PLUIES HORS SAISON AU SUD BÉNIN

En décembre 2025 et janvier 2026, plusieurs localités du sud du Bénin, habituellement en saison sèche à cette période, ont connu des pluies et des orages inhabituels. Ces précipitations ont surpris les populations, suscitant des questions sur leur origine et leurs impacts, notamment dans le secteur agricole et pastoral.

« Une situation normale liée au climat côtier », Diane LAOUROU, Cheffe Service Prévision et Assistance Météorologiques

En décembre 2025 et janvier 2026, plusieurs localités du sud du Bénin, habituellement en saison sèche à cette période, ont connu des pluies et des orages inhabituels. Ces précipitations ont surpris les populations, suscitant des questions sur leur origine et leurs impacts, notamment dans le secteur agricole et pastoral. Pour mieux comprendre ces phénomènes météorologiques hors saison, nous avons interrogé Diane Laourou, Cheffe Service Prévision et Assistance Météorologiques, sur les causes de ces pluies, leurs effets et les précautions à prendre.

En décembre 2025 et janvier 2026, plusieurs localités du sud du Bénin, habituellement en saison sèche à cette période, ont connu des pluies et des orages inhabituels. Ces précipitations ont surpris les populations, suscitant des questions sur leur origine et leurs impacts, notamment dans le secteur agricole et pastoral.

Cette année, plusieurs localités du sud ont enregistré des pluies et même des orages. Est-ce un phénomène inhabituel ?

Dans la zone sud du Bénin, lorsque nous entrons dans la période de décembre à janvier, nous sommes généralement en saison sèche. Décembre constitue même un mois de transition vers cette saison sèche. On s’attend donc typiquement à un temps chaud, ensoleillé et sans précipitations.

Or, cette année, nous avons enregistré dans plusieurs localités du sud, particulièrement le long de la bande côtière, des événements pluviométriques assez intéressants, allant de faibles à modérés, avec parfois même des orages. Il faut dire que notre climat varie d’une année à l’autre. Cette variabilité interne fait que, chaque année, le climat peut présenter un certain nombre de caractéristiques différentes.

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Vous parlez de variabilité. Peut-on alors expliquer ces pluies par des phénomènes connus ?

C’est ce que nous appelons, dans nos analyses, des pluies hors saison. Elles peuvent effectivement survenir en décembre, janvier, voire en février. Au nord, dans le Sahel, on parle souvent des « pluies de mangue ». Ces pluies peuvent également concerner les zones septentrionales du pays lorsqu’elles surviennent hors saison.

Dans le cas des précipitations observées cette année, particulièrement au sud du Sahel, il faut souligner la présence de ce que nous appelons, dans notre jargon, des ondes équatoriales. Pour faire simple, il s’agit d’un comportement naturel de l’atmosphère, marqué par des ondulations qui apportent de l’humidité, généralement piégée autour de l’équateur. Lorsque ces ondulations traversent une région, elles peuvent modifier le comportement habituel du climat. Ainsi, on peut observer des pluies en décembre ou en janvier.

Cependant, ces ondes équatoriales ne sont pas les seules explications. Il existe aussi des interactions entre le climat tropical et le climat des moyennes latitudes. Notre atmosphère est un système ouvert : des phénomènes qui se produisent à des milliers de kilomètres peuvent avoir des impacts sur notre climat local. Ces interactions peuvent donc entraîner des pluies même pendant des périodes dites sèches.

Concrètement, qu’est-ce qui a provoqué ces pluies en décembre 2025 ? Et peut-on dire que ce phénomène est lié au changement climatique ?

Pour le mois de décembre de cette année, lorsque ces ondes équatoriales ont traversé notre région, il restait encore de l’humidité issue de la saison pluvieuse. Elles ont renforcé la brise marine locale, qui est permanente dans notre zone côtière. C’est ce qui a favorisé l’organisation de pluies parfois fortes, observées par endroits.

Comme je l’ai mentionné, ces ondes équatoriales apportent une anomalie d’humidité dans la région. Or, humidité rime avec développement des nuages, ce qui conduit naturellement à des précipitations. À cela s’ajoutent les interactions entre le climat tropical et celui des moyennes latitudes. Lorsqu’il y a des descentes d’air froid vers nos régions tropicales, cela peut provoquer des perturbations et favoriser l’entrée d’une humidité inhabituelle, même en période sèche, générant ainsi des pluies.

Il ne faut pas non plus négliger le contexte du changement climatique. Ce dernier promeut la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, tant en intensité qu’en fréquence. Nous ne pouvons pas dire que le fait qu’il ait plu en décembre s’explique uniquement par le changement climatique, mais celui-ci contribue à accentuer la variabilité interne du climat que nous observons ces dernières années.

À la question de savoir si ce que nous vivons actuellement peut déjà être qualifié de changement climatique, il faut préciser que nous parlons avant tout de variabilité climatique interne. Cela signifie que le climat ne se comporte pas de la même manière d’une année à l’autre. Le climat, par définition, correspond à une moyenne des comportements de l’atmosphère observés sur une période d’environ 30 ans. Certaines années peuvent donc s’écarter de cette tendance normale, comme c’est le cas cette année avec des pluies relativement importantes en décembre.

Concernant les prévisions, la note d’information publiée récemment précisait que ces conditions devaient se poursuivre jusqu’au 22 décembre, avant un retour progressif à un temps plus sec. Les ondes équatoriales responsables de ces pluies ont depuis quitté notre région, ce qui explique l’accalmie observée présentement. Il faut toutefois rappeler que la zone côtière est influencée par la proximité de l’océan. Un simple ensoleillement combiné à un effet de brise peut provoquer de petites pluies locales, très brèves. C’est une situation normale liée au climat côtier.

Quels impacts ces pluies hors saison peuvent-elles avoir pour les agriculteurs et les éleveurs ?

Pour le monde agricole, ces pluies hors saison peuvent avoir des conséquences à deux niveaux. D’un côté, si des cultures sont déjà en phase de maturation, des pluies importantes peuvent être défavorables. De même, lorsque les récoltes sont déjà faites et mises à sécher, une pluie soudaine peut entraîner des pertes.En revanche, il existe aussi des aspects positifs. Certains agriculteurs pratiquent des cultures de contre-saison et peuvent tirer profit de ces dernières pluies. Il en va de même pour l’élevage et les activités pastorales : la disponibilité en eau favorise l’abreuvement du bétail et la repousse du pâturage.

Que conseillez-vous donc aux populations et aux agriculteurs ?

Notre principal conseil aux populations, notamment rurales, est de suivre régulièrement les prévisions météorologiques et leurs mises à jour. Les prévisions s’actualisent au jour le jour. Il est donc essentiel de rester à l’écoute des bulletins météorologiques afin d’anticiper les événements, de protéger les biens et les récoltes, et d’éviter de s’exposer inutilement lors des orages, de fortes pluies ou de la foudre.

Vignon Justin ADANDE

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