Le gouvernement renforce les mesures d’interdiction
En pleine croissance, la filière soja béninoise enregistre des performances record, mais reste confrontée à un défi majeur : transformer localement sa production. Face aux sorties frauduleuses du soja vers les pays voisins, le gouvernement renforce les mesures d’interdiction afin de préserver l’industrialisation nationale et sécuriser l’approvisionnement des usines locales.
Depuis quelques années, la filière soja connaît une ascension exponentielle. Pour preuve, la production nationale a atteint 520 929 tonnes en 2024, en hausse de 23,2 % par rapport à la campagne précédente et de 86,1 % par rapport à la moyenne des cinq dernières campagnes, estimée à environ 280 000 tonnes.
Si la filière affiche une telle performance, elle fait néanmoins face à plusieurs défis, notamment en matière de transformation intégrale des matières premières. Dans ce cadre, en application de la loi de finances gestion 2025, la sortie frauduleuse du soja a été interdite lors de la campagne précédente 2024. Une mesure qui n’a pas fait l’unanimité auprès des producteurs, désireux d’écouler leur production dans les pays voisins en raison de prix jugés plus attractifs.
Malgré ces contestations, le gouvernement, en parfaite harmonie avec l’Interprofession du Soja, a réitéré cette disposition pour la campagne 2025-2026, pour des raisons jugées stratégiques pour l’économie nationale.
Lire aussi : FNDA : 2,7 milliards pour 1 296 projets agricoles dans l’Atacora
Toute sortie frauduleuse du soja interdite et punie
Dans un communiqué en date du 05 décembre 2025, le Ministre de l’Industrie et du Commerce et le Ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche ont informé les acteurs de la filière soja et l’ensemble de la population des conditions de commercialisation du soja grain pour la campagne 2025-2026.
Outre la fixation des dates de lancement (05 décembre 2025), de clôture (30 septembre 2026) et du prix au producteur (prix du marché), les autorités ont rappelé l’obligation de respecter strictement les textes régissant la filière, notamment la loi n° 2024-34 du 12 décembre 2024 portant loi de finances pour la gestion 2025, ainsi que le décret n° 2022-568 du 12 octobre 2022 interdisant l’exportation du soja grain et encadrant les conditions d’interdiction. Dans la foulée, l’Interprofession du Soja du Bénin, par la voix de son président Djibrilla Afatiti, a averti que « toute tentative de sortie frauduleuse de soja hors du territoire national est formellement interdite et fera l’objet de sanctions sévères ».
L’organisation précise que tout produit impliqué dans une opération frauduleuse sera immédiatement saisi, et que les contrevenants seront poursuivis devant les juridictions compétentes. Elle rappelle également que la circulation et le transport du soja sont autorisés uniquement entre 07 heures et 18 heures, toute infraction étant considérée comme suspecte et passible de sanctions.
Des mesures favorables aux industriels locaux
Si cette décision irrite certains producteurs, elle constitue un soulagement pour les industriels locaux et un levier stratégique pour l’économie nationale.
Dans un contexte où le Bénin ambitionne de renforcer son autosuffisance en matières premières et de développer son secteur industriel, l’exportation de produits bruts apparaît contre-productive. « Nous ne pouvons pas promouvoir l’industrialisation sans garantir la matière première », affirme le Secrétaire permanent de l’I-Soja Bénin.
Le Directeur départemental de l’Industrie et du Commerce de l’Atacora-Donga, Hantarou Kpara, renchérit : « On ne peut pas avoir des usines au Bénin qui ont besoin de la matière première et envoyer cette dernière ailleurs pendant que les usines locales ne sont pas servies. » De son côté, Hippolyte Lokonon, président de l’Association béninoise des transformateurs du soja, estime que l’exportation brute affaiblit la position du pays sur la scène régionale.
Selon lui, conserver le soja au Bénin permet d’alimenter les unités de transformation, de créer des emplois pour les jeunes et d’accélérer le développement national.
Alors que la filière soja confirme son statut de pilier agricole stratégique, la bataille pour la transformation locale s’intensifie. Entre protection des producteurs, soutien aux industriels et ambitions d’industrialisation, le défi reste désormais d’instaurer un équilibre durable pour que la croissance du soja profite pleinement à l’économie béninoise.
Jean-Baptiste HONTONNOU


