Ingénieur agronome de formation et producteur engagé, René TOKANNOU fait partie des acteurs agricoles béninois qui misent sur l’innovation et la rigueur technique pour améliorer la rentabilité des spéculations locales. Installé depuis plusieurs années dans la culture de la banane plantain, il a su transformer les contraintes du secteur en opportunités, en expérimentant des modèles d’aménagement et de fertilisation adaptés au contexte béninois.
Dans cet entretien accordé à LE RURAL, il revient sur son parcours, ses choix techniques, les défis rencontrés et partage sa vision d’une production de bananes rentable, durable et à fort potentiel économique pour le pays.
Quelles sont les différentes variétés de bananes que nous avons au Bénin ?
Au Bénin, il existe plusieurs variétés de bananes. Certaines sont d’un jaune pur, d’autres moins. Il n’y a pas que « Aloga ». Il existe d’autres variétés tout aussi performantes, comme le « Gnivlan », une variété de banane plantain biologique, prisée pour sa rentabilité ou le « Sotoumou », une petite banane à la chair douce, sucrée et acidulée, originaire du Bénin. Elle est très appréciée et recherchée. Ce dernier, par exemple, donne de petits fruits jaunes qu’on consomme mûrs. Ces variétés se cultivent et se vendent bien sur le marché. J’ai vu des producteurs chinois cultiver diverses spéculations : maïs, riz, patate douce, manioc… un peu de tout.
Mais quand on observe de près, ce sont surtout les maraîchers qui tirent les meilleurs revenus, grâce à l’irrigation qui leur permet de produire presque toute l’année. En agriculture, si vous ne maîtrisez pas l’eau, il est très difficile de réussir, quelle que soit la spéculation. Il faut une bonne maîtrise de l’irrigation.
Qu’est-ce qui vous a motivé à choisir la banane comme culture principale ?
Dans les grandes cultures, les revenus dépassent rarement 500 000 francs CFA par hectare et par an. Si je dois m’investir dans une culture, il faut qu’elle me rapporte 2, 3, voire 4 millions par an. C’est ainsi que j’ai identifié la banane comme une spéculation potentiellement très rentable.
Cela fait maintenant 4 ou 5 ans que je travaille sur la banane. Au début, je me suis renseigné dans la littérature. On y parlait de plusieurs variétés et d’arrangements spatiaux, notamment l’Alloga jaune ou bleue. On compte environ 2 500 plants par hectare.
Mais je me suis rendu compte qu’au bout d’un an, le schéma 2×2 mètres ne permettait plus de produire efficacement. J’ai donc modifié l’arrangement : j’ai supprimé une ligne sur trois et créé une double ligne de 2 mètres de large, avec 4 mètres de chaque côté.
Cela m’a permis d’avoir des plants bien aérés, mais ce n’était pas encore optimal pour l’irrigation. Les bandes d’irrigation doivent distribuer l’eau à 1 mètre à gauche et à droite, ce qui n’était pas pratique entre les doubles lignes. J’ai alors réduit l’espace entre les lignes, au lieu de 4 mètres, je suis passé à 3 mètres de chaque côté.
Ce nouvel aménagement me permet de revenir à environ 2 500 plants par hectare la première année. L’année suivante, avec les rejets, on peut atteindre jusqu’à 3 000 plants à l’hectare, ce qui augmente le nombre de régimes à récolter. Avec un bon entretien, les revenus annuels s’en trouvent considérablement améliorés. Et ce système facilite aussi une irrigation plus efficace.
Nous pensons que ce modèle pourrait devenir une référence pour la production de banane. Mais l’eau seule ne suffit pas, il faut aussi nourrir les plantes.
Comment nourrissez-vous les plants de banane ?
Nous utilisons des rejets d’animaux, les fientes de volaille, et tout ce qui est d’origine organique pour enrichir le sol. Cela nous permet d’obtenir de bons rendements. Nous enregistrons des régimes de 10 à 12 kg en moyenne, même en cas de vents violents. D’ailleurs, c’est l’un de nos grands défis : comment éviter que les bananiers ne tombent avec leurs régimes avant la récolte ?
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Quels sont les autres défis techniques que vous rencontrez ?
Le sarclage est un enjeu majeur. Ce n’est pas propre à la culture de la banane, c’est un défi national. Il faut faciliter l’accès à des équipements peu coûteux et efficaces pour le désherbage.
Aujourd’hui, les producteurs ont souvent recours aux herbicides faute de mieux. Pourtant, la mécanisation du sarclage est en cours de développement. J’en ai parlé avec le directeur de la SoNaMA, impliqué dans le projet MecaWAT. Ils travaillent sur des outils performants, même si ce n’est pas encore finalisé.
Dès que ces outils seront disponibles à bas coût, ils se vendront comme des petits pains !
Un autre problème, ce sont les maladies comme la cercosporiose. Lorsqu’un plant est atteint, il faut rapidement couper les feuilles contaminées pour éviter la propagation. C’est un virus, et si un outil n’est pas bien désinfecté, il peut contaminer d’autres plants.
Finalement, diriez-vous que la culture de la banane est rentable ?
Au départ, on disait que la banane n’était pas rentable. Mais après 3 à 4 ans de pratique, je suis tenté de dire ceci : n’est pas producteur de banane qui veut. Ce n’est pas une activité qu’on entreprend à la légère. Il faut se lever tôt, mobiliser les ressources nécessaires et mettre en place un dispositif rigoureux.
Une fois que tout est bien en place, que les fertilisants sont apportés régulièrement, que l’irrigation est bien faite, vous pouvez atteindre un chiffre d’affaires d’au moins 5 millions de francs CFA par hectare.
Et dès la deuxième récolte, vous amortissez tous vos investissements. Vous êtes gagnant. Les années suivantes, les coûts baissent, mais les récoltes restent régulières. Et vous prospérez.
Réalisé par Vignon Justin ADANDE