Les leviers financiers pour sauver les écosystèmes
Adoptée en 1992 lors de la Conférence de la Terre de Rio, la Convention sur la diversité biologique (CDB) constitue l’un des principaux accords internationaux dédiés à la protection du vivant. Elle reconnaît que la biodiversité représente un patrimoine commun de l’humanité et que sa préservation est indispensable à la survie des sociétés. Mais protéger les écosystèmes et restaurer les habitats dégradés nécessite des ressources financières considérables. Pour y parvenir, la convention s’appuie sur plusieurs mécanismes de financement destinés à soutenir les actions de conservation.
Dans le cadre du Mooc « Introduction à la finance climat et biodiversité » développé par l’Institut de la Francophonie pour le Développement durable (IFDD), organe subsidiaire de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Marc Antoine Freitas, consultant en finance climat, explique que le principal instrument financier de la CDB reste le Fonds pour l’environnement mondial (FEM).
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Créé en 1991, le FEM constitue un partenariat multilatéral réunissant 184 pays, des institutions internationales telles que la Banque mondiale et le Programme des Nations Unies pour l’environnement, ainsi que des organisations de la société civile. Son rôle consiste à financer des projets contribuant à la protection de l’environnement mondial.
Dans le domaine de la biodiversité, le FEM soutient des initiatives visant notamment la conservation des écosystèmes, la réduction de la déforestation, la restauration des terres dégradées et la promotion d’une utilisation durable des ressources naturelles. Depuis sa création, il a financé plus de 6 200 projets, dont 2 327 consacrés à la préservation de la biodiversité.
Les instruments de la biodiversité
Un autre mécanisme important est le Fonds du cadre mondial pour la biodiversité. Ratifié par 186 pays et lancé en août 2023 à Vancouver, au Canada, ce fonds vise à renforcer le financement de la mise en œuvre du cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal. Son objectif est d’aider les États à atteindre les cibles fixées à l’échelle internationale pour stopper l’érosion de la biodiversité et restaurer les écosystèmes.
Au-delà des mécanismes publics, la CDB encourage également le développement d’instruments financiers innovants afin de mobiliser davantage de ressources, notamment auprès du secteur privé. Parmi ces outils figurent les obligations biodiversité et les crédits biodiversité. Les obligations biodiversité fonctionnent de manière similaire aux obligations vertes, mais elles sont spécifiquement destinées à financer des projets de conservation ou de restauration des écosystèmes. Les crédits biodiversité, quant à eux, représentent des unités standardisées attestant d’actions positives en faveur de la nature. Ils permettent aux organisations souhaitant soutenir la protection de la biodiversité de financer directement des projets sur le terrain.
Malgré l’existence de ces instruments, plusieurs défis persistent. Selon certaines estimations, environ 700 milliards de dollars devraient être mobilisés chaque année pour combler le déficit mondial de financement de la biodiversité. La fragmentation des sources de financement constitue également un obstacle majeur. Les fonds proviennent de multiples acteurs — États, institutions multilatérales ou secteur privé — mais leur coordination reste parfois insuffisante, ce qui peut entraîner une répartition inégale des ressources.
Enfin, un enjeu crucial consiste à garantir que les financements atteignent effectivement les communautés locales. Souvent considérées comme les gardiennes des écosystèmes, elles disposent pourtant d’un accès limité aux financements internationaux. Renforcer leurs capacités et leur participation aux projets de conservation apparaît donc essentiel pour améliorer l’efficacité des mécanismes financiers de la Convention sur la diversité biologique.
Jean-Baptiste HONTONNOU


