MÉCANISATION AGRICOLE

La mécanisation agricole promet modernisation et productivité, mais les femmes rurales, actrices majeures de l’agriculture familiale, restent confrontées à des conditions de travail peu adaptées aux machines. Les intégrer pleinement pourrait améliorer efficacité et rentabilité.

L’inclusion des femmes comme un levier clé pour booster la productivité

La mécanisation agricole promet modernisation et productivité, mais les femmes rurales, actrices majeures de l’agriculture familiale, restent confrontées à des conditions de travail peu adaptées aux machines. Les intégrer pleinement pourrait améliorer efficacité et rentabilité.

La mécanisation agricole promet modernisation et productivité, mais les femmes rurales, actrices majeures de l’agriculture familiale, restent confrontées à des conditions de travail peu adaptées aux machines. Les intégrer pleinement pourrait améliorer efficacité et rentabilité.

La mécanisation agricole est souvent présentée comme la clé de la modernisation du secteur. Tracteurs, motoculteurs, décortiqueuses et autres équipements promettent un gain de temps, une hausse de productivité et une meilleure rentabilité. Mais derrière cette avancée technique se cache une réalité plus nuancée pour les femmes, principales actrices de l’agriculture familiale.

Les machines agricoles actuellement mises sur le marché ne prennent pratiquement pas en compte les conditions spécifiques de travail des femmes, qui sont pourtant nombreuses à accomplir certaines tâches avec un enfant au dos. Cette réalité met en lumière une forme d’inégalité dans l’accès et l’adaptation des équipements agricoles.

Pourtant, intégrer leurs besoins dans la conception des machines et faciliter leur accès à ces outils pourrait constituer un véritable levier de transformation. En allégeant la pénibilité des travaux et en améliorant leur productivité, une telle approche donnerait un coup de pouce significatif au développement du secteur agricole dans son ensemble.

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Une modernisation qui exclut !

Si la mécanisation peut réduire certaines tâches pénibles, elle peut aussi exclure les femmes des segments les plus rentables de la chaîne de valeur. Pour Ella WAMA MARA, experte en genre, la mécanisation possède “une double face”. « Lorsque la mécanisation est conçue pour soulager la pénibilité du travail des femmes, elle est bénéfique », a-t-elle laissé entendre en précisant que malheureusement, elle est surtout pensée dans une logique de rentabilité économique, sans tenir compte des inégalités existantes.

Une étude menée sur “les inégalités de genre et adoption de machines agricoles : opportunités et compromis dans les systèmes d’élevage” en dit d’ailleurs plus en mettant beaucoup plus l’accent sur les revenus générés. Publié sur le site du Journal des études rurales, la mécanisation agricole peut améliorer le bien-être et les moyens de subsistance dans les systèmes agroalimentaires, mais ses bénéfices ne sont pas toujours équitablement répartis entre les femmes et les hommes.

Dans les grandes exploitations, l’introduction de machines réduit le besoin de main-d’œuvre pour certaines activités autrefois confiées aux femmes. Or, très peu d’entre elles sont formées à l’utilisation des équipements modernes. Il est, selon l’experte, rare de voir des femmes conduire des tracteurs ou manipuler des machines spécialisées. «Même quand la mécanisation arrive, les femmes restent confinées aux tâches les plus pénibles», déplore Ella WAMA MARA.

Des chiffres qui alertent

Selon les analyses de Data Bridge Market Research et de Market Reports World, le marché mondial des équipements agricoles est évalué entre 218 et 230 milliards de dollars sur la période 2024-2025. En 2024, plus de 4,2 millions de tracteurs ont été vendus à travers le monde, avec une progression notable des innovations telles que les tracteurs électriques.

Cependant, derrière ces performances économiques et technologiques, une réalité demeure. Aucune de ces machines n’est véritablement conçue pour alléger les tâches spécifiques accomplies par les femmes rurales. Peu d’initiatives intègrent leurs conditions de travail, alors même que nombre d’entre elles effectuent des activités pénibles, souvent courbées, parfois avec un enfant au dos. Des gestes répétés, accomplis par nécessité, mais qui ne sont pas sans répercussions sur leur santé.

Vers une mécanisation inclusive !

Adopter une approche de mécanisation inclusive pourrait profiter non seulement au secteur agricole, mais également à l’économie nationale. Pour l’experte, la solution réside dans une approche inclusive de la modernisation agricole. Il s’agit de concevoir des équipements adaptés à la morphologie et aux réalités des femmes, faciliter leur accès au crédit pour l’acquisition de matériel, intégrer systématiquement les femmes dans les formations techniques.

Les inclure à tous les maillons de la chaîne de valeur, au-delà des tâches rendues invisibles et peu rémunératrices pourrait changer la donne et sortir l’agriculture béninoise de l’ornière. «L’agriculture durable ne peut pas se développer tant qu’on ne réduit pas les inégalités », insiste Ella WAMA MARA. «Sans la participation pleine et entière des femmes, il n’y a pas de transformation agricole véritable», a-t-elle conclu.

Par ailleurs, il faut noter les femmes, outre ce problème, face à des inégalités structurelles persistantes.

La question dépasse le simple accès aux machines. Elle touche aux fondements mêmes des inégalités de genre dans le secteur agricole. Au Bénin, selon une étude du Fonds de Développement Agricole (FNDA), moins de 15 % des femmes seraient propriétaires de terres, alors qu’elles représentent plus de 60 % des acteurs agricoles et assurent une grande partie du travail dans les chaînes de valeur.

Aboubakar FAÏSSAL

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