Tout sur les promesses du duo Wadagni-Talata pour le secteur agricole
En présentant, ce samedi 21 mars 2026, son projet de société devant ses partisans, Romuald Wadagni a choisi de ne pas rompre avec la trajectoire agricole engagée ces dix dernières années. Son ambition, dans ce secteur, est plutôt de consolider les acquis, d’accélérer la modernisation des exploitations et surtout d’introduire de nouveaux mécanismes capables de mieux protéger les producteurs. Dans cette vision, l’agriculture n’est plus seulement pensée comme un secteur de production, mais comme un véritable espace d’investissement, d’innovation et de sécurisation sociale.
Le socle sur lequel s’appuie cette projection est déjà bien fourni. En dix ans, le Bénin a considérablement renforcé ses infrastructures agricoles, avec l’extension des périmètres irrigués, la progression de la mécanisation, la structuration des interprofessions, la priorisation de treize filières locomotives et la mise en place de pôles de développement agricole. À cela s’ajoutent les performances enregistrées dans des spéculations stratégiques comme le riz, le soja et le coton, ainsi que les progrès observés dans l’élevage et la production halieutique. Et pour Romuald Wadagni, la prochaine étape ne consiste pas à repartir de zéro, mais à faire passer l’agriculture béninoise d’une logique de montée en puissance à une logique de transformation durable.
Le pont entre l’agriculture et le social
L’innovation majeure de ce projet de société réside d’abord dans l’introduction d’un véritable système de protection sociale des agriculteurs. C’est sans doute l’un des marqueurs les plus nouveaux de la vision proposée. Jusqu’ici, les politiques agricoles ont surtout mis l’accent sur la production, l’équipement, les aménagements et le financement. Avec ce nouveau dispositif, il s’agit d’ajouter un filet de sécurité autour du producteur. Assurance agricole, épargne et retraite devraient désormais former un triptyque destiné à stabiliser les revenus du monde rural et à réduire la vulnérabilité des exploitants face aux aléas climatiques, aux pertes de récoltes ou aux chocs économiques.
Cette orientation est renforcée par un mécanisme original de répartition de la production en trois parts. Une part pour le revenu immédiat du producteur, une autre pour le remboursement des intrants et une troisième destinée à alimenter un fonds de prévoyance et de retraite agricole. L’idée rompt avec la perception d’une agriculture cantonnée au court terme. Elle introduit, dans le fonctionnement même des exploitations, une logique de planification et de sécurisation de l’avenir. À travers le mécanisme de rachat et de revente partielle des récoltes annoncé, l’objectif est aussi de constituer une forme de couverture contre les campagnes difficiles. C’est là une innovation importante, car elle tente de traiter à la fois la question de la productivité et celle de la dignité sociale du producteur.
L’autre axe pas des moindre est la numérisation de l’agriculture. Le projet de société met en avant l’agritech, avec l’usage annoncé des drones, de l’intelligence artificielle, des capteurs et des outils de suivi des cultures. Ce virage technologique traduit une volonté de faire entrer davantage l’agriculture béninoise dans l’ère de la précision. Au-delà de l’effet d’annonce, cette orientation peut améliorer le suivi phytosanitaire, l’usage raisonné des intrants, la collecte de données de terrain et la productivité des exploitations. Elle ouvre aussi la voie à une meilleure traçabilité des produits et à un accès plus compétitif aux marchés, y compris à l’exportation.
La maîtrise de l’eau et la mécanisation toujours au centre des attentions.
La vision agricole de Wadagni accorde également une place centrale à la maîtrise de l’eau et à la mécanisation de proximité. Le programme annoncé de construction de retenues d’eau s’inscrit dans la continuité des efforts déjà consentis en matière d’irrigation, mais avec une approche plus offensive face à l’irrégularité climatique. De même, la création de centres de mécanisation accessibles aux producteurs suggère une volonté de démocratiser davantage l’accès aux équipements agricoles, notamment pour les petits exploitants qui restent souvent à l’écart des innovations lourdes faute de moyens.
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Enfin, le projet se distingue par l’importance donnée à la recherche génétique appliquée à l’élevage et à l’aquaculture. La création d’un centre national de recherche génétique traduit une ambition de montée en gamme dans les productions animales. L’amélioration de la qualité des animaux d’élevage, combinée au développement de l’aquaculture, indique que la future politique agricole ne se limiterait pas aux cultures végétales, mais viserait une transformation plus intégrée du système agroalimentaire.
Au total, la vision agricole portée par Romuald Wadagni repose sur une continuité assumée, mais enrichie d’innovations structurantes. Là où les dix dernières années ont surtout permis de bâtir les fondations productives, le septennat projeté entend faire émerger une agriculture plus technologique, mieux financée, plus résiliente et socialement protectrice. En filigrane, c’est une promesse forte : faire en sorte que chaque producteur béninois ne soit plus seulement un acteur de la croissance, mais aussi un bénéficiaire direct de la prospérité agricole.
Jean-Baptiste HONTONNOU


