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RAREFACTION DU PATURAGE NATUREL: La Coopération suisse vole au secours des éleveurs du Borgou et de l’Alibori.

Alors que les éleveurs avaient déjà perdu tout espoir face au manque ou à l’absence de pâturage naturel dans leurs régions, le Programme d’Appui au Secteur du Développement Rural (PASDeR) de la Coopération suisse a ressuscité en eux la confiance égarée. C’est à travers la mise en place des productions fourragères, des pierres à lécher et des blocs nutritionnels par le Programme, que l’espoir s’est installé donc désormais dans le rang de ces éleveurs.

Durant des décennies, la probabilité pour les éleveurs de répondre favorablement et efficacement aux besoins de leurs bétails en toute quiétude a été une difficulté significative. L’insuffisance de terres exploitables, le rétrécissement des couloirs de passage, le manque de points d’abreuvage et autres situations peu commodes sont à l’origine du phénomène qui entraîne le déplacement de plusieurs éleveurs vers les villes et villages voisins, occasionnant d’importants conflits entre éleveurs et agriculteurs.

Face à cet état de chose, le PASDeR a mis à la disposition des Unions Communales des Organisations Professionnelles des Eleveurs de Ruminants (UCOPER) des départements du Borgou et de l’Alibori, des moyens matériels, humains et financiers pour ‘’Lutter contre la raréfaction du pâturage naturel’’. Ainsi pour influencer un grand nombre d’éleveurs et étendre ses activités, le PASDeR à travers les UCOPER a sensibilisé les éleveurs sur les nouvelles méthodes et techniques de pâturage qu’il propose. Des formations dans la sous-région notamment au Burkina Faso et au Niger ont été organisées au profit des éleveurs qui ont également bénéficié d’un suivit sur le terrain par des professionnels du domaine.

Trois nouvelles méthodes et techniques de pâturage ont été proposées par le PASDer pour ‘’Lutter contre la raréfaction du pâturage naturel’’. Il s’agit, notamment de :

  1. La production du fourrage : elle se fait pendant la saison pluvieuse et ne nécessite pas de conditions particulières. « Il faut juste s’assurer qu’il a plu et que la terre est suffisamment mouillée. Ainsi, on peut jeter les éclats au sol. Même s’il ne pleut pas tout de suite après trois jours ou une semaine, si la pluie revient, ça peut prendre », a indiqué Oumarou Gasso, éleveur et membre de l’UCOPER de Banikoara. Il a opté pour la production du fourrage pour nourrir son bétail et le maintenir sur place. Fier de son choix, il nous parle des avantages du fourrage : « Quand on prend le cas des veaux, avec ce fourrage j’arrive à les entretenir jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge de suivre leurs mères pour aller au pâturage. » Les vaches laitières sont également nourries au fourrage et produisent beaucoup de lait. La production fourragère a permis également à Oumarou de limiter la mortalité de ses veaux et des animaux affaiblis par la faim et d’accroitre rapidement la taille de son troupeau. « Avant le PASDeR, la production du fourrage était négligée. Je le faisais, mais je ne savais pas que ça pouvait me rapporter de l’argent », témoigne Mako Demo qui produit le fourrage qui sur un terrain de 1,5 hectares pour ses animaux et les petits ruminants de ses voisins. L’autre avantage c’est qu’en saison sèche, il suffit de brûler le fourrage pour avoir de nouvelles repousses avant les premières pluies. La production de fourrage est une source de complément alimentaire. Avec ½ hectare, l’on peut nourrir 20 à 25 bœufs sur deux mois car c’est surtout au retour des pâturages que nous leur donnons le fourrage. Lorsque les bêtes sont ainsi nourries, cela permet aux vaches de fournir plus de lait. Ce qui renforce notre alimentation familiale et permet, par ailleurs de réduire la transhumance qui est source de conflits entre éleveurs et agriculteurs, de limiter les maladies et les pertes animales parfois liées à la transhumance.
  2. Les pierres à lécher : elles sont fabriquées à partir des ingrédients suivants : du son de maïs ou de sorgho, de la poudre de néré, des coquilles d’huîtres, du sel, du ciment, de l’argile rouge, de l’eau, de l’urée et du miel, éventuellement. « On mesure 20 kg de son de maïs ou de sorgho, 15 kg de sel, 6 kg de poudre de Néré, 6 kg de terre rouge (termitière), 2 kg de coquilles d’huîtres, 2 kg d’urée, 8 kg de ciment blanc, pour l’eau ça dépend de la saison. En saison sèche, on utilise 37 kg et 33 kg en saison de pluie. » Cette composition permet d’obtenir 23 blocs, de 3 kg chacun, de pierres à lécher.

