nombre de producteurs/trices (hommes, femmes et jeunes). Et pour ce faire, des approches et stratégies plus adaptée ont été développées et mises sur pieds en matière d’appui financiers pour faciliter l’accès aux crédits des producteurs. Il s’agit de la Finance Digitale. Autrefois , le constat fait apparaître un accès relativement limité des producteurs agricoles aux services financiers de base couplé avec la situation géographique, l’accessibilité physique et le coût des services financiers proposés qui constituent des facteurs qui enclenchent le désengagement de ces derniers auprès des Structures Financiers Décentralisées (SFD). Mais pour des producteurs rencontrés à Ouèssè dans le département des collines, qui bénéficient du programme, la joie sur les visages n’est pas chose forcée. La finance digitale apparaît pour eux comme le moyen le plus sûr et le plus approprié en matière d’accès au crédit agricole. Agnès Dossou, transformatrice de manioc en Gari à Ouèssè rencontré au niveau de l’unité de transformation de manioc et autres dérivées construite par le programme ACMA 2 apprécie l’initiative « L’aide que nous recevons ici en matière d’accès aux crédits agricoles est pour moi une bonne chose parce que sans l’argent tu ne peux rien faire dans cette vie. ACMA2 a réfléchit et a souhaité accompagner les femmes productrices /transformatrices ici à Ouèssè par l’octroi des crédits agricoles aux femmes et moi je trouve que c’est une bonne chose, c’est merveilleux il y a du bonheur dans cela. Moi avant, pour les prêts, je laisse tout ce que j’ai à faire et j’y vais passer tout mon temps dans les structures parfois même toute une journée et à cause de cela mes ignames se gâtent et pourrissent des fois. Maintenant que c’est à travers les réseaux mobiles et nos téléphones que nous recevons de l’argent maintenant, même après avoir fini de travailler je peux à n’importe quelle heure à n’importe quel moment retirer mon argent dans n’importe quelle agence de Mobile Money. C’est merveilleux la finance digitale parceque ça a réduit les souffrances que nous vivons avant dans le processus de l’octroi des prêts. Même dans nos maisons, ACMA 2 nous envoie de l’argent nous ne nous déplaçons plus comme avant. Moi j’ai beaucoup aimée cela et je lui dis infiniment merci et je demande qu’ils puissent nous aider davantage dans l’octroi des crédits ». Elle va plus loin « C’est le bonheur de chaque arrondissement, chaque commune bénéficiaire de ce programme et le bonheur de tout le pays. Et nous les femmes nous devons savoir que vu qu’ACMA2 a pris la décision de sortir les femmes de la pauvreté, nous devons nous engager à travailler dur pour que nos activités aillent de l’avant et que nos familles soient de plus en plus heureuses. ».
A sa suite, dame Delphine Sossou, transformatrice de manioc en gari à Ouèssè, membre de l’ACFA (Association Communale des Femmes agricultrices de Ouèssè), ayant déjà bénéficié du crédit renchérit « Moi j’ai eu à recevoir un tel crédit que j’apprécie beaucoup. Parce que dans le passé, avant que tu n’empruntes de l’argent dans n’importe quelle structure financière, tu dois d’abord te faire enregistrer et ouvrir ton propre compte. Mais ce n’est pas pareil avec ACMA 2. Nous avons juste reçues des formations au sein de notre association sur le crédit digitale et chacun de nous à exposer ses problèmes et ses désirs avec le montant qu’il veut emprunter. Nous n’avons pas mis de l’argent dans nos comptes avant de recevoir nos crédits. On nous avait dit d’ouvrir individuellement un compte Mobile Money pour bénéficier des transferts. Au moment convenu, nous avions reçues nos argents en étant tranquille chez nous .Nous ne rencontrons plus de difficultés pour récupérer notre argent. Et même pour le remboursement, on nous a datés des mois ou chacun devrait rembourser son argent. Parfois nous n’avons pas de l’argent pour aller acheter de l’igname chez les producteurs et cela nous donne parfois des soucis mais aujourd’hui nous arrivons à bénéficier des prêts qui nous permettent d’évoluer dans nos activités. Toutes les femmes transformatrices qui sont membres de notre association ont bénéficié de ces prêts. J’ai vraiment apprécié cela et aujourd’hui je n’ai plus de souci et mes enfants sont très à l’aise. Si la finance digitale existait depuis longtemps, ma vie ne serait plus à cette étape ; j’aurai déjà pu évoluer dans mon activité ». Elle poursuit en disant : « Je remercie beaucoup ACMA 2 pour ce qu’il a fait pour les femmes de Ouèssè et je demande sincèrement qu’ils prient pour nous pour que nous arrivons à vite payer ce que nous avions emprunté pour qu’ils puissent nous aidaient encore davantage .Je demande aussi que ACMA 2 nous forme davantage comme il ne le fait déjà parce qu’on ne finit jamais d’apprendre ».

Le secteur de la finance digitale a fortement progressé en 2017. De 2% en 2014, le taux de la population âgée de 15 ans et plus qui dispose d’un compte actif de SFN est passé à 32%. Et sur environ 7 millions de comptes clients « mobile money » enregistrés, le tiers a été utilisé au moins une fois en 3 mois pour une transaction.

Le Bénin détient 12% des comptes clients de la zone UEMOA, avec plus de 200 agents pour desservir 100 000 clients, et plus de 500 marchands acceptant des paiements « mobile money » selon la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Les SFD (Société Financier Décentralisé) quant à eux, ont réalisé des efforts considérables et déployé des moyens conséquents pour rendre leurs services accessibles et plus proches de leurs clients. Pour ce qui concerne le mécanisme mis en place par ACMA 2 pour faciliter les prêts aux producteurs, Eric Kouadoua, facilitateur à l’ONG GRASID une organisation partenaire à ACMA2 apprend que : « Pour le mécanisme qui est mis en place, ils ont eu un comité de suivi sur le terrain. Si les gens ne sont pas en mesure de payer, ce sont ceux-là qui vont aller au niveau des bénéficiaires pour récupérer les sous. Avant qu’on ne facilite un groupement ou un producteur, il faut voir si la personne est en activité d’abord et il faut le suivi avant de mettre à contribution le financement. Après cela nous faisons le suivi et le coaching ».

Le crédit est une composante essentielle du développement de l’agriculture. La pauvreté de la majorité des paysans les rend particulièrement vulnérables aux chocs climatiques et économiques et les empêche d’investir à la hauteur des besoins. L’accès à des services financiers adaptés peut leur permettre de sortir du cercle vicieux de la pauvreté, mais cela n’est pas suffisant si les autres dimensions, techniques et surtout organisationnelles (regroupement des petites exploitations en coopératives ou organisations de producteurs) et commerciales (accès aux marchés) ne sont pas prises en compte. Les pistes susceptibles de conduire à une meilleure adéquation entre offre et demande de prêts peuvent cependant conduire à desserrer la contrainte de financement des activités agricoles. L’octroi de crédit en quantité et dans des conditions adéquates permet aux agriculteurs non seulement d’accroître leur revenu mais aussi de s’orienter vers des pratiques plus durables et de contribuer ainsi à la lutte contre le changement climatique ou la conservation de la biodiversité, sachant que ces pratiques ont également un effet positif sur la fertilité du sol. Enfin, si le crédit est un outil majeur de modernisation des exploitations agricoles, familiales et pastorales. Le crédit est donc un allié de la puissance publique dans son rôle régulateur pour créer un environnement favorable à l’épanouissement de l’activité agricole. Mais il doit s’adosser à un écosystème stable et prévisible que seule peut garantir une gouvernance publique saine et avisée.

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