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LA REFORME DE L’OIAC EN MARCHE: L’ouverture aux pays africains consommateurs de café

C’est ni plus ni moins l’adoption d’un nouvel accord de l’Organisation interafricaine du café (OIAC) qui se joue cette semaine à sa 60ème assemblée générale qui se tient virtuellement à Accra. Vendredi, la proposition d’accord sera une nouvelle fois discutée et un vote devrait avoir lieu. Il s’agit de la pierre angulaire de la politique de réforme que mène le secrétaire général de l’OIAC, Frederick Kawuma, depuis sa prise de fonction en 2013. C’est aussi au cours de cette assemblée générale que sera désigné son successeur.

L’Afrique parle à l’Afrique

Si adopté vendredi, ce nouvel accord bouleversera les fondements de l’OIAC. En effet, a rappelé Frederick Kawuma, dans son discours introductif aux réunions qui se sont ouvertes hier, l’OIAC a été créée en 1960 pour s’intéresser aux pays africains producteurs de café. Or, avec la création de la Zone de libre-échange continental africaine (Zleca), la promotion du commerce inter-africain devient primordiale ce qui implique que l’Organisation s’ouvre aux pays consommateurs de café en Afrique.

« Le continent africain offre-t-il un marché alternatif et fiable pour le café africain ? », interroge Benedict Oramah, président de l’African Export-Import Bank (Afrexim Bank). « Si les statistiques peuvent suggérer que l’Afrique représente une faible part de la consommation mondiale du café, le continent demeure le marché le plus prometteur pour créer une chaîne de valeur fiable du café. La Zleca, plus que tout autre, a rendu les perspectives encore plus vastes et séduisantes. Par exemple, les pays d’Afrique du Nord sont de loin des plus grands consommateurs de café en Afrique. Ne serait-il pas économiquement profitable si l’Afrique du Nord pouvait importer du café frais et premium d’Afrique de l’Est ? L’Egypte, un des plus importants consommateurs de café en Afrique, importe 70% de son café Robusta d’Indonésie alors que des pays non loin comme l’Ouganda, le Kenya, la Tanzanie pourraient lui fournir un café de haute qualité à un prix beaucoup plus faible. En 2017, l’Algérie a importé pour plus de $ 330 millions de café, avec plus de 60% provenant du Vietnam et d’Indonésie et moins de 10% d’Afrique. »

En outre, a souligné le président du Ghana, Nana Akufo-Addo, le marché africain est en pleine expansion En 2025, le continent comptera 1,5 milliard d’habitants dont 40% seront urbains et 56% devraient l’être en 2050 ; 59% de sa population a moins de 25 ans et 35% se situe dans la tranche active des 25 à 64 ans. La classe moyenne africaine ($ 4 à 20 par jour) est en progression ainsi que son pouvoir d’achats, avec des goûts qui changent comme sa façon de consommer, la demande en produits tels le café entre autres boissons allant croissante. Les conditions sont réunies et les opportunités sont là, estime-t-il.

Un enjeu de taille

La partie n’est pas gagnée et le patron de l’OIAC a tiré hier la sonnette d‘alarme sur le café mais aussi sur l’agriculture en Afrique de façon plus générale qui représente 23% du PIB du continent ; les exportations alimentaires et agricoles atteignant $ 35 à 40 milliards par an. L’enjeu est de taille…

Quant à la filière café, la Commissaire de l’Union africaine pour l’Economie rurale et l’Agriculture, Josefa Sacko, a rappelé son importance économique et sociale sur le continent avec ses 10 millions d’agriculteurs et de salariés agricoles impliqués. Mais l’Afrique du café a perdu son poids, ne représentant actuellement que 11% de la production mondiale contre 17,6% en 1990 et 35% en 1970; de 21% en 1990, sa part dans le marché mondial est passée à 9,4% en 2016. Sur les $ 100 milliards que représente le marché mondial du café, le continent n’en perçoit qu’à peine 2%, « le gros de la valeur allant à des pays et à des entités qui n’ont peut-être même jamais vu un caféier », souligne Benedict Oramah.

Au déclin africain du café au fil des années se greffe l’impact actuel de la Covid-19 qui, selon Frederick Kawuma, « a mis en exergue les faiblesses critiques des systèmes agricoles en Afrique et, en particulier, la préoccupation croissante à l’égard de la chaîne de valeur du café ». L’Organisation internationale du café (OIC) estime que la perte en exportations atteindra entre $ 100 à 200 millions, ce qui impactera 6,6 millions d’emplois dans le secteur du café, « spécialement dans la région de l’Afrique de l’Est ».

La pandémie a fait encore fléchir les cours au détriment des petits producteurs d’où la nécessité de renforcer leur résilience. A cette fin, Frederick Kawuma a évoqué le projet de € 15 millions porté par l’Afreximbank, l’OIC, le Centre international pour l’agriculture et la bioscience (CABI), les Commissions de l’Union africaine (UA) et de l’Union européenne (UE) et dont les conclusions sont en attente d’un sommet conjoint UA/UE qui devait se tenir en octobre mais a été reporté. A ce projet est associée la Facilité africaine du café de $ 950 millions pour transformer la chaîne de valeur africaine et qui « devrait bientôt être lancée »

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