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Agriculture

COVID-19 au Bénin: Un véritable coup de massue pour la fête de l’Igname à Savalou

Le conseil des ministres en date du Mercredi 08 Juillet 2020 dans ses recommandations pour contrer la Covid-19, a une fois encore rappelé la décision de suspension des événements et manifestation à caractère sportif, politique et festif en vigueur en République du Bénin. La fête de l’igname, commémorée chaque 15 août se trouve ainsi annulée pour la première fois de son histoire, laissant les acteurs de la filière igname perplexe sur leurs revenus.

La Covid-19 est une maladie infectieuse provoquée par le coronavirus le plus récemment découvert, le SRAS-CoV-2. Apparue à Wuhan (Chine) en décembre 2019, la maladie s’est rapidement propagée à travers le monde, perturbant profondément les activités des secteurs essentielles aux besoins vitaux de l’homme, comme l’agriculture. Or, à l’instar des autres pays de l’Afrique de l’ouest, le secteur agricole béninois, occupe une place primordiale dans les politiques de développement. Il emploie non seulement un nombre important de personnes dans la fourniture des intrants, la production, la transformation et la commercialisation mais aussi, est essentiellement dominé par la culture des produits vivriers dont l’igname. Cette dernière ancrée dans les habitudes alimentaires des populations béninoises et constitue un marqueur d’identité des groupes socioculturels Mahi, Nago et Ifè au centre Bénin. Cela a donc valu à la commune de Savalou l’initiative de la fête de l’igname organisée chaque 15 Août dont la célébration de l’édition 2020 est menacée par la pandémie de la Covid-19.

La Covid-19, l’indésirable invité qui perturbe

A Savalou, la fête de l’igname devrait être dans quelques jours seulement. Mais visiblement, les signes d’une fête prochaine sont de moins en moins perceptibles dans cette commune, réputée dans la valorisation de ce produit agricole. A l’instar des autres fêtes identitaires du Bénin, la fête de l’igname qui fait office de valorisation des richesses agricoles, culinaire et culturelles n’aura pas lieu. Ces différents acteurs de la filière igname rencontrés soutiennent mordicus que la fête du 15 Aout surtout avec l’arrivée massive des étrangers du sud Bénin fait croitre leurs revenus et les encourage chaque année. « Je ne produis que pour la fête de l’igname » dixit Etienne Mintohin, la quarantaine.

Le constat est le même de l’autre côté des transformatrices et commerçantes, dame Hoonon, tenancière d’un Bar Restaurant au centre-ville de Savalou déclare « Rien que pour la fête de l’igname, je payais plus de trois (03) bâchées d’igname chez les agriculteurs. Grâce à cette fête, je fais des recettes de plus de 500.000fcfa. Cette année, je n’en ai pas encore payé demi bâchée, c’est le ciel qui nous est tombé dessus ». Comme elle, plusieurs autres restauratrices défendent la même thèse. Yamonan Odette, est une doyenne dans la vente de l’igname pilée. Elle déplore la situation et préfère compatir à la douleur des producteurs en s’interrogeant « où vont-ils vendre cette grande quantité d’igname qu’ils ont l’habitude de produire» ?

Xavier Arèkè est producteur à konkondji un village de l’arrondissement de Djaloukou, il s’est empressé de nous raconter ce qu’il vit « C’est très difficile, les bonnes dames ne viennent plus, les commandes non plus. J’ai plus de cinq (05) tonnes d’igname sous ombrage végétal dans mon champ actuellement. L’année dernière, à une semaine de la fête j’étais en train de compter joyeusement des billets de banques».

La situation est grave déplore Etienne Mintohin, la quarantaine et père de huit (08) enfants dans le village Aglamidjodji « Le coronavirus a tout gâté, j’ai commencé à m’inquiéter depuis février que je faisais le désherbage. Voici, ma moto tricycle est au repos faute de client à servir. Même, les ateliers de formation qu’on suivait de temps en temps pour des démonstrations ne sont plus».

La Covid-19 ralentit les échanges commerciaux

La morosité économique actuelle toujours due à la pandémie de la Covid-19, donne désespérément de file à retordre aux acteurs de la filière igname quant à la baisse considérable de leurs revenus.

Approché, l’Agroéconomiste, Odile GBAGUIDI, renchérit qu’effectivement grâce à la fête de l’igname des quantités importantes d’igname sont vendus dans les champs et sur le réseau routier menant à Savalou. Elle signale « c’est vrai que les ignames sont en grande partie autoconsommées mais le reste de la production est toujours destiné soit à la reconduction de la culture, mais surtout à la vente sur les marchés intérieurs et extérieurs ».

A l’en croire, plusieurs circuits d’écoulement sont en difficulté faute de clients. Il s’agit des producteurs qui approvisionnent directement les ménages et les marchés locaux par des circuits courts atteignant parfois les consommateurs de Bohicon et Cotonou venus fêter et aussi le long circuit animé par les producteurs, les collecteurs, les transformatrices, les commerçantes et détaillantes qui sont mis à mal du fait des restrictions liées à la Covid-19.

Ainsi, la foire du 15 Aout, qui reçoit des exposants nationaux et internationaux (Sénégal, du Burkina-Faso, du Congo, du Nigéria etc.) n’aura pas lieu, il n’y aura non plus de concerts, ni de caravane, et donc pas de joutes festives dans la cité des Sohavis.

Rappelons que si, de nombreuses variétés d’ignames sont cultivées dans la commune de Savalou, cinq variétés sont les plus connues. Il s’agit évidemment de Laboko, Ala, Gangni, Gnidou et de Kokoro. La première étant au centre de toutes les convoitises à cause de sa douce particularité sous forme pilée. Ces variétés d’igname assurent aux consommateurs une gamme de prix et de qualité permettant l’approvisionnement sans interruption du marché. Lequel marché démarre par la consultation de l’oracle et par ricochet la célébration de la fête du 15 août, perturbée actuellement par la Covid-19.

Par Megan Valère SOSSOU

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