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1er groupe de presse agricole en Afrique de l’Ouest

MISE EN MARCHÉ DES PRODUITS AGRICOLES : « Les clusters sont la porte de sortie de nos producteurs », Mirlain Médéssè BOSSOU »

 MISE EN MARCHÉ DES PRODUITS AGRICOLES : « Les clusters sont la porte de sortie de nos producteurs », Mirlain Médéssè BOSSOU »

L’approche des clusters agricoles est en vogue au Bénin pour faciliter la mise sur le marché des produits. La filière maraîchère a connu beaucoup d’avancées dans la mise en œuvre de cette approche. Cependant, il reste encore des leviers sur lesquels il faudra travailler, nous dira Mirlain Médéssè BOSSOU, le Président de la Fédération nationale des commerçants de produits maraîchers du Bénin (FNCProMa).

 

LE RURAL : Pourquoi est-il important de se regrouper en cluster aujourd’hui ?

Mirlain Médéssè BOSSOU : Le cluster rassemble un groupe d’acteurs comprenant les producteurs, les transformateurs et les commerçants. Ils unissent leurs forces pour mettre sur le marché les produits qu’ils produisent et transforment. Aujourd’hui, étant donné le caractère périssable des produits maraîchers, il est essentiel que nous fonctionnons en cluster. Bien que nous ayons déjà des clusters existants, ceux-ci ne sont pas toujours professionnels. Par exemple, nos vendeuses sur les marchés ont tout un circuit d’approvisionnement, de distribution, de transformation et de conservation. Cependant, ces clusters ne sont plus compétitifs face aux défis actuels et nécessitent un niveau de qualité supérieur. Pour ce faire, nous travaillons avec les Agences territoriales de développement agricole (ATDA), ainsi que tous les partenaires et le ministère de l’Agriculture, afin d’améliorer la qualité de ces clusters.

 

  • Quel est le rôle précis de chaque acteur membre du cluster ?

À la tête du cluster se trouve un agrégateur. C’est lui qui cherche le marché et établit les conditions avec les producteurs et les transformateurs avec lesquels il travaille. Il y a donc un comité de gestion. Il est important de noter que l’agrégateur peut être un commerçant, un transformateur ou même un producteur qui collecte la matière première auprès des producteurs. C’est lui qui gère finalement le flux financier. Le rôle du transformateur est de transformer les produits qu’il reçoit des producteurs. Quant au producteur, son rôle est de produire. Si parmi les producteurs quelqu’un se positionne en tant que agrégateur, il achète la matière première auprès de plusieurs producteurs. De la même manière, un transformateur a besoin d’agrégateurs pour obtenir la matière première et la transformer. Dans la plupart des cas, ce sont les commerçants qui se positionnent en tant que agrégateurs pour acheter soit la matière première fraîche auprès des producteurs, soit les produits transformés directement auprès des transformateurs. Ces trois acteurs sont appelés des acteurs directs. Ensuite, nous avons des acteurs indirects, tels que les fournisseurs d’intrants pour les producteurs, les fournisseurs d’emballages pour les transformateurs, ainsi que les prestataires de services tels que les financiers et les transporteurs. Tous ces acteurs contribuent au bon fonctionnement du cluster. Dans un cluster, la signature d’accords est fondamentale. Auparavant, cela n’était pas toujours effectif. Nous avions des clusters qui fonctionnaient sur la base de contrats verbaux. Aujourd’hui, il est nécessaire de formaliser les contrats au sein des clusters, notamment dans le secteur maraîcher.

  • Les clusters représentent-ils un atout pour la commercialisation des produits ?

Absolument. Les clusters, que ce soit dans n’importe quelle filière, sont un atout incontournable pour la commercialisation des produits. Aujourd’hui, les institutions financières, telles que les institutions de microfinance (IMF), sont plus enclines à financer les clusters qu’à financer les maillons de manière individuelle. Lorsque l’on finance un producteur isolé, s’il ne parvient pas à vendre ses produits, il ne pourra pas rembourser le prêt. En revanche, si un producteur, un transformateur et un commerçant sont réunis en cluster et que le marché est garanti, ils n’auront pas de problèmes de paiement. C’est pourquoi l’institution des clusters est si importante. Le gouvernement s’engage d’ailleurs dans cette voie en soutenant les projets et programmes dans ce domaine. Aujourd’hui, nous travaillons sur l’ensemble de la chaîne de valeur et non plus sur les maillons individuels.

  • Comment les clusters participent-ils à la promotion de l’économie locale ?

Les transformateurs qui ajoutent de la valeur aux produits agricoles, en particulier maraîchers, contribuent indéniablement à l’économie locale. Leur activité génère des emplois dans ces unités de transformation et soutient donc l’économie locale. Cela contribue également à la création d’emplois, ce qui est crucial dans un contexte où la jeunesse se plaint du manque d’opportunités. Aujourd’hui, l’intérêt pour l’agroalimentaire est grandissant dans toute la sous-région. Nous voyons même des producteurs diplômés en ingénierie agronomique. Dans ces conditions, la professionnalisation des circuits de distribution, comme les clusters, devient essentielle. Le gouvernement a bien compris cette nécessité et y consacre des moyens.

  • Quels rôles doivent jouer les acteurs étatiques dans la professionnalisation et la promotion des clusters ?

L’État doit accompagner les clusters à deux niveaux : technique et financier. Lorsque l’on crée un cluster, il s’agit de mettre en place une entreprise qui doit évoluer dans le temps et dans l’espace. L’agrégateur, qui est en charge du produit final, a besoin de ressources financières et d’un appui technique pour trouver des marchés extérieurs. C’est donc le rôle premier de l’État d’apporter cet accompagnement.

  • Si l’État a un rôle à jouer, quelles sont les responsabilités des acteurs de la filière ?

La responsabilité des acteurs est d’avoir la volonté de changer les choses, d’évoluer et de grandir. Nous devons nous inspirer des clusters dans les pays développés. Il faut avoir la volonté de progresser. Trop souvent au Bénin, nous nous contentons de survivre, alors qu’il faudrait aspirer à vivre pleinement.

  • Quelles sont, selon vous, les contraintes qui entravent l’évolution des clusters ?

Nous sommes confrontés à un gros problème sociologique : nous n’avons pas l’habitude de travailler ensemble. Or, c’est là l’essence même d’un cluster. La transparence est cruciale. Chaque acteur – producteur, transformateur, commerçant – apporte ses données financières, et les trois acteurs se réunissent pour fixer le prix final du produit, permettant ainsi à chacun de s’en sortir. Cependant, cette pratique n’est pas encore généralisée chez nous, ce qui freine l’évolution des clusters. L’honnêteté est donc essentielle pour travailler efficacement ensemble.

  • Quel serait votre message à l’endroit de tous les acteurs agricoles, notamment ceux de la filière maraîchère ?

À mon avis, nous avons déjà entamé un travail significatif. Les producteurs ont commencé à s’organiser, avec le soutien du gouvernement et des projets programmes en place. Aujourd’hui, les clusters représentent une opportunité majeure pour nos producteurs de s’épanouir.

 

Propos transcrits par Oyéyèmi AGANI

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