Une pénurie d’ouvriers menace les récoltes
La pénurie d’ouvriers agricoles s’impose comme un défi majeur pour l’agriculture marocaine. Malgré la hausse des salaires, les exploitations peinent à recruter et certaines récoltes risquent d’être perdues. Ce manque de main-d’œuvre touche les cultures sensibles et pourrait affecter durablement la production et la compétitivité nationale.
Production en hausse, ouvrier en baisse. Telle est la situation du maroc actuellement. Le secteur agricole marocain fait face à une pénurie d’ouvriers qui devient structurelle. Les exploitants peinent à recruter, malgré des salaires journaliers allant jusqu’à 300 dirhams (61 062,69 Franc CFA). Ce déficit touche surtout les tâches saisonnières non mécanisables : récolte, éclaircissage et entretien des cultures. L’impact est direct sur les volumes produits et sur la qualité des récoltes.
Les cultures affectées
Les cultures à forte intensité de travail, telles que les légumes primeurs, les agrumes, l’olivier et certains fruits, sont particulièrement affectées. Les producteurs doivent faire des arbitrages difficiles : réduire les surfaces cultivées, retarder certaines opérations ou accepter des rendements inférieurs. Ces choix compromettent la compétitivité globale de l’agriculture marocaine sur les marchés locaux et internationaux.
Selon Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader), le problème a changé d’ampleur ces dernières années. « Cette pénurie devient critique, notamment pour l’olivier et les agrumes. Une partie de la production risque de ne pas être ramassée », avertit-il. Les exploitations tentent des arrangements exceptionnels, comme le partage de la récolte ou le travail à la tâche, mais ces mesures restent insuffisantes face au manque d’ouvriers.
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Les facteurs qui expliquent cette situation
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. La migration des travailleurs ruraux vers les villes, encouragée par le cycle prolongé de sécheresse et la recherche de meilleures conditions de vie, réduit durablement la main-d’œuvre disponible. Parallèlement, les grands chantiers urbains offrent des salaires stables et plus attractifs que l’agriculture saisonnière, vidant progressivement les campagnes de travailleurs qualifiés.
Il faut noter que les conséquences économiques sont lourdes. Pour l’olivier, la cueillette représente jusqu’à 40 % du prix de vente, et un retard dans la récolte peut rendre une partie de la production invendable. Cette situation fragilise les exploitations, décourage les investissements et accentue la vulnérabilité du tissu agricole national.
Les solutions restent limitées. La redistribution de la main-d’œuvre entre régions, le logement temporaire des ouvriers ou le recours à la main-d’œuvre étrangère pourraient atténuer le problème. Mais ces options soulèvent des défis juridiques et sociaux. Le Maroc s’achemine vers une agriculture confrontée à la pénurie d’ouvriers, à des salaires élevés et à la perte d’un avantage historique lié au coût du travail.
Innocent AGBOESSI


