Colostrum, un lait vital pour la survie du veau
Dans les toutes premières heures de vie d’un veau, un liquide jaunâtre bien connu joue un rôle capital qui conditionne sa survie et sa croissance. Il s’agit du colostrum. Ce premier lait, sécrété après la mise bas, constitue un véritable bouclier nutritionnel et immunitaire. Il est donc déterminant pour le bon départ d’un veau.
Pourquoi le colostrum est vital dès la naissance d’un veau ?
À la naissance d’un veau, le colostrum, un liquide jaunâtre, est le premier lait sécrété. Il doit être administré le plus rapidement possible afin d’assurer une immunité passive optimale et de protéger le veau dès ses premières heures de vie. Toutefois, dans certaines localités, il arrive que ce colostrum soit accaparé par les bouviers, privant ainsi le veau de cet aliment essentiel, alors même que la perméabilité intestinale diminue progressivement avec le temps. En effet, 12 heures après la naissance, les intestins du veau ne permettent plus l’absorption que d’environ 50 % des anticorps, et cette capacité devient quasi nulle au-delà de 24 heures.
Richesse immunitaire et nutritionnelle du colostrum bovin
Le colostrum bovin renferme de nombreux constituants essentiels à la santé et au développement du veau. Selon la thèse de Pauline, Jeanine Jocelyne Hérambert, soutenue à l’UFR de Médecine de l’Université de Nantes en septembre 2024, il est particulièrement riche en protéines, dominées par les immunoglobulines maternelles qui représentent près de 50 % de la fraction protéique le premier jour post-partum. Trois types d’immunoglobulines y sont présents. Il s’agit des IgG, majoritaires de 85 à 90 %; des IgM d’environ 5 %; et des IgA d’environ 7 %.
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En outre, les IgG se répartissent elles-mêmes en deux sous-classes, notamment les IgG1, soit 80 à 90 % des IgG, et les IgG2. Outre ces immunoglobulines, le colostrum contient d’autres protéines importantes telles que la caséine, qui facilite la digestion lactée par la formation du caillé dans la caillette, l’albumine sérique et la lactoferrine. Il renferme également des oligosaccharides, principalement le lactose mais aussi du glucose et du fructose, ainsi que des lipides comprenant notamment des oméga-3, des oméga-6 et des phospholipides.
Un bouclier immunitaire irremplaçable
Sur le plan immunitaire, il contient des cellules immunitaires d’une importance capitale. Il contient notamment des leucocytes composés de 20 à 40 %, de macrophages, de 22 à 25 % de lymphocytes, de 1 à 2 % de lymphocytes B et de 22 à 25 % de granulocytes neutrophiles. «Le colostrum est très vital pour la survie et le développement du veau », a expliqué le vétérinaire. Selon lui, le veau naît avec un système immunitaire encore très faible, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux maladies. «Le colostrum assure une protection immunitaire essentielle, car le veau naît avec un système immunitaire très faible qui le prédispose à toutes sortes de pathologies», a-t-il indiqué. Grâce aux anticorps qu’il contient, ce premier lait agit comme un véritable bouclier contre les infections durant les premiers jours de sa vie.
Une source concentrée d’énergie et de nutriments
Au-delà de son rôle immunitaire, le colostrum constitue aussi un apport nutritionnel majeur. L’un des rôles essentiels du colostrum est de fournir au veau une grande quantité d’énergie. Selon la même source, il est reconnu qu’à volume égal, le colostrum possède une valeur énergétique deux fois supérieure à celle du lait. «C’est un concentré d’énergie et de nutriments», a souligné Issiaka OROU WONKA. Il est particulièrement riche en vitamines A, D et E, indispensables à la croissance et au bon fonctionnement de l’organisme du veau. Le colostrum renferme également des oligoéléments essentiels tels que le fer et le zinc, «très indispensables pour la croissance du veau», a-t-il précisé.
Il ressort ainsi que le colostrum contribue à satisfaire l’ensemble des besoins physiologiques du veau et favorise le bon fonctionnement de ses différents systèmes, notamment les systèmes digestif et endocrinien. Son rôle dans le développement digestif n’est donc plus à démontrer. C’est bien la raison pour laquelle le vétérinaire a insisté sur cet aspect souvent négligé, d’autant qu’il a un impact sur le tube digestif. «Le colostrum joue le rôle de nettoyeur du tube digestif et assure la maturité intestinale grâce aux hormones qu’il renferme», a-t-il expliqué. Cette fonction permet au veau de mieux digérer les aliments qu’il consommera par la suite.
Une consommation humaine encore répandue
Dans certaines zones d’élevage, le colostrum est parfois prélevé pour être consommé par les humains. Une pratique que confirme le vétérinaire. « Le colostrum est très consommé par les animaliers. Bien qu’ils n’aient pas étudié, ils connaissent l’importance de ce liquide. « Certains le consomment avant même le veau», a-t-il affirmé. Cette situation s’explique, selon lui, par des croyances traditionnelles et par la valeur nutritionnelle reconnue du colostrum dans les communautés rurales. Mais cette pratique n’est pas sans risques. « Si le colostrum est totalement récolté et que le veau n’en trouve pas, cela peut avoir de graves conséquences sur sa santé », a averti Issiaka OROU WONKA. Privé de colostrum, le veau est exposé aux maladies et à un retard de croissance.
Par ailleurs, il est nécessaire d’en appeler à une plus grande responsabilité des éleveurs, notamment des nouveaux acteurs du secteur, afin de permettre au veau de bénéficier pleinement de cet aliment précieux pour sa santé et sa croissance. Le respect de cette exigence constitue un levier essentiel pour garantir un élevage bovin durable et productif, tout en limitant les pertes liées aux maladies néonatales.
Aboubakar FAÏSSAL


