Environ 157 catastrophes aggravées par le réchauffement en 2025
Le réchauffement climatique continue de remodeler l’intensité et la fréquence des catastrophes météorologiques dans le monde. Dans son rapport annuel 2025, le réseau scientifique World Weather Attribution (WWA) recense 157 événements météorologiques extrêmes dont la gravité a été amplifiée par la hausse des températures mondiales. Des vagues de chaleur au Mexique, en Europe de l’Ouest ou en Asie centrale, des inondations en Amérique latine et en Afrique centrale, ou encore des incendies majeurs aux États-Unis, en Turquie ou en Grèce. Bref, la liste témoigne d’un climat de plus en plus instable.
Selon les chercheurs, ces catastrophes n’auraient pas atteint une telle intensité sans l’augmentation d’environ 1,3 °C de la température moyenne mondiale depuis 1850. Parmi les événements recensés figurent 49 inondations, 49 vagues de chaleur, 38 tempêtes, 11 incendies majeurs, 7 sécheresses et 3 vagues de froid. Pour établir ce bilan, les scientifiques retiennent uniquement les catastrophes ayant causé plus de 100 morts, affecté au moins un million de personnes ou conduit à la déclaration d’un état d’urgence national.
Mais cette méthodologie révèle aussi une limite : seuls les événements survenus dans des zones disposant de réseaux d’observation et de capacités scientifiques suffisantes peuvent être étudiés. De nombreuses régions pauvres restent donc sous-documentées. Cette lacune souligne une autre dimension du dérèglement climatique : l’inégalité mondiale face aux capacités de mesure et de recherche.
Une année anormalement chaude malgré le recul d’El Niño
L’un des constats les plus préoccupants du rapport concerne la température globale. En théorie, 2025 aurait dû être une année plus fraîche, car le phénomène climatique El Niño, qui réchauffe temporairement les eaux du Pacifique et influence la température mondiale, s’est affaibli. Pourtant, l’année s’impose comme la deuxième plus chaude jamais enregistrée, derrière 2024.
Elle constitue aussi la troisième année consécutive durant laquelle la température moyenne mondiale dépasse le seuil de 1,5 °C, limite fixée par l’Accord de Paris. Pour les scientifiques, cette anomalie confirme que les variations naturelles du climat ne suffisent plus à expliquer les températures observées. Depuis la signature de l’accord en 2015, la planète s’est encore réchauffée d’environ 0,3 °C, une hausse qui peut sembler modeste mais qui a déjà des effets mesurables.
En moyenne, 11 jours supplémentaires de chaleur extrême sont enregistrés chaque année. Dans certaines régions comme l’Amazonie, le Burkina Faso ou le Mali, les épisodes de chaleur extrême sont désormais dix fois plus probables qu’il y a dix ans, preuve que le réchauffement modifie profondément les probabilités d’occurrence des phénomènes météorologiques.
Des impacts humains et économiques de plus en plus lourds
Les conséquences de ces catastrophes sont particulièrement visibles dans les pays disposant de systèmes d’assurance et de statistiques fiables. En janvier 2025, les incendies de Pacific Palisades et d’Altadena, dans la région de Los Angeles, ont causé près de 400 morts et environ 30 milliards de dollars de pertes assurées, la plus grande catastrophe liée à un incendie jamais enregistrée selon les critères des assureurs. Les chercheurs du WWA estiment que les conditions climatiques favorables à ce type d’incendie ont vu leur probabilité augmenter d’environ 35 %. Les vagues de chaleur représentent aussi une menace sanitaire majeure, souvent qualifiée de « tueur silencieux ».
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Une analyse menée par le Grantham Institute de l’Imperial College London dans 854 villes européennes estime que 68 % des décès observés lors des canicules de l’été 2025 étaient liés aux températures extrêmes, soit environ 16 500 morts supplémentaires. Dans de nombreuses régions du monde, notamment en Afrique, l’absence de données sanitaires empêche toutefois d’évaluer précisément ces impacts.
Pour les scientifiques du WWA, ces événements illustrent un défi majeur. Même lorsque les prévisions météorologiques permettent d’anticiper certaines catastrophes, l’intensité croissante des phénomènes peut dépasser les capacités d’adaptation des infrastructures et des systèmes de protection.
Jean-Baptiste HONTONNOU


