Des « piliers » de l’agriculture face au défi des intrants
Véritables piliers de l’agriculture béninoise, les femmes assurent la majeure partie de la production alimentaire. Pourtant, leur contribution reste freinée par de nombreux obstacles liés à l’accès limité aux intrants, aux barrières foncières, aux difficultés financières et bien plus.
Véritable épine dorsale de l’agriculture au Bénin, les femmes, malgré le rôle essentiel qu’elles jouent, rencontrent encore d’importantes difficultés d’accès aux intrants agricoles. Elles produisent, selon le FIDA, jusqu’à 80 % des denrées alimentaires dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
Cependant, de nombreux obstacles continuent de limiter leur accès aux intrants agricoles, les empêchant de contribuer pleinement à la transformation de l’agriculture béninoise. Ces freins incluent l’inégalité d’accès aux ressources et à la terre, les normes socioculturelles, le manque d’information et de formation, ainsi que des barrières financières et institutionnelles.
Des obstacles persistants !
Dans de nombreuses régions du monde, les femmes jouent un rôle central dans l’agriculture. Elles constituent une part importante de la main-d’œuvre et assurent la production vivrière, ainsi que la transformation et la commercialisation des produits agricoles. Pourtant, comme le souligne Potiyo Gracia KONTO, experte en genre, l’accès aux intrants essentiels notamment les semences améliorées, les engrais, les équipements et les crédits reste fortement limité par des obstacles structurels persistants.
En effet, selon elle, ces inégalités ne compromettent pas seulement l’autonomisation économique des femmes, mais constituent aussi un frein majeur au développement rural dans sa globalité. « L’un des premiers obstacles rencontrés par les femmes concerne l’accès à la terre », a-t-elle fait savoir, tout en mettant en avant que les normes coutumières et les systèmes juridiques limitent leur droit de propriété ou d’héritage.
Les défis des femmes dans l’agriculture
Cela remet ainsi sur la table la problématique de la détention d’un titre foncier qui, selon elle, demeure bien souvent une exigence incontournable pour accéder au crédit agricole ou profiter des programmes de subvention d’intrants. « Sans garantie foncière, les agricultrices ont plus de difficultés à accéder aux prêts bancaires ou aux financements institutionnels », a ajouté l’experte. Cette situation les contraint à recourir à des circuits informels, généralement onéreux et peu adaptés pour financer l’acquisition d’intrants de qualité. « Ce cercle vicieux limite leur capacité à améliorer leur productivité et leurs revenus », précise-t-elle.
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Les défis ne s’arrêtent pas là. Les femmes sont également confrontées à des obstacles financiers et institutionnels. Si l’accès au crédit demeure un enjeu majeur, les lourdeurs administratives et les exigences documentaires viennent, elles aussi, compliquer davantage leur parcours. « Les institutions financières considèrent souvent les femmes rurales comme des clientes à risque, en raison de l’absence de garanties, de revenus irréguliers ou d’un faible niveau d’instruction », renseigne Potiyo Gracia KONTO.
Les causes sociétales
Il convient de souligner que les services de vulgarisation agricole occupent une place déterminante dans la diffusion des innovations et des bonnes pratiques. Toutefois, ils restent encore majoritairement tournés vers les exploitants masculins. Par ailleurs, pour les femmes peu ou pas scolarisées, notamment celles qui ne savent ni lire ni écrire, se pose, selon l’experte, un réel déficit d’information et de formation.
À cela s’ajoutent les normes socioculturelles qui limitent leur mobilité ou leur participation aux espaces de décision communautaire. En conséquence, les agricultrices disposent d’un accès limité aux informations relatives aux nouvelles variétés de semences, aux techniques de fertilisation ainsi qu’aux opportunités de financement.
Maria Takou, productrice de soja, souligne également que les horaires des sessions de formation ainsi que les sites retenus pour les rencontres ne prennent pas suffisamment en considération les réalités des femmes, en particulier leurs responsabilités domestiques. Elle reconnaît néanmoins les efforts consentis par le gouvernement, précisant avoir reçu des semences et de l’inoculum mis à disposition par l’État. Toute chose qu’elle salue.
Au regard du rôle combien déterminant que les femmes jouent, lever ces obstacles est indispensable pour non seulement renforcer leur autonomisation mais aussi assurer le développement durable de l’agriculture béninoise.
Aboubakar FAÏSSAL



