Abomey-Calavi
Genre et développement

ENTREPRENEURIAT FÉMININ DANS LE ZOU: ACMA 2 fait de l’arachide une filière créatrice de revenus à Za-Kpota

Longtemps ignorée par les politiques de développement, la filière arachidière dans le département du Zou, commune de Zakpota, se révèle de jour en jour grâce aux différents appuis des projets et programmes dont le programme Approche Communale pour le Marché Agricole, phase 2 géré par le consortium formé de l’IFDC, de Care Bénin Togo et de KIT. Dame Marie GUITCHAN, transformatrice d’arachide en KluiKlui et produits dérivés dans la commune de Zakpota, dresse un bilan satisfaisant des différentes réalisations du programme dans la filière arachidière.

Par Megan Valère SOSSOU

Au Bénin, la production d’arachide représente environ 40% de la production totale de légumineuse selon le Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche. L’essentiel de la production est assurée par de petites exploitations agricoles qui approvisionnent entre autres des unités artisanales de transformation locale. C’est le cas de dame Marie GUITCHAN, transformatrice d’arachide en Kluiklui et produits dérivés résidant dans la commune de Zakpota, arrondissement Kpozoun, quartier Adovi.
Transformation d’arachide en produits dérivés, une activité rentable.
Elle, qui a commencé l’activité de transformation d’arachide en kluiklui et produits dérivés en 1995, affirme l’avoir hérité de ses parents. « C’est une activité rentable qui nous nourrit mais aussi permet à d’autres ménages de joindre les deux bouts » dixit-elle. À l’en croire, au début, c’était avec beaucoup de difficultés que s’exerçait l’activité. Des moyens rudimentaires en absence de machine de transformation avec très peu de matières premières. Elle, qui recrute hebdomadairement, une dizaine de femmes pour l’aider dans la transformation avec au total cinq foyers traditionnels, des paniers (petits, moyens et gros), des bassines, une décortiqueuse et une machine à écraser, utilise en majorité des arachides (matière première) en provenance des communes de Ouèssè et de Malanville.

Le kluiklui

Actuellement, malgré les importations d’huile de palme, la demande pour l’huile d’arachide et son tourteau frit reste très soutenue et rentable. Dame Marie GUITCHAN en a pour preuve le chiffre d’affaire réalisé sur la vente du kluiklui seul. « Nous vendons le panier à 70 000 FCFA. Il contient 40 unités de kluiklui fois 100, soit 4000 kluiklui et gagnons normalement 3000 FCFA sur un sac d’arachide acheté à 55 000 FCFA après soustraction de toutes dépenses nécessaires, trois jours après » a-t-elle déclaré. En clair, la transformatrice d’arachide tire plusieurs bénéfices de différents produits tels que la pâte d’arachide, l’huile d’arachide et les kluiklui.

Quid des apports du programme ACMA 2

Le programme Approche Communale pour le Marché Agricole, phase 2, œuvrant pour l’amélioration de la sécurité alimentaire des populations au Bénin, a positivement impacté les acteurs de la filière arachidière selon Marie Guitchan. « ACMA 2, nous a beaucoup aidé à travers des formations sur les normes et qualités, les techniques de gestion des ressources financières. A noter également que le programme nous ouvre les portes des différentes foires en vue d’écouler nos produits. »

Elle soutient que le programme promeut véritablement les produits issus de la transformation d’arachide tout en justifiant qu’il arrive que des clients grossistes nous rachètent 20 bidons de 25 Litres d’huile d’arachide. Pour le développement des unités de transformation et la croissance des revenus, le programme ACMA 2, a également facilité l’accès aux crédits agricoles explique dame Marie Guitchan. Elle affirme «…. nous avons contractés auprès des structures de micro finance comme ALIDE et UNACREP des crédits grâce à la facilitation du programme ACMA 2 ».

Marie Guitchan, très active dans les associations de femmes de la commune de Zakpota, est la Présidente en exercice des femmes productrices, transformatrice et commerçantes des produits agricoles de la commune de Zakpota. Elle confie avoir pris des mesures pour l’immatriculation des acteurs de la chaine de valeur. « À cause de l’exigence de l’immatriculation, j’ai dû rassembler dix femmes de la filière arachidière de mon village à s’immatriculer à la Direction Départementale de l’Agriculture de l’Elevage et de la Pêche du Zou en décembre 2020 ».

La Covid 19, l’élément perturbateur en 2020

La pandémie liée au coronavirus, Covid-19 aurait des impacts négatifs sur l’activité aux dits de dame Marie. « Nous avons eu des stocks importants de kluiklui, de pate d’arachide, d’huile et même d’arachide en coque sans la moindre vente. L’accès au marché nigérian étant aussi bloqué ». En résumé, la situation pandémique, s’est répercutée considérablement sur les revenus de celle-ci et par ricochet de toute son équipe constituée d’une dizaine de femme. Outre, la période de la crise sanitaire, Marie Guitchan affirme avoir l’habitude de vendre ses produits, aux restaurants, et à des clients grossistes du Nigéria, de Porto-Novo, de Cotonou et d’autres grandes villes du Bénin, sans oublier les consommateurs locaux.

Transformation d’arachide, une activité pas sans difficultés.

Bien qu’ils aient les capacités à faire du warrantage, les acteurs de cette filière ne disposent pas encore du moyen adéquat (un magasin) dans la commune de Zakpota. Ni de bassine, ni de tricycle encore moins de machine de transformation, une situation que déplore Marie Guichan qui néanmoins, plaide pour la mise en place d’un magasin à Zakpota pour que les différentes fluctuations que connait le prix des produits arachidiers puissent les permettre d’engranger des revenus importants.

Elle soutient aussi que pour une telle filière qui nourrit livreurs, chauffeurs, producteurs, transformatrices, commerçantes et bien d’autres acteurs non négligeables de la filière arachidière, des appuis matériels et financiers sont nécessaires pour une économie prospère, en particulier l’autonomisation économique des femmes. Au nombre des autres difficultés peut-on citer les risques sanitaires liés à l’exposition au feu, la force au travail, les difficultés d’accès à l’eau et aux combustibles fait savoir Marie Guitchan. Mais, il se trouve aussi que l’appauvrissement des sols, engendré par l’utilisation des désherbants chimiques dans la culture de l’arachide, répercute désormais sur la quantité et la qualité d’huile à extraire de la pâte d’un sac d’arachide. Elle explique « …de dix litres (10 L), on en vient souvent à six litres (6L) voire cinq litres (05L). Ce qui constitue d’énormes perte de revenus pour nous ».

En revanche, pour régler la problématique liée au conditionnement, dame Marie avoue, allée elle-même à Godomey pour payer des plastiques de mesure 1L, 5L et 25 L, et les ai étiqueté. Le chercheur au Laboratoire d’Analyse des Dynamiques Sociales et du Développement (LADYD), Faculté des Sciences Agronomiques (FSA), Université d’Abomey-Calavi (UAC), Euloge Grégoire Videgla, en reconnaissant la place importante qu’occupe le produit Kluiklui issu de la transformation de l’arachide à l’économie nationale, estime qu’une amélioration des conditions de travail des acteurs de la transformation d’arachide par labellisation et conditionnement des produits, les rendra plus attrayants sur le marché national qu’international.
En général, l’activité de transformation reste rentable, mais, la production d’arachide elle, arrive difficilement à satisfaire la demande sans cesse croissante des unités artisanales agroalimentaires en majeure partie féminine. Il va falloir fertiliser les sols propices pour améliorer la productivité et à accroître les revenus des acteurs de cette chaîne de valeur agricole.

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