Longtemps restée en marge des grandes filières d’exportation agricoles, la culture du cacao au Bénin tente progressivement de se frayer une place dans un paysage régional dominé par des poids lourds comme la Côte d’Ivoire et le Ghana.

Une culture à fort potentiel face à des défis structurels

Longtemps restée en marge des grandes filières d’exportation agricoles, la culture du cacao au Bénin tente progressivement de se frayer une place dans un paysage régional dominé par des poids lourds comme la Côte d’Ivoire et le Ghana. Selon les données de l’Observatoire du Commerce, de l’Industrie et des Services (OCIS), publiées en juillet 2025, la production nationale de cacao est estimée à environ 181 tonnes par an, ce qui positionne le Bénin au troisième rang des pays producteurs de l’UEMOA, derrière le Togo et surtout la Côte d’Ivoire, dont la production avoisinait 1,75 million de tonnes sur la campagne 2023/2024.

Longtemps restée en marge des grandes filières d’exportation agricoles, la culture du cacao au Bénin tente progressivement de se frayer une place dans un paysage régional dominé par des poids lourds comme la Côte d’Ivoire et le Ghana.

Malgré ces volumes modestes, le cacao demeure une culture d’exportation stratégique pour le Bénin. En 2020, la valeur des exportations béninoises de cacao était estimée à près de 200 000 dollars, un montant certes marginal comparé aux recettes générées par les géants du secteur, mais qui contribue néanmoins à l’amélioration de la balance commerciale nationale en apportant des devises indispensables à l’économie.

Un marché encore peu structuré

La demande en cacao béninois est principalement tirée par les exportations, même si un marché local existe pour la fabrication de chocolat, de boissons chocolatées et certaines applications culinaires traditionnelles. La commercialisation repose toutefois sur des circuits encore peu organisés, mêlant ventes individuelles sur les marchés locaux et transactions avec des commerçants, notamment nigérians.

Entre 2018 et 2020, les ventes groupées réalisées au niveau communal vers des commerçants nationaux et nigérians ont atteint 108 tonnes, selon les statistiques présentées par la Fédération nationale des cacaoculteurs du Bénin en juillet 2021.

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Cette structuration limitée de la commercialisation constitue l’un des maillons faibles de la filière, comme l’absence quasi totale d’unités locales de transformation. Or, au-delà du chocolat, la fève de cacao offre de nombreuses opportunités de valorisation à travers des sous-produits tels que le beurre, la pâte, la liqueur, la poudre ou encore les tourteaux, autant de segments à forte valeur ajoutée encore peu exploités au Bénin.

Des initiatives durables en émergence

Conscientes des enjeux économiques et environnementaux, les autorités et les acteurs de la filière ont engagé plusieurs initiatives en faveur d’un développement plus durable du cacao béninois. Des projets de certification, notamment Fairtrade et Rainforest Alliance, sont en cours afin de garantir le respect de normes environnementales et sociales élevées. Ces labels permettent aux producteurs d’accéder à des marchés premium, où les fèves certifiées se négocient à des prix plus rémunérateurs.

Parallèlement, des programmes de formation et d’appui technique cherchent à améliorer les pratiques culturales, les rendements et la qualité du cacao. L’adoption de systèmes agroforestiers est également encouragée, contribuant à la préservation des ressources naturelles, à la lutte contre la déforestation et à une meilleure résilience face aux aléas climatiques.

Malgré ces avancées, la filière cacao au Bénin demeure confrontée à de nombreux défis. Parmi les principales contraintes identifiées figurent la faible maîtrise des techniques culturales, l’insuffisance de l’encadrement technique, le manque d’accès au financement, la faible organisation des acteurs, le vieillissement des plantations, l’irrégularité des pluies et l’absence de suivi rigoureux des plants issus de pépinières non agréées.

À cela s’ajoute la complexité du marché mondial du cacao, où les mécanismes de l’offre et de la demande peinent à garantir des revenus stables aux producteurs, même dans les grands pays exportateurs.

Un potentiel à valoriser

Pourtant, le Bénin dispose d’atouts agroécologiques favorables à la culture du cacaoyer. Dans un contexte ouest-africain où la demande mondiale reste soutenue (la Côte d’Ivoire et le Ghana représentant à eux seuls près de 60 % de la production mondiale), la filière cacao offre une opportunité réelle de diversification des exportations agricoles, de création de revenus pour les petits exploitants et de réduction de la pauvreté rurale.

Les perspectives de développement traversent une amélioration de la productivité, une meilleure organisation de la commercialisation, l’introduction d’unités de transformation locales et l’adoption d’innovations résilientes. Des actions concrètes sont préconisées, notamment la formation des producteurs, la sélection et la diffusion de variétés adaptées au climat béninois, la réhabilitation des plantations existantes, le développement de la chaîne de valeur et la promotion d’investissements structurants facilitant l’accès aux marchés.

À terme, la réussite de la filière cacao au Bénin dépendra de la capacité des acteurs publics et privés à transformer ce potentiel encore sous-exploité en un véritable levier de développement agricole et économique durable.

Jean-Baptiste HONTONNOU

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