De l’assistance internationale à des stratégies pérennes pour la résilience des marchés
La hausse persistante des prix alimentaires met à rude épreuve les ménages et les économies, surtout dans les pays à faible revenu. Le rapport 2025 sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde appelle les pouvoirs publics à dépasser l’urgence pour bâtir des stratégies durables.
Amorcée fin 2020, l’inflation alimentaire mondiale continue de marquer les marchés. Si les prix se sont légèrement repliés depuis leur pic de 13,6 % en janvier 2023, ils demeurent supérieurs aux niveaux d’avant la pandémie. Dans les pays à faible revenu, la situation est encore plus critique. L’inflation a atteint 30 % en mai 2023, rognant sévèrement le pouvoir d’achat et aggravant l’insécurité alimentaire.
Les produits de base, notamment les céréales et les huiles, ont connu les plus fortes hausses, touchant de plein fouet les ménages les plus pauvres qui consacrent une large part de leurs revenus à l’alimentation. En conséquence, plus de 2,3 milliards de personnes étaient en situation d’insécurité alimentaire modérée ou grave en 2024 avec un taux avoisinant les 60 % en Afrique.
Par ailleurs, les données du rapport sont sans appel. Une hausse de 10 % des prix alimentaires entraîne en moyenne une augmentation de 3,5 % de l’insécurité alimentaire modérée ou grave, et de 1,8 % pour l’insécurité grave. Ce lien direct justifie l’urgence d’actions coordonnées entre acteurs humanitaires, gouvernements et partenaires du développement.
L’insuffisance de l’assistance d’urgence
Face à ces tensions, les réponses humanitaires restent indispensables, mais montrent également leurs limites. Qu’il s’agisse de distributions ou de transferts monétaires, l’aide alimentaire soulage à court terme, mais ne freine pas la spirale haussière des prix ni ses effets structurels sur les marchés. De plus, si elle n’est pas accompagnée de mesures de relèvement économique, elle peut instaurer une dépendance.
Dans ce contexte, le rapport de la FAO plaide pour une nouvelle dynamique dans laquelle il ne s’agira plus seulement de réagir aux crises, mais de préparer les marchés et les ménages à y résister.
Lire aussi : COUT D’UNE ALIMENTATION SAINE : Le Bénin vient 13è en Afrique selon la FAO
Stabiliser les prix, soutenir la production
Les recommandations mettent l’accent sur une combinaison de mesures. D’abord, protéger les ménages vulnérables via des réductions temporaires de taxes sur les denrées essentielles et des programmes de protection sociale ciblés. Ensuite, stabiliser les marchés en harmonisant les politiques budgétaires et monétaires, en constituant des réserves stratégiques de nourriture et en renforçant la transparence des prix pour éviter la spéculation. Sur le long terme, investir dans les systèmes agroalimentaires locaux devient une nécessité. D’autre part, améliorer le stockage, le transport, la transformation et la productivité agricole permettrait de réduire les ruptures d’approvisionnement et de limiter l’impact des chocs climatiques ou géopolitiques sur les prix.
Dans un contexte de volatilité persistante et de crises à répétition, la stratégie proposée par la FAO vise à transformer l’assistance en tremplin pour l’autonomie. Passer de l’aide ponctuelle à des politiques intégrées permettrait non seulement de protéger les consommateurs, mais aussi de soutenir les producteurs, maillon central de la stabilité des marchés. En d’autres termes, la lutte contre l’inflation alimentaire se gagnera dans la capacité à bâtir des marchés résilients, capables d’absorber les chocs sans compromettre l’accès de tous à une alimentation saine et abordable.
Maëlle ANATO