AGRICULTEURS ET RIVERAINS

Études scientifiques à l’appui, agriculteurs et riverains paient un lourd tribut aux pesticides chimiques, devenus une crise sanitaire majeure.

Les victimes silencieuses des pesticides chimiques

Pendant plusieurs années, Écophyto 2030 peine à convaincre que l’utilisation de pesticides chimique a de répercussions négatif sur la santé. Mais récemment la cohorte Agrican qui suit 180 000 agriculteurs et l’étude PestiRiv sur les riverains publiés respectivement fin 2024 et en 2025 montrent clairement que l’exposition aux pesticides est une crise sanitaire majeure.

Études scientifiques à l’appui, agriculteurs et riverains paient un lourd tribut aux pesticides chimiques, devenus une crise sanitaire majeure.

La question des pesticides a quitté le terrain idéologique pour entrer dans celui de la preuve scientifique irréfutable. En ce début d’année 2026, trois documents majeurs viennent clore le débat sur la dangerosité de ces substances.

La cohorte Agrican révèle un lourd tribut payé par les agriculteurs

La première pièce à conviction est monumentale. Il s’agit de la cohorte AGRICAN (AGRIculture et CANcer). Pilotée par l’Inserm, c’est la plus grande étude épidémiologique française jamais réalisée sur le monde agricole. Elle suit depuis près de vingt ans la santé de 181 842 affiliés à la MSA (Mutualité Sociale Agricole) dans onze départements.

Les résultats publiés en juillet 2025 révèlent que <<Si les agriculteurs meurent moins de maladies cardiovasculaires que la moyenne (car ils fument moins), ils paient un tribut spécifique aux pesticides>>. Le rapport établit ensuite un sur-risque avéré pour les cancers du sang (myélome multiple, lymphome non hodgkinien) et le cancer de la prostate. Plus inquiétant, le suivi à long terme révèle désormais une explosion des maladies respiratoires. En effet, l’exposition aux insecticides est directement corrélée à l’apparition de l’asthme et de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).

La maladie de Parkinson solidement liée aux pesticides

Le deuxième pilier de cette accusation est l’Expertise collective de l’Inserm. Ainsi, ce document de plus de 1 000 pages, mis à jour en 2021 puis complété par des notes en 2025, est la référence mondiale. Il a analysé plus de 2 500 études internationales pour classer les risques.

En outre, son verdict est sans appel concernant la maladie de Parkinson qui est une affection neurodégénérative chronique caractérisée par la destruction de neurones dopaminergiques, entraînant des tremblements au repos, une rigidité musculaire et une lenteur des mouvements. Le lien de causalité entre l’exposition aux pesticides et cette pathologie neurodégénérative est classé en « présomption forte ». C’est le niveau de preuve le plus élevé possible en science. C’est sur la base de ce document que les experts recommandent désormais d’étendre les délais de prise en charge pour la reconnaissance en maladie professionnelle, le délai actuel d’un an étant jugé déconnecté de la réalité médicale de cette maladie à évolution lente.

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Le mal peu atteindre des kilomètres du champ

Enfin, l’argument selon lequel le risque s’arrête à la clôture du champ a été balayé par l’étude PestiRiv. Menée conjointement par l’Anses et Santé Publique France, c’est la première étude d’envergure à mesurer l’exposition réelle des personnes vivant près des cultures viticoles.

La méthodologie de ce rapport publié en septembre 2025 est imparable : des mesures ont été effectuées directement chez les habitants (urines, cheveux) et dans l’air ambiant, à différentes saisons. Le constat est sévère : en Nouvelle-Aquitaine, l’observatoire de l’air a détecté des pesticides sur 100 % des sites testés. Le folpel (un fongicide) et le prosulfocarbe (un herbicide très volatil) sont retrouvés à des kilomètres des zones d’épandage. L’étude prouve scientifiquement l’existence d’une « dérive » des produits qui expose les familles riveraines à un cocktail chimique permanent, avec des pics marqués entre mai et juillet.

Une menace invisible

Ces différents rapports convergent vers une inquiétude majeure : l’impact in utero des pesticides. Les dernières analyses de l’Inserm sur les perturbateurs endocriniens montrent que l’exposition des femmes enceintes, même à faible dose, altère le développement cognitif des enfants.

Dès lors, face à cette accumulation de preuves issues de méthodologies scientifiques rigoureuses, la réponse politique apparaît en décalage. En 2026, la question n’est plus de savoir si les pesticides sont dangereux, mais pourquoi l’action tarde encore face à des constats aussi massifs.

 

Innocent AGBOESSI

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