La 30ᵉ Conférence des Nations unies sur le climat (COP30) s’est ouverte ce lundi 10 novembre 2025 à Belém au Brazil, en plein cœur de la région amazonienne.

Le fonds TFFF comme solution durable ou simple promesse de plus ?

La 30ᵉ Conférence des Nations unies sur le climat (COP30) s’est ouverte ce lundi 10 novembre 2025 à Belém au Brazil, en plein cœur de la région amazonienne. Ce rendez-vous mondial réunit des milliers de participants venus des quatre coins du globe, parmi lesquels figurent plusieurs délégations africaines venues défendre la voix du continent face aux enjeux climatiques planétaires. Responsable de moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, l’Afrique est pourtant celle qui subit le plus durement les effets du dérèglement. Chaque année, les phénomènes climatiques extrêmes sécheresses, inondations, érosions entraînent des pertes économiques estimées entre 2 % et 5 % du PIB dans plusieurs pays. Des ressources qui pourraient servir à financer la santé, l’éducation ou l’emploi, mais qui sont détournées vers la gestion des catastrophes.

La 30ᵉ Conférence des Nations unies sur le climat (COP30) s’est ouverte ce lundi 10 novembre 2025 à Belém au Brazil, en plein cœur de la région amazonienne.

Après l’échec de la COP29, où les engagements financiers des pays industrialisés n’ont pas été tenus, les attentes sont immenses. Les nations riches avaient promis 300 milliards de dollars d’aide annuelle aux pays du Sud d’ici dix ans, un objectif jugé très en deçà des besoins réels.

C’est dans cette optique que lors du sommet préparatoire des chefs d’État à Belém, le président congolais Félix Tshisekedi a rappelé l’injustice qui frappe les pays africains : « La crise climatique est avant tout une crise d’équité. Ceux qui ont le moins contribué à la pollution mondiale en subissent aujourd’hui les pires conséquences. »

Il a dénoncé la faiblesse des mécanismes financiers internationaux, souvent dispersés et inadaptés aux réalités africaines. Un avis partagé par Denis Sassou Nguesso, président du Congo-Brazzaville, qui a souligné la distance persistante entre les déclarations d’intention et les actions concrètes depuis l’Accord de Paris en 2015. Les deux dirigeants ont appelé les puissances économiques à soutenir réellement les efforts d’adaptation et de prévention menés par les pays du Sud.

Financements climatiques : un fossé entre promesses et réalités

La question du financement reste au cœur des débats. Les 300 milliards de dollars promis à Bakou lors de la précédente COP sont jugés bien trop faibles face aux 1 300 milliards réclamés par les pays en développement, qui estiment qu’il ne s’agit pas d’une aide humanitaire, mais d’une réparation pour dommages subis.

En affirmant que « Ceux qui polluent doivent payer », Greenpeace Afric a ciblé notamment les grandes entreprises pétrolières et gazières, bénéficiaires de profits records sans réelle contribution à la transition énergétique mondiale. Le Fonds “Pertes et Préjudices”, adopté lors de la COP28 à Dubaï, dont la mise en œuvre concrète se fait toujours attendre. Pendant ce temps, les tempêtes, les sécheresses et les inondations continuent de ravager les pays les plus vulnérables.

La TFFF : un nouvel espoir pour les forêts tropicales ?

Cette édition de Belém se distingue par la volonté du Brésil d’associer étroitement climat, biodiversité et peuples autochtones. Le président Luiz Inácio Lula da Silva a annoncééainsi la création de la Tropical Forest Forever Facility (TFFF), un fonds innovant censé rémunérer les pays tropicaux qui choisissent de préserver leurs forêts plutôt que de les exploiter. Le président congolais Félix Tshisekedi, dont le pays abrite une large partie du bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète après l’Amazonie, a salué cette initiative : « Le destin de l’humanité dépend de la survie de nos forêts. Si l’Amazonie ou le bassin du Congo disparaissent, c’est tout l’Accord de Paris qui s’effondrera. »

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Un mécanisme financier innovant mais risqué

Le mécanisme imaginé repose sur une première dotation de 25 milliards de dollars apportés par les États, ouvrant la voie à un emprunt de 100 milliards auprès d’investisseurs privés à un taux de 5 %. Les montants seraient ensuite placés sur les marchés, générant un rendement annuel estimé entre 7,5 % et 8 %. Les gains dégagés, environ 3 milliards de dollars par an, serviraient à récompenser les pays tropicaux à hauteur de 4 dollars par hectare de forêt préservée, dont 20 % reversés directement aux communautés locales. Mais certains experts restent prudents. Alain Karsenty, économiste au Cirad, s’est interrogé sur la faisabilité du modèle : « Espérer emprunter à 5 % et placer à 8 %, c’est un pari financier risqué. Sur les marchés, plus le rendement est élevé, plus le risque l’est aussi », a-t-il conclu

COP30 : la promesse d’un tournant ?

Malgré les doutes, la création de la TFFF redonne espoir d’une coopération plus juste entre le Nord et le Sud. Pour de nombreux observateurs, il s’agit d’un signal fort : la préservation des forêts doit enfin être considérée comme un service rendu à l’humanité et justement rémunéré.

Toute la question est désormais de savoir si la COP30 marquera un véritable tournant, capable de replacer les peuples et la planète au centre des priorités, ou si elle rejoindra la longue liste des conférences climatiques conclues par des promesses sans lendemain.

 

Vignon Justin ADANDE

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