Il existe 2 types de pierres à lécher : des pierres à lécher simples et des pierres à lécher enrichies au miel. La formule avec du miel permet de traiter les animaux atteints de fièvre aphteuse, une maladie qui empêche les animaux de s’alimenter correctement et qui leur fait perdre du poids. Les modes de fabrication restent identiques, la seule différence réside dans l’ajout de miel à l’une des deux formules. Les pierres à lécher ont été vite adoptées par les éleveurs qui y voient un avantage certain pour leur bétail. En effet, elles permettent d’améliorer l’alimentation des animaux, réduire leur mobilité et prévenir les conflits entre agriculteurs et éleveurs. Les avantages des pierres à lécher pour les animaux sont de plusieurs ordres :

  1. la pierre à lécher donne de l’appétit aux animaux et permet de constater leur embonpoint ;
  2. elle améliore la production du lait et augmente la quantité du lait des vaches.
  3. elle est un déparasitant ;
  4. elle renforce les animaux, c’est-à-dire qu’elle leur donne une bonne allure et une certaine robustesse. Cela augmente la valeur de l’animal et permet de le vendre à un meilleur prix sur le marché ;
  5. elle aide les animaux à ne plus consommer de sable. Et même s’ils en mangent, la pierre en facilite l’élimination ;
  6. la pierre à lécher, particulièrement celle au miel, solidifie les os des animaux et facilite la guérison des plaies : « un de mes bœufs avait la patte fracturée depuis un certain temps et je l’ai traitée en vain. Quand j’ai commencé à lui donner la pierre à lécher au miel, la patte s’est rapidement ressoudée »;
  7. enfin, la pierre contribue à soigner certaines maladies buccales telles que la fièvre aphteuse qui empêche des animaux de bien brouter.

3. Les blocs multi nutritionnels densifiés : c’est un condensé de résidus végétaux et de sels minéraux utilisés pour l’alimentation du bétail, notamment pendant la période de soudure. Ils visent à accroître la disponibilité sur place des aliments pour bétail et de réduire la transhumance et ses effets néfastes. Les blocs densifiés sont fabriqués à partir des résidus de récolte recyclés comme des tiges de mil, des fans d’arachides, du son de blé, des coquilles d’huître (ou de l’argile), des tourteaux de graines de coton, des gousses d’acacia albida. A ces éléments, on ajoute du sel et du gari (farine de manioc parfois remplacée par la gomme arabique ou l’amidon) pour lier tous les ingrédients. Le mélange obtenu est ensuite versé dans des moules. Le produit fini est semblable aux morceaux de brique d’où le nom de : blocs multi nutritionnels densifiés. Il faut noter que la fabrication des blocs nécessite les outils tels que le broyeur, des moules, des pelles, des seaux, des bassines, des lunettes, des cache-nez, des arrosoirs, des bottes, des gants.

Les avantages des blocs multi nutritionnels pour le bétail sont multiples.

Tout d’abord, les animaux nourris aux blocs multi nutritionnels densifiés ont une meilleure santé. En effet, on constate qu’ils ont un bon pelage et ils produisent du lait en quantité et en qualité, grâce aux ingrédients tels que le sel et le son contenu dans les blocs multi nutritionnels densifiés. De plus, les animaux étant nourris sur place, la sédentarisation les expose moins aux maladies transmises par la mouche tsé-tsé.

Ensuite, l’utilisation des blocs multi nutritionnels densifiés pour l’alimentation du bétail contribue à la préservation de la paix sociale, réduit la transhumance, renforce la sédentarisation des éleveurs et diminuent les risques de survenue de conflits entre agriculteurs et éleveurs ;

La production de fourrage, les pierres à lécher et les blocs multi nutritionnels sont des nouvelles méthodes et techniques de pâturage qui permettent aux éleveurs de diversifier l’alimentation des animaux et de ‘’Lutter contre la raréfaction du pâturage naturel’’ de manière efficace. Le souhait est que leur utilisation puisse se reproduite à l’échelle sur le plan national.

Par Prudence KPODEKON

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