FINANCEMENTS CLIMATIQUES

Près de 70 % des financements climatiques prennent la forme de prêts, souvent accordés à des taux standards.
Le milieu rural, première victime des pays du Nord

Présentés comme une réponse majeure à l’urgence climatique, les financements mobilisés par les pays développés restent largement en deçà des montants annoncés. Un décalage structurel qui, selon les analyses d’Oxfam et de CARE, fragilise en priorité les économies rurales, confrontées à l’intensification des chocs climatiques et à un endettement croissant.

Près de 70 % des financements climatiques prennent la forme de prêts, souvent accordés à des taux standards. 
 

Les pays développés affirment avoir mobilisé 116 milliards de dollars en 2022 pour le climat. En réalité, selon le rapport indépendant d’Oxfam et de CARE, seuls 28 à 35 milliards de dollars auraient été effectivement versés. Derrière ces écarts, les marchés ruraux apparaissent parmi les plus fragilisés, pris en étau entre catastrophes climatiques répétées et dettes croissantes. Près de 70 % des financements climatiques prennent la forme de prêts, souvent accordés à des taux standards. En conséquence, la dette des pays en développement atteint désormais 3 300 milliards de dollars. En 2022, ces pays ont reçu 62 milliards de dollars de prêts climatiques, mais devront en rembourser jusqu’à 88 milliards, générant un différentiel de 42 % en faveur des créanciers. Parmi les pays contributeurs, la France se distingue : 92 % de ses financements bilatéraux climat étaient constitués de prêts en 2022, dont 15 % non concessionnels, contre seulement 5 % en 2021.

Les communautés rurales, premières touchées

Dans la Corne de l’Afrique, les sécheresses et inondations survenues en 2024 ont plongé des dizaines de millions de personnes dans l’insécurité alimentaire. Aux Philippines, six tempêtes tropicales en cinq semaines ont affecté près de 13 millions de personnes. Au Brésil, des inondations historiques ont déplacé environ 600 000 habitants. Au Bangladesh, 35 millions d’enfants ont vu leur scolarité perturbée par des vagues de chaleur et des cyclones. Selon les analyses, seuls 33 % des financements climatiques sont consacrés à l’adaptation, contre une majorité orientée vers l’atténuation. Pourtant, c’est dans les zones rurales que l’adaptation est la plus vitale, notamment à travers l’irrigation, l’utilisation de semences résistantes ou la diversification des cultures. Les Pays les Moins Avancés n’ont reçu que 19,5 % du financement climatique public sur la période 2021–2022, tandis que les Petits États insulaires n’en ont perçu que 2,9 %. La moitié de ces financements étaient constitués de prêts à rembourser.

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Par ailleurs, à peine 3 % des financements climatiques intègrent l’égalité de genre, alors même que les femmes rurales jouent un rôle central dans les marchés agricoles. Cette faible prise en compte accentue les inégalités existantes et fragilise davantage les communautés rurales.

Face à ce constat, Oxfam et CARE appellent à tripler les financements dédiés à l’adaptation d’ici 2030, en s’appuyant sur l’objectif de la COP26 de doubler ces financements d’ici 2025. Les deux organisations plaident également pour un renforcement du Fonds mondial pour les pertes et dommages et pour la mobilisation de nouvelles ressources à travers une fiscalité verte.

 Maëlle ANATO

 

 

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