Actrice discrète, mais efficace, l’ONG belge Iles de Paix renforce depuis plus de vingt ans les capacités des communautés rurales béninoises, spécifiquement celles de l’Atacora. Grâce à une approche participative et inclusive, ses projets agroécologiques, féminins et communautaires prennent une ampleur remarquable en touchant des milliers de familles et en structurant des filières locales.
Au Bénin, l’ONG Iles de paix, travaille avec des partenaires locaux comme ERAD et Jura Afrique Bénin dans le but de diffuser les pratiques de l’agroécologie et de stimuler l’économie des familles rurales. En effet, sa mission générale est la recherche et l’expérimentation de modèles alternatifs de développement. Plus précisément, son approche repose sur un principe clair : accompagner les populations à construire elles-mêmes leur avenir en s’appuyant sur la connaissance, l’autonomie et la durabilité.
Selon le rapport d’activités datant de 2024, 5.993 personnes sont devenues actrices de leurs propres projets, ce qui représente 57 % des bénéficiaires directs. De plus, 7.092 personnes ont rejoint des organisations rurales soutenues par les programmes, illustrant ainsi l’engagement croissant des communautés.
Un site maraîcher modèle géré par des femmes
L’un des projets palpables de l’ONG se situe à Natitingou, en zone urbaine non inondable. Il s’agit, en effet, d’un site maraîcher agro écologique, aménagé avec un forage équipé d’une pompe solaire et de deux réservoirs pour l’irrigation ; d’une aire de compostage ; d’un système de production d’engrais biologiques liquides à base d’herbes. La particularité de ce site est qu’il est entièrement géré par 32 femmes propriétaires du terrain. Elles y cultivent toute l’année des légumes agroécologiques vendus au marché local. Ce revenu régulier renforce leur autonomie financière et améliore l’alimentation familiale.
Par ailleurs, ces femmes sont organisées en Association Villageoise d’Épargne et de Crédit (AVEC). C’est un système de solidarité où chaque membre contribue à un fonds tournant pour financer ses activités.
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Des engrais organiques produits localement
L’année 2024 a aussi été marquée par l’essor des pratiques agricoles alternatives. Ainsi, 16.000 litres d’engrais liquide biologique ont été produits et utilisés par une trentaine d’organisations paysannes. C’est la preuve de l’adhésion croissante des OP aux méthodes respectueuses de l’environnement.
Huit nouveaux sites maraîchers agro écologiques ont été mis en place avec l’implication de 150 familles. Cet exploit renforce ainsi la sécurité alimentaire locale et l’accès à des légumes de qualité, sans produits chimiques.
La valorisation des produits agricoles a également connu un tournant. En 2024, 17 groupes féminins ont écoulé sur le marché près de 13 tonnes de riz ; 740 kg de fonio ;15,6 tonnes de soja. Ces résultats traduisent non seulement une production améliorée, mais aussi une meilleure organisation collective autour de la transformation, du stockage et de la commercialisation des produits.
L’approche PIP qui mobilise
Le Plan Intégré Paysan (PIP) est une autre innovation déployée par l’ONG. Il s’agit d’un outil de planification familiale participatif. Chaque membre du ménage contribue à dessiner la situation actuelle de sa ferme et à faire une projection de l’évolution sur plusieurs années. Grâce à l’utilisation de schémas accessibles même aux non-alphabétisés, l’outil a pu toucher un large public. Alors que seulement 740 familles étaient ciblées au départ, ce sont finalement 2.306 familles qui ont été sensibilisées dans 25 villages. Des concours sur le plan villageois, communal et départemental sont organisés, avec 152 personnes finalistes, dont 72 femmes.
Une sensibilisation à l’alimentation saine à l’occasion de la JISSA
Pour renforcer l’impact de ses actions, Îles de Paix organise chaque année des événements de mobilisation. Durant le mois de juin, la commune de Natitingou vibre au rythme de la Journée Internationale de la Sécurité Sanitaire des Aliments (JISSA), célébrée sur trois jours. Une marche populaire, des émissions radio, des concours de plaidoirie et des présentations artistiques de jeunes édifient la population sur les bienfaits des aliments locaux et naturels. En 2024, près de 6.000 personnes ont été sensibilisées sur les risques liés aux aliments produits à partir d’intrants chimiques et à l’importance de consommer local et agroécologique.
Une vision à long terme
Toutes ces réalisations témoignent de la cohérence de l’action d’Îles de Paix. Elle renforce les dynamiques durables, crée de la valeur locale, et mobilise les communautés autour de projets concrets. En misant sur la formation, la responsabilisation et les savoirs endogènes, ses acteurs multiplient son impact au Bénin comme dans les autres pays d’intervention. Avec des projets en cours tels que le programme Feyi Kogbon pour la résilience des familles d’agriculteurs face au changement climatique dans les Collines ; le programme Batenforiba pour le renforcement des capacités des OSC béninoises, Îles de Paix s’impose comme un pilier important du développement au Bénin.
Maëlle ANATO