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L’IGNAME : Un tubercule produit à grande échelle au Bénin

Au Bénin, l’igname constitue le deuxième produit vivrier après le maïs avec une production de plus de 2. 500 000 tonnes et reste l’aliment de base pour une bonne partie de la population. Plusieurs variétés d’igname sont cultivées à travers le pays pour répondre à la demande alimentaire des populations.

Par Laure LEKOSSA

Parmi les plantes à racines et tubercules, l’igname avec une production de 71 millions de tonnes en 2017, constitue la base de l’alimentation de plus de 500 millions de personnes dans certains pays tropicaux d’Afrique. La production mondiale d’igname a presque triplé au cours des trois dernières décennies, en particulier au Nigeria, au Bénin et au Ghana  où le potentiel de l’igname laisse à penser qu’elle pourrait être, dans un avenir proche, un recours pour répondre aux besoins alimentaires grandissants des populations.

Au Bénin, la production moyenne annuelle d’igname sur les dix dernières campagnes est de 2 730 000 tonnes (DSA, 2017). Au cours de la campagne agricole 2016–2017, la production béninoise a été de 3 041 245 tonnes, soit 5 % de la production mondiale (DSA et MAEP, 2017), ce qui classe le Bénin au quatrième rang des pays producteurs d’igname après le Nigeria (70 % de la production mondiale), la Côte d’Ivoire (9 %) et le Ghana (7 %). L’igname est donc considérée comme l’un des produits stratégiques pour la sécurité alimentaire du Bénin, où les départements favorables à sa production sont les Collines, le Borgou, la Donga, l’Atacora, l’Alibori, le Zou et le Plateau. Les agriculteurs cultivent l’igname pour leur autoconsommation et génèrent aussi des revenus en commercialisant les surplus. L’igname est donc devenue une culture de rente qui alimente les marchés urbains. L’igname est beaucoup moins sensible aux fluctuations des prix que les céréales lorsque des crises surviennent sur les marchés internationaux. La culture de l’igname contribue donc à améliorer la stabilité du système alimentaire et accroît la prévisibilité des revenus des agriculteurs. Cependant, si la production d’igname a connu une croissance remarquable depuis quelques décennies, cet accroissement s’explique pour plus des trois quarts par l’augmentation des surfaces. La conséquence est donc le déboisement de milliers d’hectares de formations végétales chaque année. En effet, l’igname étant cultivée en tête de succession culturale, elle est associée aux défriches de jachères de longue durée et il en résulte la disparition d’espaces forestiers et à terme, une dégradation du patrimoine forestier et des sols (FAO, 2017).

Production de l’igname

Durant la saison de culture, l’igname a donc besoin d’une importante quantité d’eau. La culture se pratique avec succès dans des zones où la pluviométrie varie entre 1000 et 1800 mm (Degras, 1986). Cependant, certaines ignames sont cultivées dans des climats où la pluviométrie dépasse 3000 mm et, à l’opposé, il est possible de cultiver l’igname avec une pluviométrie de seulement 600 mm, mais le rendement net reste faible et il n’est pas possible de réaliser deux récoltes. Selon l’IITA (1994) et Cornet (2005), la bonne répartition des précipitations au cours du cycle est souvent plus importante pour la culture d’igname que leur volume total. Selon ces auteurs, la disponibilité en eau serait cruciale entre la quatorzième et la vingtième semaine de végétation. Au Bénin, les premières pluies qui suivent la période de plantation de l’igname, c’est-à-dire de janvier à avril pour les zones Centre et Nord-Est et janvier à mai pour la zone Nord-Ouest, déterminent significativement le rendement de l’igname. Cependant, une pluie qui survient en janvier affecte négativement le rendement des ignames quelle que soit la zone.

En cours de cycle, l’igname peut tolérer de courtes périodes de stress hydrique, avec de grandes différences variétales. Cette tolérance s’accompagne presque toujours d’une réduction du rendement. La forte proportion d’eau dans le semenceau rend sa germination relativement indépendante du statut hydrique du sol. Toutefois, les besoins hydriques réels des ignames sont loin d’être bien connus. En effet, contrairement à d’autres plantes à racines et tubercules comme la pomme de terre, le manioc ou la patate douce, dont les coefficients culturaux sont connus pour les différents stades de croissances, ceux de l’igname restent peu connus. Le niveau de production varie d’une zone de production à l’autre et est fonction de la variété utilisée (précoce, intermédiaire ou tardive), du système de culture (rotation ou association) et du type de terres exploitées : terres de défriche, de jachère de longue durée, de jachère de courte durée ; au Bénin, les terres de bas-fond ou de lits de cours d’eau sont aussi de plus en plus utilisées dans les départements des Collines (Centre) et de l’Atacora (Nord-Ouest).

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Pratiques culturales

Au-delà des conditions climatiques et édaphiques, les pratiques culturales ont également un effet sur la productivité des ignames. Au nombre de ces pratiques qui peuvent influencer la production des ignames, il y a entre autres, le travail du sol, le matériel de plantation, le tuteurage, la fertilisation, l’entretien. Au Bénin, la plantation a normalement lieu en décembre ou en janvier. Des variétés telles que Laboko, Kpouna, Ankploman, Ofegui et Soagoné doivent être plantées dès le début du mois de décembre. Ces variétés sont parmi les premières à arriver sur les marchés, dès les mois de juillet-août ; elles doivent être consommées rapidement en raison de leur courte période de dormance. À l’inverse, certaines variétés locales sensibles à la chaleur, telles que Kodjewé, Gnananbo, Agatou, Baniouré, Kpakouvè ou Aloungan doivent être plantées profondément et tardivement vers la fin du mois de février, de manière à éviter la pourriture dans les buttes. La date de plantation varie fortement en fonction du début de la saison des pluies, mais aussi de la variété. Afin de conserver le semenceau jusqu’à la plantation, l’agriculteur a recours parfois à un égermage, technique qui consiste à casser la tige germée en cours de stockage.

Dans le contexte des mutations environnementales (changements climatiques, appauvrissement et accélération de la dégradation des terres) et sociales (accroissement rapide de la population, des besoins et modes alimentaires), les conditions requises pour une véritable optimisation de la production des ignames et la durabilité des pratiques culturales innovantes sont encore mal connues et méritent d’être approfondies. Il est donc nécessaire, dans une approche visant une production d’igname plus durable, de continuer à développer de nouvelles technologies et de mieux caractériser les facteurs édaphiques, climatiques, agronomiques et socio-économiques, déterminants pour une amélioration des rendements, en tenant compte de l’importante variabilité des cultivars d’igname en Afrique de l’Ouest et de leurs qualités alimentaires. L’igname est par conséquent une culture à forte production qui mérité un soutien favorable de la part des gouvernements pour le développement de la filière.

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