« Il est encadré par des normes légales bien définies », Victor Ahomlanto, Ingénieur du développement rural
La pêche n’est pas seulement une activité économique : c’est un enjeu de sécurité alimentaire et de santé publique. Mais, comment s’assure-t-on que les produits halieutiques soient sûrs pour le consommateur ? Pour répondre à cette question, nous avons reçu Victor Ahomlanto, Ingénieur diplômé de développement rural, qui nous explique, dans cet entretien, le cadre légal, les normes de sécurité et les actions de formation et de contrôle qui encadrent la filière au Bénin.
Le secteur agroalimentaire est-il régi par des lois ?
Lorsque l’on parle d’agroalimentaire, il faut rappeler que les produits halieutiques, c’est-à-dire les produits de la pêche, en font pleinement partie. Le secteur agroalimentaire est encadré par des normes, des tests réglementaires et des dispositions légales bien définies. L’un des principaux textes juridiques est la loi n°84-009 de 1984, qui régit l’ensemble du secteur agroalimentaire, y compris les produits de pêche.
Cette loi se réfère à des référentiels recommandés, sur lesquels les acteurs peuvent s’appuyer pour mettre sur le marché des produits sains. Le principal référentiel est le HACCP (Hazard Analysis and Critical Control Point), un système basé sur l’analyse des risques et la maîtrise des points critiques.
À l’échelle internationale, ces référentiels ont inspiré l’élaboration de normes largement utilisées aujourd’hui, telles que la norme ISO 22000 pour la sécurité des denrées alimentaires et la norme ISO 17025 pour les laboratoires d’analyses qui accompagnent le système agroalimentaire.
Qu’en est-il de la réglementation dans le secteur de la pêche et face à la pollution halieutique ?
De nombreux dispositifs réglementaires, juridiques et normatifs ont été élaborés et adoptés par les autorités compétentes. Ces textes couvrent tous les aspects liés à la pêche : lutte contre la pollution halieutique, pêche, transformation, transport, conditionnement, conservation des produits, aquaculture et inspection.
Ces dispositions sont-elles effectivement respectées ?
Selon les moyens de la filière, ces règles sont en grande partie respectées. L’État joue un rôle essentiel en créant les conditions nécessaires à leur application. Par exemple, il met à disposition des points de débarquement aménagés, développe des zones de transformation et investit dans la modernisation des infrastructures.
Bien que le système ne soit pas encore parfait, des efforts significatifs ont été réalisés pour permettre aux acteurs de se conformer aux normes. Des services d’inspection, au niveau départemental et national, accompagnent, conseillent et contrôlent les acteurs de la filière.
Des actions de formation et de sensibilisation sont-elles menées ?
Des activités de renforcement des capacités sont organisées tant au niveau local qu’au niveau national, comme récemment à Grand-Popo. L’État mobilise régulièrement des ressources pour former les acteurs de l’ensemble de la chaîne de valeur de la pêche.
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Existe-t-il des sanctions en cas de non-respect des normes ?
Après sensibilisation, formation et recommandations, des sanctions sont prévues et appliquées en cas de non-respect des normes. Par exemple, pour les produits halieutiques fumés, les acteurs sont formés aux bonnes pratiques de fumage, de conservation et d’hygiène. Les produits sont ensuite analysés en laboratoire.
Si les résultats montrent que les normes ne sont pas respectées, le produit est retiré de la consommation, ce qui constitue une perte pour le producteur, et des amendes peuvent s’ajouter. L’objectif de ces mesures est d’assurer une conformité durable aux exigences réglementaires. Certes, certains produits échappent encore au dispositif, mais dans la majorité des cas, l’administration exerce une surveillance effective.
Ces normes sont-elles adaptées aux réalités des pêcheurs et des transformateurs ?
Les normes et tests couvrent toutes les étapes de la chaîne : pêche, transformation, conservation et commercialisation. À chaque niveau, il existe des exigences et des recommandations claires. Les acteurs sont formés, accompagnés dans la mise en œuvre et suivis sur le terrain. Atteindre 100 % de qualité est un idéal. Quelques cas de non-qualité subsistent, mais ils permettent de renforcer les actions de formation et de sensibilisation pour améliorer continuellement le système.
Vignon Justin ADANDE


