Lait local au Bénin : Pourquoi le consommateur préfère l’importé ?

À Nikki, le lait local peine à s’imposer face au lait importé. Prix, logistique et habitudes freinent la consommation au Bénin.

Alors que la commune de Nikki, au cœur du Borgou, s’impose comme le bassin laitier historique du Bénin, les supermarchés et boutiques de quartier de Cotonou restent inondés de lait en poudre importé. Malgré les efforts de l’État et des producteurs locaux, la bataille de la compétitivité et de la conservation penche encore en faveur des géants européens.

À Nikki, le lait local peine à s’imposer face au lait importé. Prix, logistique et habitudes freinent la consommation au Bénin.

À Nikki, l’élevage n’est pas un métier, c’est une culture. Pourtant, le lait frais produit par les éleveurs peuls peine à voyager au-delà des marchés locaux ou de la transformation artisanale en fromage wagashi. À l’autre bout de la chaîne, le consommateur béninois moyen verse chaque matin dans son café un lait en poudre venu d’ailleurs. Pourquoi ce fossé ?

Les chiffres donnent le vertige. Selon des données croisées de l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INStaD), le Bénin importe chaque année pour plusieurs milliards de FCFA de produits laitiers. Ce lait, souvent réengraissé à l’huile de palme (« fat-filled ») et venu d’Europe, arrive à des prix défiant toute concurrence. Comme l’analyse un rapport récent d’Oxfam et du CIRAD sur la filière lait en Afrique de l’Ouest, le lait en poudre européen est vendu 30 à 50 % moins cher que le lait local, rendant la compétition quasi impossible pour le producteur de Nikki sans une protection douanière forte.

Une logistique défaillante

Le problème n’est pas tant la quantité que la logistique. Dans un reportage diffusé par l’ORTB sur la filière élevage, les éleveurs de Nikki pointent du doigt l’absence d’infrastructures de conservation. Le lait frais est une denrée périssable qui tourne en quelques heures. Sans électricité stable ni camions frigorifiques pour rallier Cotonou, l’or blanc du Nord finit transformé en fromage ou perdu.

Une étude du Programme d’Appui au Secteur du Développement Rural (PASDeR) confirme que près de 40 % de la production laitière en saison des pluies ne trouve pas de débouché industriel, faute de collecte organisée.

Une industrialisation encore timide

Des initiatives existent pourtant. La campagne de promotion du « Consommons local », lancée par le gouvernement, tente de mettre en avant des labels béninois. Mais sur le terrain, les unités de transformation semi-industrielles manquent de volume constant.

Selon une note de la Direction de l’Élevage, la faible productivité des vaches locales (races Girolando ou Borgou), comparée à celle des races laitières européennes, freine l’essor d’une véritable industrie capable d’alimenter durablement les grandes villes.

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Enfin, il y a l’habitude. Interrogée dans une enquête de consommation du média Banouto, une mère de famille l’avoue : le lait en poudre est pratique, se conserve des mois et offre un goût standardisé auquel les enfants sont habitués. Le lait frais local, plus riche mais au goût plus prononcé, doit encore reconquérir les palais urbains.

Pour que Nikki gagne la bataille, il ne suffira pas de produire plus. Il faudra, comme le préconisent les experts, une politique agressive de quotas à l’importation et un investissement massif dans la chaîne du froid. En attendant, le petit-déjeuner béninois reste mondialisé.

 

Innocent AGBOESSI

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