Les femmes en première ligne pour relancer la production
À l’approche de la prochaine campagne agricole au Bénin, les productrices se mobilisent en combinant innovation, planification et solidarité pour maximiser les rendements. Engagées au cœur de l’agriculture familiale, elles appellent également l’État à un soutien durable face aux défis persistants de financement et d’irrigation.
Lancée il y a quelques mois, la campagne agricole en cours s’achemine progressivement vers son terme. D’ici quelques semaines, elle cédera la place à une nouvelle qui, dans plusieurs zones du pays, devrait coïncider avec le début des pluies. Si l’espoir d’un bon rendement demeure au cœur des attentes, il n’en reste pas moins que celui-ci se construit en amont, à travers une préparation rigoureuse. C’est à ce moment charnière que se jouent en grande partie, les performances de la campagne à venir.
Au Bénin, les producteurs s’activent déjà en coulisses dans la perspective du démarrage effectif de la prochaine campagne. Puisque l’agriculture ne se conjugue pas uniquement au masculin, les femmes y occupent une place essentielle.
Engagées sur tous les fronts, elles préparent les sols pour les prochains semis, s’organisent pour l’accès aux intrants agricoles, recherchent des financements et mobilisent les ressources nécessaires. Autant d’efforts qui conditionnent l’atteinte des objectifs fixés.
Une préparation solide pour la campagne
À Zè, les femmes productrices se préparent activement pour la prochaine campagne, en combinant organisation, innovation et solidarité. Pour Justine Tonato, productrice, l’appui de l’association ANAF Bénin transforme leur façon de travailler. Les équipements mis à leur disposition leur permettent de produire du biochar pour accueillir la campagne. Elles remplacent ainsi les méthodes traditionnelles, longues et pénibles, et peuvent ainsi enrichir le sol rapidement et efficacement. « Avec cette technologie, je dirais que nous allons faire 200% des nos rendements habituels, », confie-t-elle, enthousiaste face à cette rentrée prometteuse. Rolande Bossou, quant à elle, souligne l’importance d’une planification rigoureuse. À l’en croire, les intrants sont déjà disponibles et le plan d’exploitation annuel définit clairement les cultures à produire et le calendrier des semis.
Par ailleurs, cette préparation ne se limite pas aux champs. Elle s’accompagne également d’une organisation financière solide. Les femmes de la coopérative pratiquent l’autofinancement en cotisant régulièrement, ce qui leur permet de se prêter des fonds pour acheter semences, engrais et autres intrants essentiels.
Entre innovation technique, planification minutieuse et solidarité financière, ces femmes mettent toutes les chances de leur côté pour démarrer la campagne dans les meilleures conditions et maximiser leurs rendements. Leur préparation illustre non seulement leur engagement, mais aussi leur rôle central dans la réussite de l’agriculture locale.
Des obstacles persistants
Cette préparation solide ne les protège pas de toutes les difficultés. Le financement reste un obstacle majeur. Même en cotisant régulièrement, les fonds collectifs ne suffisent pas toujours à couvrir les dépenses liées aux semences, engrais et autres intrants. À cela s’ajoute le coût élevé de la carburation, indispensable pour irriguer les champs, transporter les intrants et bien plus. « L’essence est à 850 francs CFA, il faut en prendre pour arroser. Si tu refuses, il faut arroser à la force physique, et le lendemain, tu te réveilles épuisée », explique Justine Tonato.
Ces contraintes montrent que, malgré une préparation rigoureuse, les productrices doivent constamment s’adapter aux réalités économiques et physiques de la campagne. Face aux défis persistants de la campagne, elles lancent un appel clair aux autorités. Justine Tonato insiste sur le besoin de systèmes d’irrigation modernes, notamment solaires, qui permettraient de réduire la dépendance à l’essence et de diminuer le coût de production. « Nous travaillons depuis des années, nous avons la volonté et l’énergie, mais si le gouvernement pouvait nous soutenir avec des technologies comme des panneaux solaires, les légumes seraient moins chers et accessibles à tous », explique-t-elle.
Pour elle, le financement ne se limite pas aux crédits remboursables. Des subventions pour les intrants et l’équipement seraient un vrai levier pour améliorer la production, au-delà de ce que la coopérative peut assurer par autofinancement. Elle rappelle aussi l’importance d’un forage pour accéder directement à l’eau de la nappe, afin d’éviter les problèmes liés aux crues ou aux insuffisances d’irrigation.
Rolande Bossou renchérit en soulignant que la limite de leurs moyens actuels empêche tout investissement majeur. À l’entendre, le passage à des pompages solaires permettrait de réduire le coût de l’eau, tout en garantissant une production plus stable. Les productrices espèrent ainsi que l’État et les partenaires pourront subventionner les intrants pour une campagne bien réussie.
Aboubakar FAÏSSAL


