L’innovation verte au service des femmes transformatrices
Au nord du Bénin, les femmes de Boukoumbé transforment le karité autrement. Grâce aux biodigesteurs, elles produisent désormais au biogaz, réduisent leur dépendance au bois et à l’eau, gagnent du temps et améliorent leur confort. Une innovation qui produit un fertilisant naturel bénéfique pour l’agriculture et l’environnement.
Au nord du Bénin, l’innovation s’impose aujourd’hui comme un moteur essentiel de l’entrepreneuriat féminin. Autrefois contraintes de déployer d’importants efforts pour se procurer le bois de chauffage nécessaire à la transformation des noix de karité en beurre, les femmes de Boukoumbé bénéficient désormais de l’apport des biodigesteurs. Réunies en coopérative, une vingtaine d’entre elles voient ainsi leurs conditions de travail nettement améliorées.
En effet, cette activité, bien qu’essentielle pour diversifier leurs sources de revenus en complément de l’agriculture et de l’élevage, reste particulièrement énergivore et exigeante. Elle mobilise beaucoup de temps, de grandes quantités de bois et d’eau, ce qui en limite la rentabilité.
Pourtant, elle s’inscrit pleinement dans une logique d’agri-élevage intégré. Aujourd’hui, les déjections animales, autrefois utilisées uniquement comme fertilisant, deviennent également une source d’énergie. Elles contribuent désormais à alléger les contraintes et à renforcer l’efficacité de ces femmes entrepreneures.
Depuis avril, un vent de modernité souffle sur la coopérative féminine de Boukoumbé. Selon les informations de Médecins Sans Frontières, la cuisson du karité se fait désormais au biogaz. Cette avancée est rendue possible grâce à l’installation du tout premier biodigesteur par VSF-B au Bénin, une innovation qui transforme leur quotidien.
Grâce à ce système ingénieux, les matières organiques, notamment les bouses de vache, sont converties en biogaz, alimentant directement les foyers de cuisson. Fini les longues heures à chercher du bois. Les femmes peuvent désormais travailler plus efficacement tout en préservant leur énergie et leur environnement.
Témoignage des bénéficiaires
Cette nouvelle manière de travailler a conquis les femmes de la coopérative. Selon Martine Ouyata, cheffe de la coopérative de transformation de karité à Boukoumbé, elle allège considérablement leurs efforts.
Avant, elles devaient acheter de l’eau faute de pompe, alors que la transformation du karité en exige de grandes quantités. L’usage intensif du bois constituait également une difficulté majeure. Aujourd’hui, ces contraintes appartiennent au passé grâce à l’innovation du biodigesteur.
Cette technologie remplace le bois et le charbon, réduit les besoins en eau et en combustibles, et raccourcit le temps de cuisson. Elle permet aux femmes de gagner du temps, d’améliorer leur confort, de diminuer les risques de maladies respiratoires et de préserver leurs hygiènes, libérées de la suie qui les couvrait auparavant.
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Timothée, gestionnaire de projet, souligne un autre atout du biodigesteur. Selon lui, en seulement deux mois de fonctionnement, il produit un fumier liquide riche en minéraux, idéal pour les cultures. Ce fertilisant naturel permet de réduire l’usage d’engrais chimiques tout en augmentant les rendements agricoles.
En l’espace de deux mois, près de 3 m³ de ce fertilisant peuvent être récoltés, ce qui équivaut à environ 30 kg d’engrais chimiques, offrant ainsi un double bénéfice pour l’agriculture et l’environnement.
Alors que le taux annuel de déforestation atteint environ 2,4 %, avec une pression particulièrement forte dans le nord du pays, des initiatives comme celle du biodigesteur contribuent de manière significative à limiter ces pertes et à préserver les ressources forestières.
Aboubakar FAÏSSAL


