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Entretien

MAURILLE COUTHON A PROPOS DE L’ACCES AU FINANCEMENT AGRICOLE: « Il faut reconnaître que sans assurance agricole, ce serait difficile…»

Maurille COUTHON Directeur du Projet ADAPAMI Bénin

Bonjour Monsieur ! Présentez-vous à nos lecteurs

Je suis Maurille COUTHON, directeur du projet d’appui au développement, à la professionnalisation et à l’assainissement de la microfinance ADAPAMI.

Que peut-on comprendre par le projet ADAPAMI ?

C’est un projet bilatéral conçu par les gouvernements du Bénin et du Canada pour appuyer le secteur de la microfinance au Bénin. C’est un projet d’éclosion financière qui travaille pour que les populations exclues du système financier puissent y accéder. Depuis 2017 que ce programme a été lancé, nous avons travaillé à renforcer les capacités des institutions financières notamment les institutions de microfinance en les aidant à améliorer leurs offres de service financier, à assainir le secteur de la microfinance en renforçant les capacités des SFD, à développer un programme d’éducation financière au profit des populations. Depuis deux ans, nous avons estimé que professionnaliser le secteur agricole, c’est amener les institutions de microfinance à améliorer leurs offres de service financier.

 A cet effet, nous avions développé un programme de renforcement de capacité en financement agricole au profit de quatre institutions financières parmi les dix que nous accompagnons. Il s’agit de RENACA, PEBCO, FECECAM, CPEC. Nous avons fait le point des outils qui sont utilisés par ces institutions pour assurer le financement de certaines chaînes de valeur. Financer une filière, c’est faire en sorte que les différents acteurs qui sont dans l’écosystème des filières puissent se parler, connaître les offres de service financier disponible adapté.

Dans la mise en œuvre, vous avez ciblé un certain nombre de filières (maïs, niébé, soja, arachide. Dites-nous pourquoi ce choix ?

Ce choix répond d’abord au besoin de renforcer la sécurité alimentaire. Les quatre filières qui ont été choisies font partie des filières prioritaires de l’Etat. Ces filières ont été choisies en fonction de certaines zones de prédilection afin que les institutions financières soient suffisamment outillées pour que le financement de ces filières dans les périmètres que nous avons retenus se fasse de façon adéquate quitte à ce que, après le projet, ces institutions puissent porter. C’est un choix bien motivé par le fait que nous prenons cette initiative à l’intérieur d’un projet qui existe aussi dans le sens d’être en appui à la volonté de l’État et de faire la promotion de certaines filières prioritaires.

Au cours des mini-ateliers organisés en avril par ADAPAMI, nous avons constaté une asymétrie d’information entre les SFD et les acteurs agricoles. Est-ce la raison de ces séances d’informations ?

Nous sommes convaincus à travers l’idée, qui a une longue expérience en matière de financement agricole, que les producteurs, les différents acteurs de ces chaînes de valeurs agricoles ont des besoins en financement. Aussi que les institutions de microfinance mobilisées ont une offre, une certaine capacité à apporter du financement. Il y a un certain nombre de problèmes, de divergence, d’incompréhension qui se retrouve dans l’environnement de ces acteurs qu’il faut essayer de résoudre. Alors, ces mini ateliers visent essentiellement à mettre en contact, en relation, à développer une sorte de plateforme d’échange, à créer une opportunité d’affaire, de partenariat de collaboration gagnant-gagnant entre les institutions financières qui disposent des offres de services financiers que nous avons regardées et que nous jugeons adapté aux besoins des producteurs.

Que pensez-vous des questions liées à l’assurance agricole, aux taux d’intérêts soulevées par les acteurs lors de ces ateliers?

Il faut reconnaître que sans assurance agricole, ce serait difficile parce que l’agriculture est un secteur risqué. Nous suggérons aux différents acteurs, à l’État et aux différents partenaires techniques de travailler à ce que des mécanismes de gestion de risques soient mis en place pour pouvoir rassurer, accompagner les différentes parties prenantes. En ce qui concerne les taux d’intérêts, les deux sont liés car quand on dit risque, on dit augmentation de taux. Les taux sont élevés parce que le secteur n’est pas encadré. L’arrivée d’un mécanisme d’assurance va être un élément de réduction et d’allégement des taux d’intérêts. Il faudrait que le FNDA fasse en sorte que les SFD qui ont participé à ces ateliers puissent réellement accéder à ces mécanismes avec des taux intéressant et que les producteurs en bout de ligne puissent accéder à du financement à un taux relativement acceptable.

Ces ateliers ont-ils comblé le manque d’information entre acteurs agricoles et SFD à votre avis et quel appel lancez-vous à l’endroit des SFD et des acteurs agricoles ?

Je pense que nous avions initié ces ateliers justes pour démontrer aux institutions financières qu’elles doivent désormais cesser d’être attentistes, agressives et faire la promotion, la prospection, apporter l’information aux producteurs où ils se trouvent. Les services marketing et communication des SFD sont invités à planifier de tels genres d’activités pour mettre l’information à la portée des producteurs. D’un autre point de vue, il faut que les producteurs, tous les acteurs de cet écosystème brisent le silence, le mythe de ce que, ce sont les institutions qui vont venir vers nous. Comme doléances, je pense que le rôle du FNDA c’est aussi de faciliter ces mises en relation pour que le financement agricole devienne une réalité.

Propos recueillis et transcrits par Ruth EDOH

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