La forte demande du carême fait bondir les prix
Le carême chrétien et musulman a débuté mercredi 18 février 2026. Sur les marchés, cette période de prière et de privation change les habitudes d’achat. Les fruits, les légumes et le sucre, très utilisés pour la rupture du jeûne, sont davantage recherchés. Conséquence directe : les ventes augmentent, mais les prix aussi.
Au lendemain du commencement du carême chrétien et musulman, les marchés ont pris une autre allure. Les étalages débordent de couleurs. Les oranges s’empilent, les bananes mûrissent à vue d’œil, les avocats attirent par leur texture brillante et les laitues fraîches rappellent les salades légères du soir. Depuis le 18 février 2026, date du début du carême chrétien et musulman, ces produits occupent une place centrale dans les paniers.
Le jeûne transforme les priorités alimentaires. À l’approche de la rupture, les familles recherchent des aliments faciles à consommer, rafraîchissants et nourrissants. Les fruits répondent parfaitement à ce besoin. Le sucre accompagne les jus et les bouillies. Les légumes servent à préparer des repas simples et digestes.
Des soirées plus animées que les matinées
Dans les allées, l’activité suit désormais un autre rythme. Les matinées restent relativement calmes. Mais à mesure que la journée avance, l’affluence grandit. Les pas deviennent pressés, les discussions plus rapides, les paniers se remplissent sans tarder.
Françoise Affohou, commerçante de fruits, observe ce changement quotidien. Elle explique que la fréquentation du marché dépend désormais de l’heure. « Avant, le marché n’écoulait pas du tout. Mais comme la période de carême est arrivée, les matins, on ne vend pas en tant que tel, mais les soirs, nous vendons beaucoup puisqu’ils rompent le jeûne. » Ces propos traduisent une réalité simple : la rupture du jeûne concentre l’essentiel des achats.
Chez Bernadette Koba, la même tendance se confirme. Les recettes progressent nettement par rapport aux périodes ordinaires. Selon elle, le carême représente un moment décisif pour l’activité commerciale. « Pendant le carême, nous vendons le peu que nous pouvons plus que les périodes ordinaires. Nous vendons beaucoup plus l’orange. Si tu gagnais 5 000 francs pendant les autres périodes, durant celle des carêmes, tu peux gagner jusqu’à 10 000 francs. » Les chiffres parlent d’eux-mêmes et montrent l’impact économique de cette saison spirituelle.
Hausse des prix et pression sur les ménages
Cette forte demande n’est pas sans conséquence. Lorsque les produits sont plus recherchés, les tarifs suivent la même courbe. Les commerçantes doivent s’approvisionner à des coûts parfois plus élevés, ce qui se répercute sur les prix de vente.
Selon les constats de Françoise Affohou, les augmentations sont visibles sur plusieurs produits phares. « Pendant les carêmes, le panier d’ananas qui était à 5 000 francs peut augmenter jusqu’à 6 000 francs. La banane qui était à 2 000 francs ou 2 500 francs peut aller jusqu’à 4 000 francs ou 5 000 francs. En cette période, tout est cher. » Cette déclaration complète le constat fait sur le terrain : les fruits s’arrachent, mais ils coûtent plus cher.
Les clientes le remarquent immédiatement. Les discussions autour des prix deviennent plus fréquentes. Les négociations se prolongent devant les étals. Malgré cela, les achats continuent. La rupture du jeûne reste un moment important de la journée, et les familles tiennent à maintenir la qualité des repas.
Le sucre, également très consommé en cette période, suit la même tendance. Son rôle dans la préparation des boissons sucrées et des mets du soir renforce la pression sur la demande.
Une gestion serrée pour éviter les pertes
Derrière chaque étal bien rempli se cache un travail minutieux. Les fruits sont fragiles. La chaleur et l’humidité accélèrent leur détérioration. Une mauvaise conservation peut transformer un bénéfice espéré en perte sèche.
Bernadette Koba insiste sur l’importance de la gestion quotidienne. Elle précise que la réussite dépend aussi de la stratégie adoptée face aux clients. « La pourriture des fruits dépendra de la vendeuse elle-même. Elle peut varier les prix en fonction du client pour mieux bénéficier. Là où tu vends un fruit à 25 francs, tu pourrais le vendre à 50 francs pour quelqu’un d’autre. Ceci en fonction du client. » Ces paroles éclairent les réalités du commerce local : flexibilité et adaptation restent essentielles.
La variation des prix permet parfois d’écouler rapidement un stock menacé par la pourriture. Elle peut aussi compenser une marchandise achetée plus cher. Dans ce contexte, chaque décision compte.
Le carême chrétien et musulman devient ainsi une période stratégique pour les vendeuses. Les recettes réalisées durant ces semaines peuvent aider à couvrir les charges familiales et à préparer les mois suivants. L’intensité des ventes offre une bouffée d’oxygène, même si la pression reste forte.
Dans les marchés béninois, la foi et l’économie avancent côte à côte. Les clients viennent chercher de quoi nourrir le corps après une journée de privation. Les commerçantes, elles, cherchent à tirer profit d’une période favorable tout en limitant les risques.
Depuis le 18 février 2026, le carême chrétien et musulman imprime donc son rythme sur les étals. Les couleurs attirent, les prix évoluent, les échanges se multiplient. Entre spiritualité et réalités économiques, les marchés témoignent d’une adaptation constante à la saison du jeûne.
Innocent AGBOESSI


