Six millions $ pour industrialiser la pomme de terre !
La pomme de terre s’impose comme le nouveau moteur de l’agro-industrie africaine. Du Sénégal en crise au Burkina Faso en pleine industrialisation, plusieurs pays misent sur la transformation pour sécuriser les revenus des producteurs et renforcer la filière.
La pomme de terre sera au cœur de la nouvelle unité de transformation que la Société de Commercialisation et de Transformation de Produits Agricoles (SOCOTRA SA) prévoit de construire au Burkina Faso. Implantée sur un site de trois hectares à Ouahigouya, dans la province du Yatenga, cette infrastructure sera principalement dédiée à la transformation de ce tubercule. Le lancement officiel des travaux a eu lieu le 27 février dernier, sous l’égide du ministère de l’Industrie.
Selon des informations relayées par les médias locaux et reprises par Agence Ecofin, ce projet industriel représente un investissement estimé à 3,5 milliards de francs CFA, soit environ 6,3 millions de dollars. Il est porté par la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso (CCI-BF). À terme, l’unité devrait disposer d’une capacité initiale de production de 350 tonnes par an, consacrée à la fabrication de chips et de frites surgelées
Le projet prévoit également la mise en place d’une chambre froide destinée au stockage et à la conservation des produits crus, avec une capacité annuelle de 5 000 tonnes. Celle-ci pourra être portée à 10 000 tonnes par an lors d’une seconde phase d’extension de l’usine. La durée des travaux est estimée à huit mois.
La pomme de terre s’industrialise en Afrique !
La filière pomme de terre en Afrique connaît des situations contrastées selon les pays. Au Sénégal, les horticulteurs de la zone des Niayes ont tiré la sonnette d’alarme en février 2026 face à la saturation du marché par les agro-industries, demandant une suspension immédiate de la commercialisation avant la date officielle du 28 février fixée par le Ministère de l’Industrie et du Commerce du Sénégal pour protéger leurs récoltes.
Cette crise révèle un déséquilibre entre petits producteurs et industriels et une régulation insuffisante. À l’inverse, au Burkina Faso, il a été lancé en février 2026, la construction d’une unité de transformation à Ouahigouya, visant à industrialiser la filière, créer des capacités de stockage et stabiliser le marché.
D’autres pays africains ont également mis en place des initiatives structurantes. En novembre 2025, le Lesotho a fait de la pomme de terre une culture prioritaire avec le soutien de la FAO pour la période 2025-2026. L’Éthiopie, quant à elle, a lancé en décembre 2025 une stratégie nationale visant à développer la production et la transformation de ce tubercule.
La filière pomme dans plusieus pays
Dans le même temps, l’Égypte, leader de la filière pomme de terre, a initié en décembre 2025 un projet de transformation de pommes de terre surgelées à Sokhna, doté d’un investissement de 8 millions de dollars, destiné aux marchés locaux et à l’export.
Aussi, en décembre 2025, FRICO AGRI a pris une initiative visant à relancer la filière pomme de terre en République Démocratique du Congo. L’entreprise prévoit de démarrer un projet pilote de 10 hectares en 2026, avec pour objectif un rendement moyen de 250 tonnes. Ce modèle ambitionne non seulement d’assurer un approvisionnement régulier pour l’usine FRICO, mais aussi de servir de tremplin pour une expansion future à 100 hectares, avec une capacité de production visée de 1.000 kg de frites par heure d’ici 2030.
Ces exemples montrent que là où le Sénégal est en phase de crise nécessitant régulation immédiate, d’autres pays misent sur une approche préventive et structurante pour sécuriser les revenus des producteurs et valoriser la filière.
Aboubakar FAÏSSAL


