« Il est devenu un intrant qu’il faut intégrer dans chaque campagne »
L’assurance agricole est désormais reconnue comme un intrant essentiel, et le projet vise à mobiliser davantage d’assureurs et de partenaires financiers. Dans cet entretien accordé à notre journal, Calixte Midjangninou, Directeur de la Planification, du Suivi et de l’Évaluation au FNDA, revient sur les résultats obtenus, les défis rencontrés et les perspectives du projet pilote d’assurance agricole.
Que pensez-vous de l’idée d’intégrer l’assurance dans votre plan de financement agricole ?
Il n’est pas intéressant de mobiliser beaucoup de ressources pour le secteur agricole sans tenir compte des risques qui peuvent affecter les activités agricoles. Alors que les bénéficiaires peuvent avoir obtenu des crédits, mais si la campagne agricole échoue, cela crée des difficultés.
C’est pour cela que le FNDA a souhaité associer financement agricole et assurance agricole. Dans cette perspective, le ministère, depuis 2016, a défini une politique visant à opérationnaliser ce lien, d’abord à travers le FNDA pour le financement, mais également pour les aspects assurantiels.
En 2022, le ministère, avec des partenaires comme la DDC, a lancé une étude de faisabilité pour examiner comment traiter cette question longtemps négligée. Après une première phase qui n’a pas été concluante, il a fallu revenir sur le sujet. Cette étude a révélé des éléments très intéressants, donnant l’assurance qu’il est possible de développer l’assurance agricole.
L’étude a proposé de réaliser un projet pilote. L’année dernière, cette idée a été lancée et le financement recherché. L’essentiel a été bouclé pour démarrer le projet. Nous avons obtenu l’accord de partenaires financiers tels que la coopération suisse et la coopération luxembourgeoise, qui ont soutenu le projet en subventionnant les primes d’assurance agricole.
Le gouvernement a également accepté de subventionner une partie des primes. Même si les montants des primes peuvent sembler faibles, dans le secteur agricole, les producteurs n’ont souvent pas les moyens de faire face à toutes les difficultés. Il était donc nécessaire d’obtenir l’accord des partenaires et de l’État pour aider à financer une partie de la prime.
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Selon vous, quels sont les freins qui ont longtemps empêché le développement de l’assurance agricole ?
Quand on parle d’assurance de façon générale, ce sont d’abord les assureurs qui sont concernés, mais le FNDA joue un rôle d’organisation et de liaison. Aujourd’hui, il est reconnu que beaucoup d’assureurs n’ont pas la technicité nécessaire pour commercialiser les produits d’assurance agricole. Il faut d’abord concevoir le produit, ce qu’ils ne peuvent pas faire seuls.
C’est pourquoi nous avons établi un partenariat avec l’académie technique et avec Pula, un cabinet international spécialisé, qui apporte une expertise opérationnelle reconnue en Afrique francophone et anglophone.
Une des premières difficultés a été d’assurer que les assureurs réagissent rapidement. L’année dernière, à la fin de la campagne, trois communes ont été sinistrées : Karimama, Lalo et Djidja, pour un total de 2 342 personnes. Pour garantir que chacun reçoive son indemnité, nous avons opté pour des paiements individualisés par Momo.
Dans la majorité des cas, les informations des producteurs posent un problème : certains utilisent des téléphones laissés à leurs enfants, ce qui complique les vérifications. En fin de campagne, généralement vers novembre-décembre, chacun doit recevoir son indemnité sous trois semaines. L’année dernière, la sinistralité a été établie très tôt, mais certains bénéficiaires n’ont pas encore perçu leurs primes à cause de divergences dans les informations (nom de la personne et numéro de téléphone).
Nous continuons donc de contacter ces personnes pour régulariser leurs SIM et garantir que chacun reçoive son indemnité. À Karimama, chaque producteur de riz sinistré a reçu 65 833 francs CFA, transférés par Momo. Quelques cas techniques restent à résoudre, mais tous les producteurs de la commune ont été payés. Le réseau peut effectuer les transferts vers ses SIM et vers d’autres opérateurs. À Djidja, il reste quelques personnes sur 361 à payer, et à Lalo, 99 sur 441 ont été payées ; nous gérons les autres paiements.
Comment pourrait-on améliorer le suivi des paiements pour éviter les retards ?
Pour limiter le risque, il faut plus d’assureurs. L’année dernière, il y en avait un, cette année deux. J’appelle donc les autres assureurs à se mettre à jour vis-à-vis de la réglementation, pour que le Bénin dispose de plusieurs acteurs capables de soutenir cette initiative publique.
Les partenaires de l’année dernière connaissent notre sérieux et notre détermination à donner de la visibilité à l’assurance agricole et à faire bénéficier les producteurs et éleveurs de ces outils essentiels.
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Quelles sont nos attentes pour les agriculteurs ?
Il s’agit de leur faire comprendre que l’assurance agricole est devenue une nécessité, un intrant qu’il faut intégrer dans chaque campagne et pour lequel il faut s’acquitter de la prime.
L’assurance agricole simplifie également l’accès au crédit. Si l’exploitation ou le cheptel est assuré, les institutions financières peuvent être plus souples dans leurs exigences, facilitant ainsi l’engagement dans le financement agricole.
Lorsqu’un sinistre survient, le producteur n’a pas besoin de se déplacer pour établir un constat. L’évaluation est faite par les assureurs, avec le partenaire technique Pula, et le producteur est informé directement. Cela simplifie le processus et assure une indemnisation rapide et efficace.
Réalisé par Vignon Justin ADANDE