Empoisonnement d’animaux et intoxication des pommes d’acajou : Nikki, Kalalé et Pèrèrè sous tension
Dans le nord du Bénin, notamment dans les communes de Nikki, Kalalé et Pèrèrè, les relations entre agriculteurs et éleveurs se tendent de plus en plus. Sur fond de concurrence pour l’accès aux ressources naturelles (pâturages, résidus de récolte et points d’eau), les accusations se multiplient et la méfiance s’installe durablement entre les deux communautés. Ces derniers jours, plusieurs cas d’empoisonnement d’animaux et d’intoxication de pommes d’acajou ont été signalés, faisant craindre une accentuation des conflits agro-pastoraux.
Face à cette situation préoccupante, Karim Moumouni, journaliste à Radio Su Tii Déra à Nikki, a mené une enquête sur le terrain pour comprendre l’ampleur du phénomène et ses conséquences sur la cohésion sociale dans ces localités agricoles et pastorales. Selon Bio Taïrou Isdine, coordonnateur de l’équipe pluridisciplinaire de la Zone 3 à la Direction départementale de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (DDAEP) du Borgou, les cas d’empoisonnement d’animaux deviennent de plus en plus fréquents dans ces communes. « Ces derniers jours, nous assistons à des conflits entre agriculteurs et éleveurs, souvent liés à la recherche d’alimentation et d’abreuvement pour les animaux », explique-t-il.
Des actes de règlement de comptes
Dans ce contexte de tension, certaines pratiques dangereuses émergent. Des agriculteurs accusés d’avoir vu leurs champs détruits par des troupeaux choisiraient de se faire justice eux-mêmes en utilisant des substances toxiques pour tuer les animaux. Ces produits, généralement des fumigants destinés à lutter contre les rongeurs, sont introduits dans les pommes d’acajou ou mélangés à des résidus de récolte afin d’empoisonner les bêtes. « Nous assistons à des cas d’empoisonnement dans les communes de Nikki, Pèrèrè et Kalalé. Chaque jour, nous enregistrons ce type de situation, notamment à travers l’intoxication des pommes d’acajou et parfois des résidus de récolte », alerte Bio Taïrou Isdine.
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Plus inquiétant encore, certains individus iraient jusqu’à contaminer des points d’eau, mettant ainsi en danger non seulement les animaux, mais aussi les populations humaines. « Le plus dangereux, c’est que certains empoisonnent même des points d’eau. Cela constitue un véritable danger pour la santé publique. En pensant tuer un bœuf ou un mouton, on peut aussi tuer un être humain. Un enfant peut ramasser une pomme d’acajou empoisonnée et la consommer », prévient-il.
Les réalités du terrain
Les conséquences de ces actes ne sont pas seulement sanitaires ; elles alimentent également un climat de suspicion et de tension entre agriculteurs et éleveurs, deux groupes pourtant essentiels à l’économie locale.
Les incidents récents illustrent la gravité de la situation. Le 19 février 2026, trois bœufs ont été retrouvés morts à Totarou, dans la commune de Nikki, après avoir consommé des pommes d’acajou empoisonnées. Quelques jours plus tard, le samedi 28 février 2026, un cas similaire s’est produit à Kpebiye, dans la commune de Pèrèrè, où trois autres bœufs ont succombé à la même cause.
Face à cette escalade, les autorités agricoles appellent les populations à la retenue et au respect des voies légales pour résoudre les différends. Car, nul n’a le droit de se faire justice soi-même. En cas de conflit, il important de recourir aux mécanismes légaux et aux cadres de concertation existants.
Dans une région où l’agriculture et l’élevage constituent les piliers de l’économie rurale, la préservation du dialogue entre communautés apparaît aujourd’hui comme une nécessité pour éviter que ces tensions ne dégénèrent en crises plus graves.
Jean-Baptiste HONTONNOU


