Simple concept ou pratique réelle ?
Produire davantage ne suffit plus. Aujourd’hui, préserver la durabilité des sols, de l’environnement et de l’écosystème constitue un défi majeur. Et, dans un contexte où l’intensification agricole a souvent fragilisé les terres, promouvoir des pratiques respectueuses de l’environnement devient une priorité. L’agroécologie s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Cependant, entre coûts élevés et difficultés d’accès aux marchés, la transition vers l’agroécologie reste un défi pour de nombreux acteurs ruraux.
L’agroécologie, qui se présente comme une alternative durable, repose sur l’utilisation de matières organiques telles que les résidus de récolte, le compost ou les fientes d’élevage pour fertiliser naturellement les sols. Cette approche valorise les déchets végétaux et animaux, réduisant la dépendance aux engrais chimiques et limitant l’impact environnemental.
Pour Alphonse Kloko, producteur de carottes, il s’agit avant tout d’un système cohérent et respectueux de la nature. « L’agroécologie, c’est un système dans lequel on utilise les peaux de vaches et des matières organiques comme les résidus de récolte, le compost ou les fientes d’élevage, ainsi que des engrais foliaires », explique-t-il.
Même vision chez Fredy Hounsa, producteur de crincrin. « L’agroécologie nous permet d’être en adéquation avec l’environnement. Nous prenons des déchets, nous les transformons en bokashi et nous les réutilisons dans le jardin », témoigne-t-il.
Des bénéfices environnementaux réels
En adoptant les pratiques agroécologiques, les producteurs contribuent au maintien de la fertilité des sols tout en favorisant une meilleure conservation des récoltes. Les cultures issues de ces systèmes présentent souvent une meilleure qualité nutritionnelle et une plus grande résilience face aux aléas climatiques.
Les sols enrichis au compost ou au fumier organique conservent mieux l’humidité et affichent une structure plus stable. L’écosystème agricole dans son ensemble micro-organismes du sol, insectes pollinisateurs, faune environnante en ressort renforcé. Par ailleurs, la réduction de l’usage des pesticides et des engrais de synthèse limite la pollution des nappes phréatiques et la dégradation de la biodiversité.
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Une transition coûteuse et complexe
Cependant, au Bénin, contrairement aux pratiques conventionnelles soutenues par des intrants facilement accessibles, l’agroécologie exige un investissement initial important. La production de compost à grande échelle, l’acquisition d’équipements adaptés et la formation des producteurs représentent des charges non négligeables.
À cela s’ajoute le temps nécessaire pour observer des résultats significatifs sur les rendements. « C’est une pratique qui nécessite beaucoup de financement. Le cycle de production est plus long que celui des produits chimiques. Cela augmente notre utilisation d’intrants comme l’eau et donc les investissements. Parfois, nous manquons même de matières premières », a confié Alphonse Kloko, producteur de carottes engagé dans cette démarche.
Les limites résident également dans la faible structuration des marchés d’écoulement. Les producteurs peinent souvent à vendre leurs produits à un prix rémunérateur, faute de circuits spécialisés ou de labels reconnus. « Les produits issus de l’agroécologie coûtent plus cher et certains consommateurs hésitent à payer cette différence », explique-t-il.
Sans débouchés clairs et sécurisés, l’engagement dans l’agroécologie peut paraître risqué pour de nombreux agriculteurs. Dès lors, sensibiliser les consommateurs et structurer les marchés deviennent des priorités. Encourager la consommation de produits issus de l’agroécologie permettrait non seulement de garantir une alimentation de qualité, mais aussi de protéger la santé publique et les ressources naturelles.
L’agroécologie ne se résume pas à une technique agricole ; elle incarne une vision durable de la production alimentaire. Pour qu’elle s’impose véritablement au Bénin, un engagement collectif est indispensable : appui financier aux producteurs, organisation des filières et changement des habitudes de consommation. Car préserver les sols aujourd’hui, c’est assurer la sécurité alimentaire des générations futures.
Vignon Justin ADANDE


