Que vaut vraiment la théorie des “21 éjaculations” ?
La théorie selon laquelle éjaculer 21 fois le mois protégerait du cancer de prostate s’impose aujourd’hui dans les discussions publiques et les contenus numériques. Pourtant, l’origine scientifique de cette affirmation et la solidité de ses preuves restent mal connues. La question se pose alors avec insistance : cette pratique représente-t-elle réellement une mesure de prévention ou s’agit-il d’un mythe largement amplifié par les réseaux sociaux ?
Depuis plusieurs années, une rumeur circule abondamment sur les réseaux sociaux, dans la bouche de youtubeurs spécialisés en santé masculine et jusque dans les conversations quotidiennes : éjaculer fréquemment, en particulier éjaculer 21 fois le mois, serait un moyen simple et naturel de prévenir le cancer de prostate. Cette affirmation est devenue virale, relayée sans vérification scientifique, au point de s’enjoindre comme une vérité pour certains.
Origine de la théorie
Cependant, cette idée vient d’une seule étude largement reprise sur internet, sans que ses limites soient rappelées. L’étude en question, publiée dans la revue EuropeanUrology, avait observé que les hommes déclarant une fréquence d’éjaculation élevée présentaient un risque plus faible de cancer de prostate. C’est cette publication qui a déclenché toute l’affaire autour de « éjaculer 21 fois le mois », devenue une formule simplifiée reprise partout. La question centrale se pose alors : cette pratique représente-t-elle réellement une prévention contre cette maladie ou s’agit-il d’un mythe exagéré au fil des partages et interprétations ?
Les chercheurs de cette étude avaient suivi 31 925 hommes pendant dix-huit ans. Les résultats montraient que déclarer au moins 21 éjaculations par mois entre 20 et 29 ans ou entre 40 et 49 ans était associé à une diminution du risque de cancer de prostate allant de 19 à 22 % par rapport à une fréquence comprise entre 4 et 7 fois.
Les auteurs parlaient également d’une réduction d’environ 25 % du risque intermédiaire chez les hommes ayant au moins 13 éjaculations par mois. L’hypothèse avancée est ancienne : expulser plus souvent le liquide prostatique pourrait éliminer certaines substances ou micro-infections susceptibles de s’accumuler dans la prostate, réduisant ainsi le risque d’inflammation et, potentiellement, le risque de cancer de prostate.
Les limites de cette expérience
Cette étude apporte un argument important, mais elle ne suffit pas à affirmer qu’éjaculer 21 fois le mois garantit une protection fiable. Les auteurs eux-mêmes rappellent qu’il s’agit d’une association statistique et non d’une causalité prouvée. Plusieurs facteurs peuvent influencer les résultats, notamment les comportements sexuels, l’état général de santé, l’alimentation ou le mode de vie.
D’ailleurs, dans leur conclusion, les chercheurs évoquent simplement que la fréquence éjaculatoire pourrait participer à une réduction de certains diagnostics inutiles, sans en faire une recommandation clinique.
Les limites de ces données apparaissent également lorsqu’une méta-analyse chinoise est prise en compte. Cette synthèse regroupant 22 études montre qu’une fréquence allant jusqu’à environ 16 éjaculations mensuelles semble liée à une légère baisse du risque, mais qu’au-delà, le bénéfice devient incertain.
Plusieurs explications sont avancées : risques infectieux plus élevés en fonction des comportements, influence hormonale ou facteurs comportementaux non évalués. Ces divergences montrent qu’une forte activité sexuelle n’agit pas seule et que d’autres éléments, parfois confondus, modifient la compréhension du lien entre éjaculation et cancer de prostate.
Les enquêtes basées sur des déclarations personnelles comportent aussi des marges d’erreur. La fréquence d’éjaculation, l’évolution du mode de vie, l’apparition d’infections ou les variations hormonales ne sont pas mesurées de manière objective. Le cancer de prostate étant une maladie évoluant lentement, un suivi de dix-huit ans peut même paraître insuffisant pour confirmer des mécanismes supposés depuis la jeunesse.
La vérité à retenir
À ce jour, aucune organisation médicale n’intègre la fréquence d’éjaculation dans ses recommandations de prévention. Les facteurs reconnus comme efficaces restent la gestion du poids, l’activité physique régulière et une alimentation adaptée. Les spécialistes rappellent toutefois que l’éjaculation régulière, lorsqu’elle s’accompagne de pratiques sexuelles sans risque infectieux, n’est pas nuisible à la prostate et pourrait apporter un bénéfice modeste.
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L’analyse globale montre ainsi que l’idée d’éjaculer 21 fois le mois ne peut pas être considérée comme une stratégie fiable de prévention du cancer de prostate. Les données scientifiques pointent vers une possible association, mais pas vers une certitude médicale. Le sujet nécessite des recherches complémentaires pour comprendre réellement les mécanismes impliqués.
La rumeur amplifiée sur les réseaux sociaux dépasse donc largement les preuves actuelles. Cette affaire rappelle l’importance de distinguer une hypothèse intéressante d’une recommandation validée, surtout lorsqu’il s’agit de santé publique.
Innocent AGBOESSI


