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DÉGRADATION DES RESSOURCES NATURELLES: La mangrove, un réservoir naturel riche de biodiversité mais menacé par l’exploitation incontrôlé du bois

Par Laure LEKOSSA

Les mangroves sont des formations édaphiques halophiles typiquement tropicales et exclusivement littorales dont la principale caractéristique est leur composition floristique dominées par les palétuviers. On reconnaît aisément de loin les enchevêtrements de racines de la mangrove. Ses arbres et arbustes poussent le long d’eaux salées ou saumâtres en se nourrissant des sédiments accumulés dans la vase. Les mangroves sont l’un des écosystèmes abritant la plus grande biodiversité au monde et elles jouent un rôle essentiel dans l’équilibre écologique et les moyens d’existence des populations.

Au Bénin, le paysage qu’offrent les mangroves est stupéfiant et original, mais très fragile. Sa dégradation s’avère très rapide. Pour Is Deen Akambi, environnementaliste , assistant technique du projet Eco Bénin , les mangroves sont des écosystèmes hautement productifs, riches en biodiversité constituée d’une diversité de plantes fournissant d’habitats à une diversité d’animaux tels que les mammifères, les mollusques. Pour lui, l’importance des mangroves n’est plus à démontrer. Elles fournissent d’importantes ressources fortement sollicitées dont dépendent la majeure partie des populations riveraines. Il s’agit, notamment, des services écosystémiques d’approvisionnement dont les ressources halieutiques alimentaires (poissons, crabes, crevettes, huîtres, etc.), les plantes médicinales, le bois énergie, les matériaux de construction, etc. (Lugo et Snedaker, 1974). Elles jouent aussi un rôle selon ses dires, le rôle de protection contre les catastrophes naturelles (inondations, fluctuations climatiques, tsunamis, cyclones, érosions, etc. Les mangroves jouent un rôle essentiel en protégeant les populations contre les chocs climatiques et d’autres intempéries liées au climat. Leur végétation retient les sédiments et filtre les eaux de ruissellement, ce qui prévient l’érosion du sol et l’envasement. En outre, leurs racines constituent un rempart efficace contre la violence des tempêtes qui protège les populations côtières des inondations. Toutefois, dans de nombreuses régions d’Afrique de l’Ouest les terres humides qui accueillent une faune et une flore sauvage particulièrement riche sont menacées par les effets des changements climatiques et un abattage non durable du bois. La dégradation qu’a connue la végétation de la mangrove pendant de nombreuses années a été tellement importante qu’elle a laissé derrière elle, d’immenses zones déboisées où l’ombre est inexistante et la vie aquatique souvent rare.

Pendant que la mangrove locale disparaissait, l’air s’asséchait et les pêcheurs peinaient à gagner leur vie et à subvenir aux besoins de leur famille. « Les mangroves sont sous plusieurs menaces dont les plus sérieuses sont l’exploitation incontrôlée du bois pour la satisfaction des besoins en énergie domestique, l’érosion des berges des cours d’eau et l’urbanisation qui dégradent la biodiversité et les services écosystémiques (provision, régulation, et support) qu’elles procurent. Les mangroves n’ont de ce fait, cessé de décroître en superficie : 04 % par an jusqu’en 1980 et 0,66 % par an jusqu’en 2005, soit 3 à 5 fois plus que la perte globale des forêts (Spalding et al. 2010) » fait savoir Is Deen Akambi. Depuis la seconde moitié du 20 ème siècle poursuit –il, les facteurs anthropiques menacent gravement la croissance et la survie des mangroves (Rogelj et al. 2012) ; ce qui compromet les mesures naturelles et moins coûteuses d’adaptation aux changements du climat dans les zones côtières. Selon la stratégie nationale, le Bénin dispose de 1405 ha de mangrove à l’année 2015. (Source: Stratégie nationale de gestions durable des mangroves du Bénin).

Face à ces enjeux, le gouvernement béninois a décidé de l’élaboration d’un outil national pour aider les populations riveraines des côtes à faire face aux menaces qui guettent ces mangroves. Il s’agit de la mise en place d’une stratégie nationale de gestion des mangroves. La Stratégie nationale de gestion durable des écosystèmes de mangroves du Bénin et son Plan d’action (2018-2023) validé au terme d’un atelier national qui s’est tenu le 12 octobre 2017 à Cotonou vont permettre la mise en œuvre pendant les cinq prochaines années, d’actions concrètes et durables pour inverser la tendance de destruction des ressources générées par les mangroves au Bénin. La vision contenue dans ce document de stratégie est que d’ici à 2023, « un réseau cohérent d’écosystèmes de mangroves au bénin, écologiquement représentatif, efficacement cogéré, assure la conservation de la biodiversité des mangroves, la gestion durable des zones de pêche connexes, la valorisation du patrimoine culturel, le partage juste et équitable des retombées socio-économiques et l’amélioration des moyens et conditions d’existence des communautés riveraines. Malgré la validation de cette stratégie, les mangroves semblent toutefois confrontées à ces fléaux néfastes. L’augmentation du volume des marées, associées à une plus forte salinité des sols, détériorent les marécages dans de nombreuses régions du pays. La situation à cela d’ironique que les mangroves, en soi, sont un puissant outil de lutte contre les changements climatiques. Elles peuvent emmagasiner des quantités considérables de dioxyde de carbone – en proportion davantage, que toute autre forêt – si bien que leur destruction libérerait d’importants volumes de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, avec des conséquences catastrophiques.

L’environnementaliste souligne que l’ONG Eco-Bénin a mené plusieurs actions pour la sauvegarde et la restauration des mangroves au Bénin. Au nombre des actions, l’on peut citer 100 hectares de mangrove restaurés, 60 acteurs formés sur les techniques de réalisation de pépinière et de plantation de mangrove, 500 acteurs sensibilisés sur l’importance de la préservation des mangroves, 10000 hectares d’écosystème fluvio-marin naturel préservé par la création et la gestion de l’ACCB-Bouche du Roy. Mais pour une gestion durable de ces écosystèmes ou de cette mangrove, l’environnementaliste préconise « La création de zone de protection et de conservation, l’enrichissement des zones dégradées, la promotion des sources d’énergies de substitution et des foyers améliorés, la promotion des activités à forte valeur ajoutée (aquaculture, apiculture, maraîchage, plantation).

Soulignons que les mangroves sont les écosystèmes les plus productifs en biomasse de notre planète. Les palétuviers en forme l’ossature et abritent une quantité d’espèces qui trouvent un refuge naturel dans ses racines. C’est un lieu de reproduction pour bon nombre d’espèces et un élément indispensable dans la fixation du carbone.

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