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1er groupe de presse agricole en Afrique de l’Ouest

ÉMISSION DE GAZ A EFFET DE SERRE : Les éleveurs et leur bétail sont-ils responsables ?

 ÉMISSION DE GAZ A EFFET DE SERRE : Les éleveurs et leur bétail sont-ils responsables ?

Tous les jours, l’humanité s’efforce de comprendre les causes et conséquences des changements climatiques, un phénomène qui ne cesse de prendre d’ampleur. Une curiosité qui n’épargne certainement aucun domaine d’activités humaines. Dans cette dynamique, l’on se permet de se demander si le bétail ne contribue-t-il pas à la crise climatique ?

Un pasteur avec son bétail

Jean-Baptiste HONTONNOU

Confirmant que les chiffres exacts varient en fonction de la définition des systèmes pastoraux, le Centre de connaissances sur le pastoralisme de la FAO révèle qu’il y a plusieurs centaines de millions de pasteurs dans le monde. De multiples d’autres sources, y compris des recherches commandées par la Banque Mondiale et l’Encyclopédie de la Sécurité alimentaire et de la durabilité, il ressort qu’en Afrique subsaharienne, plus de 120 millions personnes tirent leurs moyens de subsistance de l’élevage et 41 millions dépendent uniquement de l’élevage. De même, environ 94 millions dépendent partiellement, mais de manière significative, de ce système de production. L’on peut donc déduire de ces données que l’élevage est un maillon très important de production dans le monde.

En effet, face à la question de savoir si l’élevage et en particulier le bétail ruminant (bovins, moutons, chèvres etc.) participe à la crise climatique, il faut tout d’abord répondre par un affirmatif. « La réponse courte à cette question est oui », nous fait savoir Ian Scoones, Professeur à l’Institute of Development Studies de l’Université du Sussex, dans une étude dénommée « Élevage, climat et politique des ressources : Une introduction ». Selon ce dernier, le bétail ruminant produit des quantités importantes de méthane par digestion. Le méthane étant un gaz à effet de serre, il est décrit par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) comme un « facteur de forçage climatique à courte durée de vie ». Il a un impact considérable sur le réchauffement, mais disparaît en une dizaine d’années. De ce fait, l’on peut affirmer que le bétail contribue au changement climatique. Mais, plusieurs sont les scientifiques qui remettent en cause cette position pour une ou autre raison.

Faisant cas dans son travail du dioxyde de carbone qui est très différent au méthane, le professeur Ian Scoones soutient que son effet est moins immédiat, mais il se maintient pour toujours. Donc, « bien que la réduction du méthane puisse avoir un impact plus immédiat, les solutions climatiques à long terme nécessitent de s’attaquer au CO2 », produit par les grandes industries. En dépeignant le bétail comme le « méchant » du changement climatique, les vaches étaient assimilées aux voitures et le bœuf au charbon, mais en réalité, « il faut se demander : quel bétail, et où ? ». Selon le professeur, ce n’est qu’

« une simplification excessive qui nous éloigne des solutions climatiques qui protègent les droits et les moyens de subsistance des éleveurs et des communautés qui en dépendent ».

Alors, pour se justifier, le professeur avance que la méthode standard d’évaluation des contributions au réchauffement planétaire utilise un système de mesure d’équivalence aux émissions de CO2. Des « facteurs de conversion » sont intégrés pour créer une mesure unique, étant donné les différences de potentiel de réchauffement planétaire des différents gaz. À l’en croire, ces modes de calcul font l’objet de débats scientifiques récurrents, car les impacts de gaz tels que le méthane pourraient avoir été surestimés, détournant ainsi l’attention portée vers les émissions de CO2 liées aux combustibles fossiles. En clair, « les voitures ne sont pas équivalentes aux vaches ».

En revanche, il est reconnu que le pastoralisme a de conséquences sur la nature, mais il ne peut être considéré uniquement comme l’un des responsables du changement climatique. Il participe également à l’amélioration de la biodiversité, ce qui serait un atout pour le climat. Dans une liste de notes d’information préparées par l’équipe de PASTRES (Programme de recherche Pastoralisme, incertitude et résilience) pour alimenter les débats de la COP-15, il est démontré que les systèmes pastoraux extensifs, en particulier les systèmes mobiles, ne provoquent pas automatiquement la « désertification », comme on le pense parfois, mais qu’ils peuvent améliorer la biodiversité et offrir une alternative à faible émission de carbone par rapport aux systèmes industrialisés. Les systèmes pastoraux peuvent présenter des bilans carbones neutres et positifs, particulièrement pour les systèmes mobiles qui distribuent le fumier/l’urine et l’incorporent, contribuant ainsi au cycle du carbone. Dans le document, l’on note que les approches standard d’évaluation des impacts du bétail sur le climat ne tiennent pas compte de cet aspect, car les données reflètent les systèmes d’élevage industriels. Il faut souligner que « cette absence de distinction entre les différents systèmes d’élevage fausse le débat et les réponses politiques associées, en créant une histoire unique et trompeuse ». Pour finir, si l’on prend en compte l’abécédaire de l’étude du professeur Ian Scoones, il importerait de garder entre autres que : « le pâturage et l’aboutissement du bétail peuvent améliorer la biodiversité et ces pratiques peuvent dépasser de loin les avantages de la protection de ces écosystèmes par le biais d’une conservation excluante. De même, contrairement aux systèmes intensifs, l’élevage extensif et mobile peut être climatiquement neutre, voire positif et les valeurs sociales, culturelles et environnementales du pastoralisme ne sont toujours pas reconnues par les marchés et les décideurs politiques ».

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