Abomey-Calavi
Dossiers de la semaine

SÉCURISATION DU FONCIER RURAL: Un préalable à la promotion des investissements dans la filière ananas au Bénin?

L’ananas est le troisième produit d’exportation après le coton et l’anacarde. Cinq communes détiennent la couronne de la production de ce fruit. Aujourd’hui, les investissements s’intensifient tant au niveau du maillon production qu’au niveau du maillon transformation ou encore celui de la commercialisation. Mais le risque de la dynamique foncière plane sur le devenir de cette filière surtout dans les zones de forte production. 

Une agricultrice dans un champ d’ananas

Cédric Joawo BAKPE

La tendance actuelle des investissements dans le secteur agricole en général et dans la filière ananas en particulier est en plein accroissement. « Pendant longtemps, la filière ananas n’avait pas beaucoup bénéficié des investissements publics généraux comparativement à d’autres filières. Mais de plus en plus, on a constaté qu’il y a un intérêt des acteurs publics pour cette filière, d’abord, à partir du niveau central qui a commencé environ depuis deux décennies à mobiliser avec l’appui de plusieurs partenaires techniques des ressources à investir pour le développement de cette filière », renseigne Moreno Dadjo, Directeur des programmes de l’Agence territoriale de développement agricole (ATDA) du pôle 7. Pour lui, nous sommes actuellement dans une phase d’accentuation parce qu’avec le Programme d’action du gouvernement (Pag), l’Etat a retenu l’ananas parmi les 13 filières prioritaires à promouvoir. « C’est la première fois qu’au niveau central, le gouvernement sur son budget d’investissement public direct mobilise des ressources qui dénotent sur la ligne à investir au profit des acteurs de l’ananas », précise-t-il. Gérard Gbelidji, Président de l’association interprofessionnelles d’ananas du Bénin (AIAB), fait lui aussi remarquer que depuis près d’une dizaine d’années, ces investissements sont en train de progresser. Il distingue par la suite les types d’investissements dont il s’agit. « Les acteurs eux même mobilisent des ressources pour investir dans le foncier, dans les équipements, dans les outillages de production d’ananas ; les institutions de microfinance ; l’Etat qui investit dans la construction des pistes ruraux, l’accès à l’eau, à l’énergie, puisque c’est tout cela qui concourent à la production, à la transformation et à la commercialisation de l’ananas ». Aussi, ajoute-t-il qu’il y a des partenaires techniques et financiers dont le programme Développement de la filière ananas (DEFIA) d’Enabel qui est transversal, donc a touché à tout. Pour rappel, lors d’une allocution tenue à l’occasion de la semaine l’ananas, Wilma Baas, la manager de DEFIA a levé un coin de voile sur les investissements du programme dans la filière ananas. « … près de 3 milliards de franc CFA ont été injectés par les banques et les systèmes financiers décentralisés au profit des agri entrepreneurs de la filière, un programme de modernisation et de professionnalisation des agri entreprises dans tous les maillons a été mis en place, l’accès aux marchés a été facilité à travers les certifications et agréments UEMOA/CEDEAO et des partenariat B to B, plusieurs innovations digitales ont été mis en place pour prendre en charge les besoins des importants des acteurs ». Aujourd’hui, le dimensionnement du tissu industriel de la filière ananas est visible de par les unités de transformation de l’ananas en jus et autres produits dérivés observés ci et là. Mais il reste un acteur majeur dont le rôle en termes d’investissement est déterminant : les municipalités

La place des municipalités dans l’investissement dans la filière ananas

« La filière ananas est tenue pour le moment par seulement cinq communes, sa survie dépend de la dynamique de ces cinq communes-là : Abomey-calavi, Allada, Tori-Bossito, Zè et Toffo », affirme Moreno Dadjo avant d’ajouter « qu’une priorité doit être accordée à l’ananas dans le volet agricole des plans de développement communal de ces communes. Pour lui, il ne faut pas confondre les investissements des projets/programmes dans les municipalités aux investissements communaux, car cela ne permettra pas de mettre au cœur de ces investissements la part des municipalités. « Il y a aussi un certain nombre de responsabilités qui reviennent aux structures déconcentrées du Maep que nous sommes. Nous avons une responsabilité d’accompagnement de ces municipalités dans cette réorientation pour s’approprier de la vision nationale qui est de spécialiser les territoires dans les filières agricoles », reconnaît-il. Selon le Président de l’AIAB, « les mairies jouent également leur partition en mettant à disposition des acteurs un investissement foncier pour installer des infrastructures marchandes. Cela soulève encore un autre problème. Faut-il le reconnaître, il ne peut y avoir de production, de transformation ou encore de commercialisation s’il n’y a pas de terres. Cependant, le Directeur des programmes de l’ATDA du pôle 7 pense que « la dynamique foncière qu’il y a en cours dans les cinq communes est un grand risque pour l’avenir de la filière ».

La dynamique foncière, un frein pour le développement de la filière ?

« Il y a 40-50 ans, si vous allez dans les banlieues d’Abidjan, vous allez voir beaucoup de champs d’ananas, mais aujourd’hui, il n’y en a plus, c’est de la ville. Nous n’allons pas échapper à ça », laisse entendre Moreno Dadjo. À en croire ses propos, la responsabilité des communes est engagée à cet endroit. Selon Xavier Zola, Juriste, expert foncier agréé, cela renvoie à l’aménagement du territoire. « La question part déjà de l’élaboration ou de la mise à jour des schémas directeurs d’aménagement de nos communes et surtout de leur mise en œuvre », renchérit-il. En effet, un schéma directeur d’aménagement, veut dire « qu’on prend le territoire de la commune, et on le compartimenté, on détermine les zones agricoles, les zones urbaines, les zones à urbaniser, les zones naturelles, les zones industrielles et autres », explique l’expert foncier agréé avant de souligner qu’en principe, « là où c’est écrit zone agricole, on ne doit pas venir développer un projet de construction de logements par exemple, on ne doit pas venir morceler des parcelles ». Il prévient : « Si on n’arrive pas à aller dans ce sens, c’est qu’effectivement, les champs d’ananas dans les zones de Glo-Djigbé, Akassato et autres vont finir par disparaître ». Malheureusement, c’est n’est toujours pas le cas dans certaines municipalités. « Tout le monde sait que jusque-là dans la plupart des communes, il y a des schémas directeurs d’aménagement qui sont élaborés, mais mis au tiroir lorsqu’un partenaire veut investir dans la municipalité. Ce sont les mairies elles-mêmes bien qu’ayant ces outils qui ont déterminé ces orientations, continuent d’affirmer des conventions de vente… », se désole-t-il.

Tout confirme que la question d’investissement dans la filière ananas rime avec le foncier qui est un facteur majeur et prioritaire de production. Il faudra prendre des mesures durables, si l’on tient à ce que la filière se développe.

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