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1er groupe de presse agricole en Afrique de l’Ouest

AGRICULTURE/UTILISATIONS DES PESTICIDES : Des vérités choc sur des substances toxiques d’usage à grande nature

 AGRICULTURE/UTILISATIONS DES PESTICIDES : Des vérités choc sur des substances toxiques d’usage à grande nature

Depuis des décennies, les pesticides sont considérés comme de véritables solutions aux énormes pertes qui s’enregistrent dans la production agricole à cause d’organismes nuisibles et des maladies. Devenues le premier recours des agriculteurs, ces substances toxiques ont tout de même engendré de nouveaux problèmes inquiétants. C’est ce que nous dévoile « Atlas des Pesticides », un travail scientifique issu d’une coopération entre la Fondation Heinrich Böll Friends of the Earth Europe, BUND et le Pesticide Action Network Europe.

Utilisation de pesticides

Jean-Baptiste HONTONNOU

Quatre (04) millions de tonnes par an, c’est la quantité approximative de la consommation de pesticides dans le monde de nos jours. De façon détaillée, il s’agit pour moitié d’herbicides, qui combattent les mauvaises herbes, d’environ 30 % d’insecticides destinés à éliminer les insectes qui nuisent aux récoltes, et d’environ 17 % de fongicides, utilisés contre les infestations de champignons. Alors, dans l’Atlas des pesticides, il est soutenu que le marché mondial des pesticides, qui a atteint une valeur de près de 84,5 milliards de dollars US en 2019, affiche un taux de croissance annuel de plus de 4 % depuis 2015, un chiffre susceptible de progresser durant les prochaines années. Ainsi, l’on constate que la consommation mondiale de pesticides a régulièrement progressé pendant des décennies. De 1990 à 2017, elle a augmenté d’environ 80 %. Ce qui permet de croire que l’agriculture industrielle est aujourd’hui dépendante des pesticides et largement inconcevable sans eux.

En effet, au vu de cette dépendance indicible, l’effet ne peut qu’être inquiétant. En réalité, l’utilisation de ce type de produits fait courir un risque particulièrement grand aux agriculteurs et agricultrices, car les indications concernant leurs composants et leur concentration peuvent être erronées ou mensongères, ce qui rend leurs effets et leur toxicité imprévisibles. Mais, le risque est généralement répandu sur d’autres secteurs. La santé humaine et l’environnement font partie des vraies victimes de ces substances toxiques. Selon l’Atlas des pesticides, ces derniers « ne restent pas aux endroits où ils sont appliqués, ils contaminent l’environnement et contribuent à déséquilibrer les écosystèmes ». Ils « peuvent s’infiltrer dans le sol et les eaux souterraines, être aéroportées ou déplacées par le vent (certaines se retrouvent à plus de 1000 km de leur lieu de départ) ». Sur le plan sanitaire, les résidus de pesticides dans la nourriture peuvent être nocifs pour la santé humaine. Au-delà de cela, de nouvelles recherches montrent qu’ils participent même à la pollution aux microplastiques lorsque leurs principes actifs sont volontairement encapsulés pour ralentir leur libération.

Sous d’autres cieux, certes les herbicides servent à éliminer les plantes indésirables comme les insecticides qui sont efficaces contre les insectes, mais « les objectifs internationaux de préservation de la biodiversité risquent de ne pas être atteints si leur utilisation n’est pas considérablement réduite ». Également, les pesticides sont à la base de plusieurs cas d’empoisonnement.

« Environ 385 millions de cas d’empoisonnement par les pesticides sont recensés chaque année dans le monde. Les populations du Sud travaillant dans les zones rurales sont particulièrement touchées »,

nous renseigne l’Atlas des pesticides.

A qui incombent réellement les responsabilités de cette saignée ?

Les pesticides sont utilisés partout dans le monde. Leurs conséquences sont donc subies par tous les citoyens du monde entier. Mais, peu est le nombre des responsables qui sont à la base de cette situation. Si les pesticides continuent d’être produits et commercialisés, malgré les interdictions, c’est justement la faute aux occidentaux et aux grandes puissances qui font semblant de mener une lueur de lutte. Selon l’étude Atlas des Pesticides, l’UE a adopté des critères stricts d’autorisation des pesticides, mais les effets nocifs de ces produits sur les écosystèmes dans leur ensemble ne sont pas pris en compte. De même, certains pesticides sont interdits en Europe pour des raisons écologiques ou sanitaires, mais « ils sont quand-même produits sur le continent et exportés vers d’autres pays » et plusieurs entreprises européennes sont impliquées dans ce commerce. A titre illustratif, il faut noter que quatre sociétés des pays du Nord contrôlent 70 % du marché mondial des pesticides. Elles étendent leurs activités aux pays du Sud, où les pesticides sont moins strictement réglementés. A en croire de nombreux chercheurs, l’Union Européenne a jusqu’ici échoué dans sa lutte contre l’utilisation des pesticides. Sa stratégie de la ferme à la table entend normalement y remédier en introduisant une nouvelle réglementation destinée à réduire de moitié leur consommation d’ici 2030. Mais la Politique Agricole Commune européenne n’est pas encore alignée sur cet objectif.

Que faut-il faire ?

Tout est désormais clair que le monde court un grand risque parlant de l’usage des pesticides et cela nécessite plus d’actions que de discours. Certes les actes sont posés mais ils ne sont pas suffisamment conséquents. Contrairement aux monocultures industrielles, les pratiques agroécologiques et, parmi elles, une plus grande rotation des cultures et davantage de cultures associées, permettent aux agriculteurs d’utiliser moins de pesticides voire de s’en passer. Certaines régions du monde ont d’ores et déjà emprunté cette voie. Toutefois,

« il n’existe toujours pas de traité international contraignant sur la réduction des pesticides »

, a révélé le rapport. Il est donc primordial que les autorités, partout dans le monde, informent les agriculteurs et les agricultrices des dangers de ces pesticides, prennent des mesures pour les protéger et leur donnent les moyens de mettre en œuvre des solutions alternatives viables. Les idées en ce sens ne manquent pas, même si la recherche sur des sujets comme la lutte écologique contre les organismes nuisibles reste insuffisamment financée.

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