Le taro, nouvelle ressource pour produire les batteries
Au Ghana, les déchets agricoles pourraient bientôt alimenter nos appareils électriques. Une équipe de chercheurs de l’Université des sciences et technologies Kwame Nkrumah (KNUST) a mis au point une méthode innovante pour produire des batteries haute performance à partir des pelures de taro, communément appelées « glin», en Goun.
Publiée dans la revue Energy Storage, cette recherche démontre qu’il est possible de transformer un résidu agricole en un matériau performant pour le stockage d’énergie, alliant rentabilité, respect de l’environnement et valorisation des ressources locales.
Cette recherche a été menée dans une démarche stricte que le Dr Daniel Nframah Ampong, chercheur principal au sein du Centre de recherche sur les matériaux d’ingénierie de KNUST (KCEMR), explique la démarche : « Nous avons utilisé une approche écologique pour synthétiser du charbon actif à partir des écorces de taro. Ces déchets contiennent des propriétés qui peuvent améliorer les performances des dispositifs de stockage d’énergie », a-t-il souligné.
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Une innovation inspirée de la tradition
Plutôt que d’utiliser les méthodes chimiques synthétiques, souvent toxiques, courantes dans l’industrie, l’équipe s’est inspirée des techniques traditionnelles de fabrication du charbon de bois, pratiquées dans les villages ghanéens. « Nous avons adapté le procédé villageois avec des creusets pour produire un charbon actif dont les propriétés sont comparables à celles des charbons commerciaux », précise le Dr Ampong.
Le matériau obtenu présente des capacités de stockage d’énergie remarquables, offrant une alternative durable aux composants de batteries classiques. Cette innovation s’inscrit dans la stratégie du Ghana visant à augmenter la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique national. « L’objectif est de créer des systèmes capables de stocker l’énergie renouvelable excédentaire afin de la réutiliser efficacement », ajoute le Dr Ampong. « Nous visons un produit écologique, peu coûteux et basé sur des matières premières locales. »
Une perspective de valorisation des ressources agricoles
Pour sa part, le professeur Kwadwo Mensah-Darkwa, superviseur du Dr Ampong et responsable du groupe de recherche sur les matériaux énergétiques, souligne l’importance des biodéchets dans le développement de solutions de stockage : « Notre laboratoire explore activement des méthodes écologiques pour fabriquer des matériaux destinés aux dispositifs de stockage d’énergie. Les récents investissements en équipements de laboratoire grâce au programme KEEP de KNUST ont considérablement renforcé nos capacités de recherche », indique-t-il.
Le professeur Mensah-Darkwa admet cependant que des analyses plus poussées sont nécessaires pour confirmer les propriétés de ces matériaux pour des applications précises. Malgré cela, il se montre optimiste : « Ce secteur recèle un énorme potentiel. Si nous capitalisons sur notre expertise, nous pourrons développer nos activités localement et avoir un impact significatif. Nous sommes encore loin de produire nos propres batteries, mais nous comprenons désormais comment avancer dans cette voie. »
Cette avancée pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pour le Ghana, en valorisant ses ressources agricoles pour produire des solutions énergétiques durables et locales, tout en réduisant les déchets.
Vignon Justin ADANDE


