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COVID 19 AU BENIN : L’agriculture, un des secteurs les plus touchés par la pandémie

La pandémie de la COVID-19 est apparue à un moment où le Bénin commençait à bénéficier des gains de sa croissance économique de l’ordre de 6% en moyenne annuelle enregistrée durant les trois dernières années. Mais avec la crise sanitaire de la COVID-19, la situation semble s’inverser au Bénin comme dans la plupart des pays touchés. La pandémie n’a épargné aucun secteur d’activité notamment l’agriculture.

PRODUCTION-MARAICHERE-AU-BENIN

Laure  LEKOSSA.

Selon les dernières prévisions du Fonds Monétaire International et du Gouvernement (Septembre 2020), le taux de croissance économique devrait reculer de plus de deux tiers, à 2,3% en 2020,  ce qui est largement inférieur aux prévisions antérieures qui envisageaient un taux voisin de 7%. Comme on peut s’en apercevoir, la crise sanitaire de la COVID-19 et ses effets sur l’économie béninoise pourraient saper les avancées enregistrées en matière de développement et des progrès sur le sentier des Objectifs de Développement Durable en l’absence d’efforts hardis.

L’agriculture est le premier secteur économique du Bénin. Ce secteur  contribue pour 32,7 % en moyenne au PIB, 75 % aux recettes d’exportation, 15 % aux recettes de l’État et fournit environ 70 % des emplois. Elle contribue aussi et surtout à assurer la sécurité alimentaire du pays.  Mais la crise sanitaire qui a secoué presque tous les secteurs n’a épargné l’agriculture.  Pour Mouyidini RADJI, Chef Cellule Communale de Banikoara (ATDA 2), la COVID 19 a eu beaucoup d’effets sur les activités agricoles depuis l’accès aux intrants, la production, la transformation et la commercialisation. Banikoara au vu de ses dires,  est une commune hautement agricole avec 4383 km 2,  qui vient en tête du classement pour  la production du coton et du maïs. Plus de 80 % de sa population (jeune, femme, homme  personnes âgées) active est dans ce secteur. S’agissant de l’accès aux intrants, il souligne qu’une mise  à disposition  des engrais vivriers à travers la boutique SODECO a été faite mais le pouvoir d’achat des producteurs a été affecté pas les effets du COVID 19 malgré les actions sociales fortes du Gouvernement face à cette pandémie au cours de la campagne précédente. Car  explique-t-il,  la rareté de la main d’œuvre dû à la fermeture des frontières notamment celles du Burkina Faso, a  significativement réduit la marge bénéficiaire des producteurs, du coup,  au démarrage de la campagne, les producteurs n’avaient pas de ressources.  Mieux,  les IMF étaient réticentes à l’octroi de  crédits de démarrage de  campagne à cause du climat de panique que COVID avait instauré dans la Commune.

Tous les maillons touchés par la crise sanitaire

Presque tous les maillons de ce secteur ont été fortement touchés. « Il faut noter que les mêmes observations ont été faites dans le maillon production  car les prix des denrées de première nécessité ont connu des augmentations exponentielles ;  ce qui a induit une augmentation des frais de prestation des différentes opérations qui concourent à une bonne production. La transformation n’a pas échappé aux effets du COVID, car le prix  des matières premières a  également augmenté, ce qui a pour conséquence, la réduction des approvisionnements des unités issues de la transformation avec une augmentation du coût (baisse des quantités et augmentation du prix) » ajoute-t-il.  Mais, le constat inverse a été fait au niveau du maillon commercialisation, car, fait-il comprendre, les producteurs se retrouvant dans des difficultés de moyens financiers,  ont bradé les productions précédentes aux commerçants ou  aux opérateurs économiques qui les revendent pratiquement au double du prix d’achat aux mêmes producteurs ou aux commerçants étrangers venant du Nigéria, Niger ou du Burkina Faso. Selon lui, cette situation de crise sanitaire a failli créer une insécurité alimentaire dans la commune, mais les autorités compétentes ont pris  des dispositions pour réguler cette sortie massive des matières premières (mais, riz, soja).  Outre les maillons, « il faut noter que la tenue des cadres de concertation /filière des acteurs  a également pris un coup. Ceci dans le souci de respecter les mesures spéciales que le gouvernement a pris, les réunions de ces cadres de concertations ont été suspendu jusqu’à ce que des mesures d’atténuation soient apportées en respectant le protocole  des gestes  barrières » a-t-il martelé.

Pour Julie Billart Sogbossi, Responsable Développement Filière maraichage du PADMAR /ProCar, la Covid 19  a eu un effet important sur les activités agricoles entre autres le flux commerciale des produits agricoles  qui a été dérangé par la délimitation du cordon sanitaire au début de la pandémie de l’intérieur vers les grandes métropoles comme Cotonou, Abomey Calavi, Porto-Novo et autres. La fermeture des frontières notamment avec le Nigéria et le Togo créant par conséquent un manque à gagner aux producteurs et commerçants du secteur , la baisse du pouvoir d’achat des ménages dont les responsables ont perdu leurs enplois ou dont les activités ont été arrêtées dans le cadre de la lutte contre  la propagation de la pandémie ; la cherté des matières premières agricoles en particulier du aux conséquences de la pandémie. Les activités agricoles dira-t-elle ont également pris un coup au niveau de l’accompagnement des structures d’encadrement qui ont considérablement limité les rencontres de renforcements des capacités en terme de formations avec un nombre important de participants. Ce qui a qui a eu comme conséquence la tenue de certains ateliers en ligne.

Le Coronavirus a pris une tournure désagréable. Quels sont entre autres les pistes de solutions à  adopté  par ces producteurs pour surmonter la crise sanitaire ? Mouyidini RADJI, Chef Cellule Communale de Banikoara (ATDA 2)  répond « Comme éléments de solution, il faut opter pour la sensibilisation pour montrer que nous devons vivre avec le COVID 19, donc prendre des dispositions pour éviter de se faire contaminer et contaminer les autres. Aussi, faciliter  l’accès aux variétés  améliorées à haut rendement qui permet d’avoir des rendements de 3 à 4 tonnes à l’hectares pour le maïs par exemple, ainsi, même à 10 mille francs le sacs, le producteur se fera une marge bénéficiaire importante. Nous avions aussi facilité la mise en relation d’affaire des différents acteurs afin que le produit soit vendu avant la production avec des facilitations d’accès aux crédits, aux intrants. etc.  Ceci pour atténuer un tant soit peu les affres du covid  pour que chaque acteur des différents maillons de la filière puisse tirer une marge bénéficiaire raisonnable dans un partenariat gagnant -gagnant pour la  pérennité des entreprises  agricoles dans la commune de Banikoara ». 

C’est évident de noter que  la solution idéale pour gérer la crise sanitaire tant bien que mal dépend de chaque agriculteur. Pour une sortie de crise, l’Etat doit envisager des mesures spéciales d’accompagnement des petits exploitants au risque de voir bon nombre de jeunes au chômage.

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