Une urgence de santé publique au Bénin
La résistance aux antibiotiques en élevage au Bénin progresse sous l’effet d’un usage fréquent et insuffisamment encadré des médicaments vétérinaires. Des études scientifiques révèlent une forte présence de bactéries résistantes dans la viande, exposant la population à des risques sanitaires croissants.
La résistance aux antibiotiques en élevage au Bénin constitue aujourd’hui une préoccupation majeure de santé publique. Dans de nombreux élevages, les antibiotiques sont utilisés pour prévenir ou traiter des maladies animales sans diagnostic précis ni suivi vétérinaire rigoureux. Cette pratique favorise l’émergence de bactéries capables de résister aux traitements, rendant certaines infections difficiles, voire impossibles à soigner.
Des recherches scientifiques menées dans le sud du Bénin confirment l’ampleur du phénomène. Dans les élevages porcins, des analyses de viande et d’abats ont révélé une forte présence de bactéries du genre Campylobacter. Selon les chercheurs, plus de 90 % des souches isolées présentent une résistance à plusieurs antibiotiques couramment utilisés en élevage. Les résultats montrent notamment une résistance marquée à des molécules essentielles telles que la ciprofloxacine, l’ampicilline et l’érythromycine. Ces bactéries sont connues pour provoquer des infections digestives chez l’homme.
La filière avicole
Ainsi, la filière avicole n’est pas épargnée. Des études réalisées sur la viande de poulet commercialisée au Bénin indiquent que près d’un tiers des échantillons analysés étaient contaminés par des Campylobacter. Une proportion importante de ces bactéries était multirésistante. Des chercheurs soulignent que « l’exposition répétée des bactéries aux antibiotiques dans les élevages favorise la sélection de souches résistantes qui se retrouvent ensuite dans les aliments ».
Dans les élevages de poules pondeuses, l’usage des antibiotiques est très répandu. Les producteurs utilisent des médicaments tels que l’oxytétracycline, l’enrofloxacine ou la colistine pour lutter contre des maladies courantes. Les diagnostics en laboratoire demeurent rares, ce qui conduit à des traitements systématiques, parfois inutiles. Selon une étude, « la majorité des traitements sont administrés sans confirmation bactérienne », augmentant ainsi le risque de développement de résistances.
La résistance aux antibiotiques en élevage au Bénin dépasse le cadre animal. Les bactéries résistantes présentes dans la viande peuvent être transmises à l’homme par la consommation ou la manipulation des produits animaux. Cette situation menace l’efficacité des antibiotiques en médecine humaine et complique la prise en charge des infections.
Pour finir, face à ce constat, les spécialistes appellent à un encadrement strict de l’utilisation des antibiotiques en élevage, au renforcement des services vétérinaires et à la sensibilisation des éleveurs. Sans mesures fortes, la résistance aux antibiotiques en élevage au Bénin continuera de progresser, avec des conséquences durables sur la santé publique et la sécurité alimentaire.
Innocent AGBOESSI


