BANANES À MURISSEMENT ACCÉLÉRÉ

Le mûrissement accéléré de bananes par certains commerçants utilisant des produits chimiques est un risque pour la santé des consommateurs.

Ce que cachent le carbure et le bleu de méthylène

La banane est un fruit aimé d’un bon nombre de personnes pour son accessibilité et ses valeurs nutritives. Mais, derrière sa couleur appétissante, certains commerçants utilisent des produits chimiques pour accélérer son mûrissement. Ces pratiques, courantes au Bénin et dans plusieurs pays africains, représentent un risque réel pour la santé des consommateurs.

La banane est un fruit aimé d'un bon nombre de personnes pour son accessibilité, ses valeurs nutritives. Mais derrière sa couleur appétissante, certains commerçants utilisent des produits chimiques pour accélérer son mûrissement. Ces pratiques, courantes au Bénin et dans plusieurs pays africains, représentent un risque réel pour la santé des consommateurs.

Pour répondre à la forte demande du marché et écouler rapidement leurs stocks, certains commerçants recourent au carbure de calcium et au bleu de méthylène. Ce sont des produits chimiques pour accélérer le mûrissement, mais qui permettent aussi de donner aux bananes une couleur jaune uniforme et un aspect mûr en un temps record. Les stocks sont vite écoulés, de l’argent gagné cependant, c’est des vies mises en danger. Ces produits ne se limitent pas à l’accélération du mûrissement. Ils altèrent de même la qualité nutritionnelle du fruit et compromettent la sécurité alimentaire. De ce fait, ils privent ainsi le consommateur des bénéfices naturels de la banane.

En effet, le carbure de calcium, au contact de l’humidité, libère un gaz qui accélère artificiellement le mûrissement. Contient souvent des impuretés toxiques, ceux-ci provoquent des intoxications graves. Le bleu de méthylène, quant à lui, est un colorant et un produit médical strictement réglementé, totalement inadapté à la consommation alimentaire. C’est du moins ce qu’il faut comprendre des explications de Yasmine Sandrine ZERBO, diététicienne d’État, promotrice de l’alimentation saine et locale. «Ces produits ne sont pas destinés à l’alimentation humaine. Leur utilisation sur les fruits constitue un véritable danger pour la santé », a-t-elle précisé.

Raisons de persistance

Malgré les dangers connus, ces pratiques perdurent pour plusieurs raisons. Le manque d’information sur les risques sanitaires empêche de nombreux commerçants et consommateurs de mesurer le danger réel. La recherche de profit rapide incite certains à privilégier la vente rapide plutôt que la qualité.

À en croire Yasmine ZERBO, l’insuffisance des contrôles sur les marchés et la méconnaissance des alternatives sûres, comme l’utilisation de l’éthylène alimentaire, contribuent à la généralisation de ces méthodes dangereuses, fait également partie intégrante. Les consommateurs, souvent pressés et peu informés, ne remarquent pas toujours que la couleur éclatante d’une banane peut cacher un traitement chimique.

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Les dangers pour la santé

La consommation régulière de bananes traitées avec ces produits chimiques peut entraîner des effets immédiats et à long terme. Parmi les conséquences les plus fréquentes, on retrouve des troubles digestifs, des douleurs abdominales, des diarrhées, des vomissements, ainsi que des intoxications alimentaires parfois sévères.

À cela s’ajoutent des symptômes moins visibles mais tout aussi inquiétants, notamment des maux de tête, des vertiges, une fatigue inhabituelle et, en cas d’exposition répétée, des risques neurologiques. «Les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées sont les plus vulnérables», a précisé Yasmine Sandrine ZERBO. Selon elle, ces populations doivent particulièrement être protégées contre l’ingestion de fruits traités artificiellement, car leur organisme est plus sensible aux effets toxiques.

Des solutions pour protéger les consommateurs

Face à cette situation préoccupante, plusieurs mesures peuvent être adoptées par les acteurs concernés.

Pour les commerçants, il est essentiel de privilégier le mûrissement naturel à l’air libre, d’utiliser exclusivement l’éthylène alimentaire, reconnu et autorisé, et de respecter les délais normaux de mûrissement. Ces pratiques garantissent un fruit sain, tout en préservant sa valeur nutritive.

Pour les autorités, le renforcement des contrôles sanitaires sur les marchés, l’interdiction stricte de l’usage du carbure et du bleu de méthylène, ainsi que la formation et la sensibilisation des acteurs de la chaîne alimentaire sont indispensables. Les campagnes d’information auprès du public permettent également d’éveiller la vigilance des consommateurs.

Pour les consommateurs, il est recommandé de se méfier des bananes à couleur trop uniforme, de privilégier les fruits d’origine connue, de laver soigneusement les fruits et toujours les éplucher, et surtout de préférer la sécurité alimentaire à la rapidité d’achat. « La sécurité alimentaire est une responsabilité collective. Une banane destinée à nourrir ne doit jamais devenir une source de maladie. La santé vaut plus que la rapidité de vente. Mangeons sain, consommons responsable», a insisté Yasmine Sandrine ZERBO.

Par ailleurs, informer, sensibiliser et adopter de bonnes pratiques est donc essentiel pour protéger la santé des consommateurs et préserver la confiance dans nos marchés. Chaque acteur de la chaîne alimentaire, producteur, commerçant, autorité, tout comme les consommateurs, a un rôle à jouer pour garantir des fruits sains et nutritifs.

Aboubakar FAÏSSAL

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