Au Nigeria, le manioc ne sert plus seulement à nourrir les ménages. Les autorités entendent désormais en faire une source d’énergie. En misant sur le bioéthanol, le pays cherche à industrialiser la filière manioc, réduire les importations de carburant et créer de nouvelles opportunités économiques pour les agriculteurs.

Le Nigeria parie sur le manioc pour produire son bioéthanol

Au Nigeria, le manioc ne sert plus seulement à nourrir les ménages. Les autorités entendent désormais en faire une source d’énergie. En misant sur le bioéthanol, le pays cherche à industrialiser la filière manioc, réduire les importations de carburant et créer de nouvelles opportunités économiques pour les agriculteurs.

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La semaine écoulée, les autorités nigérianes ont annoncé une nouvelle étape dans la valorisation du manioc. Premier producteur mondial de ce tubercule, le Nigeria ambitionne dorénavant de dépasser son usage strictement alimentaire. Le bioéthanol est au cœur de cette stratégie visant à donner au manioc une dimension industrielle et énergétique.

Un engagement collectif

En premier à Abuja, le projet prend une forme concrète. Le gouvernement a engagé des actions pour intégrer près de 14 millions de petits exploitants agricoles dans la chaîne de valeur du bioéthanol de manioc. Cette initiative s’inscrit dans le projet de développement de la chaîne de valeur du bioéthanol de manioc, piloté par le ministère du Budget et de la Planification économique.

Sur le plan organisationnel, une approche collaborative a été retenue. Universités, entreprises privées et pouvoirs publics sont appelés à collaborer. Ce cadre vise notamment la diffusion de variétés de manioc plus productives, l’amélioration de l’accès aux technologies agricoles et la mobilisation d’investissements privés. L’objectif est de structurer une filière plus efficace et mieux organisée.

Du côté de l’énergie, la priorité reste le marché intérieur. Le bioéthanol issu du manioc doit être incorporé à l’essence. La politique nationale des biocarburants prévoit, à terme, un mélange de 10 % d’éthanol dans le carburant PMS. Cette orientation vise à réduire une dépendance encore élevée aux importations de carburant.

Ainsi, les chiffres illustrent l’ampleur du défi. En octobre 2025, la consommation d’essence atteignait en moyenne 56,74 millions de litres par jour, dont près de la moitié provenait des importations. Selon les autorités, le développement du bioéthanol pourrait permettre au Nigeria d’économiser plus de 3 000 milliards de nairas par an en devises.

L’éthanol dans plusieurs branches industrielles

De plus, au-delà du secteur énergétique, l’éthanol est déjà largement utilisé dans plusieurs branches industrielles. Industries chimique et pharmaceutique, fabrication de désinfectants, de gels hydroalcooliques et de boissons alcoolisées figurent parmi les principaux débouchés. Les besoins industriels annuels sont estimés à plus de 400 millions de litres, une demande que le pays entend désormais satisfaire localement.

Le projet ne date pas d’hier. En avril 2023, le Conseil exécutif fédéral a validé un programme de 11,9 milliards de nairas couvrant la période 2023-2028. Celui-ci prévoit la création de parcs biotechnologiques, le développement de variétés hybrides de manioc à haut rendement et le renforcement de la mécanisation agricole.

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Un objectif ambitieux avec des défis

Enfin, à moyen terme, l’objectif est ambitieux : porter la production nationale de manioc de 62 à 120 millions de tonnes en cinq ans. Le bioéthanol est présenté comme un levier pour soutenir cette hausse, créer des emplois et accélérer l’industrialisation agricole.

Reste toutefois une question sensible. Le manioc demeure un aliment de base pour des millions de Nigérians. L’essor du bioéthanol nécessite d’importants volumes, une logistique robuste et des investissements conséquents. Le défi pour les autorités sera donc de concilier développement énergétique et sécurité alimentaire, afin d’éviter une hausse des prix et une pression sur l’accès des ménages à cette denrée essentielle.

Innocent AGBOESSI

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