Le nord Bénin sous pression depuis juillet 2025
Il ne s’agit plus de simples variations climatiques. Désormais, les changements climatiques étouffent les semis, détruisent les cultures et plongent les paysans dans des pertes et des dettes. Face à ce fléau qui laisse de lourdes séquelles, une solution émerge : promouvoir des cultures résilientes devient donc une nécessité pour épargner aux producteurs ces conséquences dévastatrices.
Pendant que les discours se multiplient et que les rapports s’accumulent, le nord du Bénin a besoin d’actions concrètes pour répondre à la détresse des populations. Dans plusieurs localités, notamment à Karimama, Malanville, Banikoara, Sinendé ou Gogounou, le climat se révèle un véritable tombeau pour les cultures.
À Gnanro, dans la commune de Sinendé, un champ de coton et une tonne d’engrais ont été engloutis par les eaux il y a quelques semaines. Plus récemment encore, Gounarou, une localité dans la commune de Gogounou, s’est réveillée sous les inondations.
Un phénomène de longues dates
La vague d’inondations au Nord Bénin ne date d’aujourd’hui. C’est le cas en 2022 ou encore en 2023 où il a été relevé au rouge le niveau d’inondations de Malanville, de Karimama, de Zagnanado et de Bonou. Ces communes béninoises ont été classées en zone critique. Comme actuellement, ces inondations avaient également fait d’importants dégâts matériels. Des produits vivriers emportés par les eaux; des maisons inondées et devenues invivables par endroits. Ailleurs, des ouvrages de franchissement ont cédé sous la pression du courant d’eau. Entre-temps, « l’Agence Météo Bénin (…) appelle à la prise de mesures d’anticipation pour gérer des catastrophes liées aux inondations ».
Des causes multiples et interconnectées
Cette situation trouve ses origines à la fois sur le plan environnemental. Selon Sinakparé Félix Ouorou Yerima, forestier de formation et spécialiste en agriculture résiliente, la déforestation massive, la dégradation des sols, le manque de couvert végétal et l’absence de systèmes de drainage adéquats aggravent les inondations. Sur le plan climatique, le dérèglement entraîne une multiplication et une intensification des événements extrêmes. Les conséquences à long terme sont lourdes. Il y a la perte de revenus pour les agriculteurs, la baisse de la fertilité des terres et l’accentuation de l’insécurité alimentaire si de nombreux producteurs sont touchés.
La vulnérabilité de certaines cultures est également liée aux pratiques agricoles. Le spécialiste cite le labour sans respect des courbes de niveau, l’absence de haies vives pour limiter l’érosion, l’utilisation de pesticides non homologués et la monoculture qui fragilise les sols. À cela s’ajoute le manque d’informations climatiques accessibles aux producteurs, ce qui réduit leur capacité d’anticipation et d’adaptation.
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Miser sur les cultures résilientes
Pour atténuer les impacts dévastateurs du changement climatique et surtout pour s’adapter à ces inondations, la clé réside dans la diversification et l’adoption de cultures dites résilientes. Selon Sinakparé Félix Ouorou Yerima, ces cultures offrent aux paysans une meilleure chance de récolter malgré les aléas climatiques, en réduisant les pertes et en sécurisant une partie de leurs revenus.
Il recommande notamment les cultures à cycle court comme le niébé (cycle de 45 jours), le piment ou le sésame. Ces variétés présentent l’avantage d’arriver à maturité rapidement et d’être récoltées avant les pluies torrentielles qui détruisent souvent les champs. De plus, le niébé et le sésame sont prisés sur les marchés locaux et internationaux, offrant aux producteurs des débouchés commerciaux intéressants.
En complément, l’expert suggère de développer l’agriculture biologique. Cette approche mise sur des pratiques respectueuses de l’environnement, comme l’utilisation de compost naturel, le paillage ou encore la rotation des cultures. Elle permet de préserver la fertilité des sols, de réduire la dépendance aux intrants chimiques coûteux et parfois nocifs, et d’améliorer la qualité des récoltes.
D’autres cultures pour au problème
Les cultures pérennes, telles que l’anacarde (arbre à noix de cajou) ou le baobab, occupent également une place stratégique. Profondément enracinées, elles améliorent la structure des sols, réduisent le ruissellement et participent à la lutte contre l’érosion. En outre, elles constituent une source durable de revenus, car leurs fruits et produits dérivés disposent d’un marché porteur.
Les légumineuses comme l’arachide, le pois d’Angole ou le soja présentent, elles, un double avantage. En plus d’être nutritives et recherchées, elles enrichissent naturellement le sol en azote grâce à leur capacité de fixation biologique, limitant ainsi le recours aux engrais chimiques.
Il apparaît donc urgent pour les paysans du nord Bénin de combiner innovation agricole et savoir-faire traditionnel afin d’assurer leur sécurité alimentaire et de bâtir une agriculture véritablement résiliente.
Aboubakar FAÏSSAL