Les femmes encore freinées par les réalités du terrain
Malgré des avancées légales en matière d’égalité d’accès à la terre, les femmes rurales continuent de faire face à de nombreux obstacles. Normes socioculturelles, pratiques coutumières, accès limité aux ressources financières et à l’information font que leurs droits restent souvent précaires.
Pourquoi les inégalités persistent-elles ?
Les femmes constituent une part majeure de la main-d’œuvre agricole, tant en Afrique qu’au Bénin. Elles jouent un rôle central dans la production alimentaire et nutritionnelle des communautés locales. Cependant, de manière générale, elles n’ont qu’un accès limité aux terres nécessaires à leur subsistance, à leurs revenus et à leur logement.
Les femmes continuent de rencontrer des obstacles qui restreignent leur accès à la terre. La gouvernance foncière demeure confrontée à des défis persistants. Selon ONU Femmes (2016), plusieurs études ont montré qu’un meilleur accès des femmes à la terre est étroitement lié à une participation plus importante à la prise de décision au sein des ménages.
Obstacles persistants de la gouvernance foncière
Les défis de la gouvernance foncière dans les zones rurales sont multiples et complexes, incluant les normes sociales, les pratiques socioculturelles et les règles coutumières. En effet, selon Majoie Géroxie TOHOYESSOU, experte en sécurité alimentaire et genre, dans de nombreuses communautés rurales, les systèmes fonciers restent fortement marqués par des traditions patriarcales.
D’après elle, la terre est souvent attribuée aux hommes, considérés comme chefs de famille, tandis que les femmes y accèdent principalement par l’intermédiaire d’un mari, d’un frère ou d’un père. Il en résulte qu’elles disposent rarement d’un droit de propriété direct et sont fréquemment défavorisées lors des héritages.
Les défis liés à l’accès à la terre pour les femmes dépassent les inégalités de propriété et d’héritage. L’accès restreint aux ressources financières et aux crédits constitue un obstacle majeur. « Lorsque les femmes souhaitent acquérir des terres, elles rencontrent souvent des difficultés à accéder aux crédits ou aux services financiers », a-t-elle affirmé.
Par ailleurs, l’accès limité à l’information et à la justice foncière complique la sécurisation de leurs droits, les procédures administratives et juridiques étant souvent complexes, coûteuses et éloignées des zones rurales.
Quelques actions stratégiques envisageables
Pour améliorer l’accès des femmes à la terre et réduire les inégalités foncières, plusieurs actions concrètes peuvent être envisagées. Ainsi, Majoie Géroxie TOHOYESSOU, experte en sécurité alimentaire et genre, souligne que la première étape consiste à sensibiliser les communautés et les leaders traditionnels, car les normes socioculturelles influencent fortement l’accès à la terre.
Il est également crucial de renforcer l’application des lois favorables à l’égalité juridique et financière, en veillant à leur mise en œuvre effective au niveau local, tout en vulgarisant ces textes pour que les femmes connaissent leurs droits. Par ailleurs, il faut faciliter l’enregistrement et la sécurisation des terres au nom des femmes, y compris en copropriété avec le conjoint, afin de garantir leur sécurité juridique et les protéger contre le risque de perte de terres.
Impliquer les femmes dans la gouvernance foncière
L’implication active des femmes dans les instances de gouvernance foncière, la formation au leadership, la participation aux comités locaux et aux processus de médiation sont également essentielles pour que leurs besoins et leurs voix soient réellement pris en compte.
Enfin, l’accès à l’information, à la formation agricole, aux crédits et aux technologies adaptées doit être renforcé afin de permettre aux femmes de valoriser pleinement les terres dont elles disposent et d’améliorer leur productivité.
Il convient de reconnaître, selon Moussouloumi BONI, agent foncier, qu’au Bénin, la prise en compte du genre dans la gouvernance foncière a progressé sur le plan légal, avec des textes garantissant l’égalité d’accès à la terre.
Cependant, dans la pratique, cette égalité demeure limitée en raison du poids des normes socioculturelles et de la faible application des lois. Si les dispositifs fonciers permettent théoriquement aux femmes d’accéder à la terre, leurs droits restent souvent précaires, fondés davantage sur l’usage que sur une véritable propriété sécurisée.
Aboubakar FAÏSSAL


