Derrière les promesses du signe Losso-sà, une année à hauts risques !
Chaque année au Bénin, la révélation du To-Fâ, désormais effectuée lors des Vodun Days, ne se limite plus à un simple rituel spirituel. Elle influence les décisions collectives, les choix économiques et, surtout, les orientations agricoles de milliers de producteurs.
Pour 2026, le signe révélé, Losso-sà, annonce, selon les interprétations des prêtres du Fâ, une année de prospérité possible. Mais au-delà de cette lecture optimiste, que réserve réellement ce signe au secteur agricole ? À y regarder de plus près, les messages qu’il véhicule suscitent de sérieuses interrogations sur la capacité de l’agriculture béninoise à faire face aux chocs climatiques, économiques et biologiques indiqués.
« Le Losso représente le tonnerre et le Sa, Sakpata, la divinité de la terre. Sans communion entre les deux, la pluie peut tomber sans que le sol soit productif », a expliqué Anselme Dossou-Yovo, prêtre Fà. La pluie étant cruciale en agriculture, l’année 2026, qui sera fructueuse, mérite des attentions et des dispositions à prendre. Selon Anselme Dossou-Yovo, prêtre Fà, le signe Losso-sà est loin d’être un présage exclusivement favorable. « Le Losso-sà dit que lorsque l’oreille travaille, les narines et les yeux coulent. Cela signifie que l’effort sera réel, mais accompagné de souffrances », explique-t-il.
Une année active assortie de menaces majeures
Derrière cette symbolique, le Fâ annonce une année active, marquée par de grands mouvements, mais également par des pertes. Les résultats ne seront pas automatiques. Ils dépendront du niveau de vigilance et de préparation.
L’agriculture, qui occupe plus de 70 % de la population active au Bénin, est directement concernée. Le To-Fâ prédit de bonnes récoltes, cependant assorties de menaces majeures. « Cette année, l’agriculture sera bonne, pourtant il y aura beaucoup de difficultés. Des insectes attaqueront les cultures. La tomate, par exemple, risque de se gâter et de s’effondrer d’elle-même », a alerté Anselme Dossou-Yovo, prêtre Fà.
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Ces propos font écho aux inquiétudes déjà exprimées sur le terrain par de nombreux producteurs, confrontés depuis plusieurs campagnes à la recrudescence des ravageurs et des maladies des plantes. Le Fâ évoque aussi des cas de pourriture généralisée, quelle que soit la culture, confirmant une vulnérabilité accrue des productions. L’un des points les plus préoccupants du To-Fâ 2026 concerne le climat. La pluie est annoncée abondante au début, avant de laisser place à une sécheresse brutale. « La pluie va bien commencer, mais à un moment donné, il y aura une sécheresse intense », prévient Anselme Dossou-Yovo, prêtre FÀ.
Déjà en janvier, des pluies inhabituelles sont observées, brouillant les repères agricoles traditionnels. Pour les experts et producteurs interrogés, cette instabilité pourrait provoquer des pertes massives, surtout si les semis sont lancés sans stratégie adaptée.
Investir ou perdre : le piège économique de 2026
Au-delà du climat, le To-Fâ met en lumière un risque souvent négligé : le surendettement agricole. Victor Dossou-Yovo, prêtre FÀ, a attiré l’attention des producteurs sur ce risque fréquemment négligé, la sonnette d’alarme. « Produire cette année sans calculs peut être une grosse perte. Il faut analyser les dépenses, comparer avec les recettes attendues, surtout quand on utilise des prêts ou des tontines », avertit-il.
Selon lui, la forte pluviométrie annoncée pourrait entraîner des récoltes abondantes… mais mal maîtrisées, donc perdues. Pire encore, certaines cultures comme le maïs et la tomate pourraient offrir des rendements satisfaisants au départ, avant de chuter brutalement. « Si les récoltes ne sont pas bien gérées, on enregistrera d’importantes pertes et aucun bénéfice », insiste-t-il.
Le rendement des cultures à la lecture du To-Fâ
Cette année, selon la lecture des prête Fà Anselme Dossou-Yovo et Victor Dossou-Yovo, toutes les cultures ne sont pas logées à la même enseigne. La tomate, très prisée pour sa rentabilité rapide, apparaît comme l’une des plus exposées en 2026. « Des chenilles apparaîtront et attaqueront les plants. Il faut prendre du recul sur sa production cette année », conseille Anselme Dossou-Yovo, prêtre Fà.
Le maïs et le manioc, en revanche, sont présentés comme des options plus sûres, à condition de ne pas surinvestir et de procéder à des évaluations régulières. Face à ces menaces, le To-Fâ ne se limite pas à des alertes. Il propose également des solutions spirituelles, issues des pratiques ancestrales. Les sacrifices agricoles traditionnels sont ainsi présentés comme un moyen de restaurer l’équilibre entre l’homme, la terre et les forces invisibles, dans un contexte avec lequel les changements climatiques bouleversent les repères habituels.
Loin d’un simple message mystique, le To-Fâ 2026 apparaît, à travers cette investigation, comme un signal d’alerte. Entre instabilité climatique, attaques parasitaires, risques financiers et imprévisibilité des saisons, l’année agricole 2026 s’annonce déterminante.
Le signe Losso-sà promet certes des jours prospères, mais uniquement à ceux qui sauront conjuguer prudence, analyse économique, adaptation climatique et respect des recommandations traditionnelles. Pour les producteurs béninois, l’erreur ne sera pas seulement technique : elle pourrait être stratégique.
Vignon Justin ADANDE


