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1er groupe de presse agricole en Afrique de l’Ouest

ESTELLE BRUN À PROPOS DES ZONES HUMIDES AU BÉNIN : « Elles constituent une âme, un lieu sacré qui requiert respect… »

 ESTELLE BRUN À PROPOS DES ZONES HUMIDES AU BÉNIN : « Elles constituent une âme, un lieu sacré qui requiert respect… »

Dans la tradition béninoise, les zones humides sont souvent associées à des divinités et à des croyances ancestrales. Ces divinités sont vénérées pour leur influence sur les cycles naturels, la fertilité des terres, la régulation des précipitations et la protection des ressources aquatiques. Elles jouent un rôle central dans les pratiques rituelles et les célébrations communautaires, symbolisant le lien sacré entre l’homme et la nature. LE RURAL a voulu savoir plus en se rapprochant de Landrique Estelle BRUN, spé­cialiste en Géosciences de l’Environnement et Aménagement de l’Espace et experte en Gestion des Zones Humides.

 

Dr Landrique Estelle BRUN

 

LE RURAL : Quels sont les exemples de divinités associées aux zones humides ici au Bénin ?

Dr Landrique Estelle BRUN : D’entrée de jeu, il est à noter que de nombreuses forêts sacrées avec une flore riche et diversifiée d’espèces végétales endémiques et protégées sont présentes autour de ces zones humides du Bénin en particulier et d’Afrique en général. Il y a trois catégories de divinités autour des zones humides. La 1ère catégorie concerne la forêt, la 2ième catégorie est liée à la zone humide et la 3ième catégorie est liée à l’eau. Et ces écosystèmes fragiles regorgent des divinités qui constituent des espaces protecteurs du milieu. Au Bénin, on peut citer la divinité « Dan », « Tohossou », etc. De même, les forêts sacrées qui entourent ces écosystèmes fragiles portent des noms et des sacrifices et rituels se font périodiquement ou annuellement et parfois, au cas où les populations riveraines enfreignent les règles sur ces milieux humides. De plus, les zones humides portent des noms qui leurs sont spécifiques compte tenu de l’histoire des peuples, des communautés, de la région ou de la zone. Ainsi donc, chaque type de zone humide est identifié par un nom qui peut être collé soit à la zone humide, soit à la forêt qui entoure ces zones humides ou soit l’eau.

Quel rôle jouent ces divinités dans les croyances et les pratiques traditionnelles des communautés vivant près des zones humides ?

Sur le plan culturel et cultuel, croyances et pratiques traditionnelles, ces divinités jouent un rôle de protection de l’environnement, de la biodiversité, des peuples ou des communautés qui y vivent, car l’eau des cours et plan d’eau et les forêts qui y sont associées ont des fonctions sacrées telles que les rites d’ébullition, d’initiation et de sacralisation pour les divinités liées à l’eau ainsi que pour les religions importées ou modernes (église de christianisme céleste, église évangélique) et la religion vodouiste.

Comment les divinités vénérées dans les zones humides influencent-t-elles les attitudes et les comportements des populations envers ces écosystèmes ?

Cette question est difficile à répondre puisque je ne suis pas une initiée des clans. C’est ma curiosité qui m’a poussé à avoir des réponses dans ce domaine lors de mes investigations en milieu réel dans le cadre de mes recherches scientifiques. Je peux toutefois dire que cela dépend. Chaque religion apprécie à sa juste valeur comment la population, la communauté ou l’individu les perçoit. Pour ce qui est de la religion vaudouiste, les attitudes et les comportements à l’égard des divinités autour de ces zones humides sont respectés à la lettre. Mais pour la religion moderne, ces populations ne les considèrent guère et n’acceptent même pas qu’il existe de telles divinités. Et cela constitue une grave menace pour la protection du milieu, de la population, de la communauté ou de l’individu car les « dieux » peuvent décharger leur colère d’abord sur tel individu et ensuite sur la communauté ou la population ou la région. D’où des sacrifices et rituels cultuels qui peuvent en découler soit périodiquement, soit annuellement pour la communauté ou la population résidente.

Quels sont les défis auxquels sont confrontées les divinités et les traditions religieuses liées aux zones humides en raison des changements environnementaux ?

Vous savez, les traditions religieuses et les divinités en général et en particulier celles liées aux zones humides subissent d’énormes pressions anthropiques et des changements environnementaux. Et cela est dû à la non croyance des religions modernes qui considèrent ces divinités comme une « barbarie » ou un « diable » en personne. Tout reste à croire que les peuples africains et surtout du Bénin ignorent de telle ou telle coutume alors que cela constitue dans l’histoire des peuples africains leur identité culturelle qu’il faut à tout prix valoriser. Car l’Afrique en général regorge assez de potentialités dans ce domaine non encore exploité et est considéré comme un terrain vierge jadis. De plus, l’Afrique est le « berceau de l’humanité toute entière ». Mais aujourd’hui, le Bénin a compris et a commencé par mettre les petits plats dans les grands en instaurant le 10 janvier de chaque année comme « Fête des religions endogènes » appelée actuellement « Les Vaudou Days ». Il faudra donc une Éducation Relative à l’Environnement (ERE) et une Éducation pour le Développement Durable (EDD) pour une meilleure prise en compte de ces paramètres locaux tant à l’échelle mondiale, régionale, nationale que locale.

 

Y-a-il des collaborations entre les gestionnaires des zones humides et les autorités religieuses pour la préservation et la gestion durable de ces écosystèmes ?

Oui, il y a même des textes réglementaires qui régissent la collaboration entre les gestionnaires des zones humides et les autorités religieuses pour la préservation et la gestion durable de ces écosystèmes. Car, vous ne pouvez pas être gestionnaire de ces zones humides sans être initié auparavant. Donc on ne choisit pas au hasard. Il faut être d’abord du milieu et être un initié. Et c’est cette collaboration qui fait que la préservation et la gestion durable de ces milieux restent et demeurent d’actualité au sein de ces communautés ou populations. Il y a des zones humides où vous pouvez partir sans même toucher les plantes, c’est interdit ; surtout à la femme quand elle est en menstrues. Dans la zone d’Allada, au niveau de Niaouli, la rivière Ava est l’eau qu’ils boivent, l’eau qui leur sert à tout. Quand une femme touche à une des plantes dans ces zones, elle doit faire des sacrifices à ces milieux ou on fait appel aux gérants qui font les rites cultuels pour s’en occuper. C’est très délicat. Si vous allez dans les coins reculés où il y a des zones humides, le respect est de mise. L’évangélisation et la religion ont fait partir ces aspects concernant les zones humides, ce qui fait qu’il y a beaucoup de menaces qui pèsent sur ces zones humides. Elles subissent aujourd’hui des réfections considérables d’où leur perte.

 

Comment les histoires associées à ces divinités sont-elles liées aux caractéristiques des zones humides locales, comme les marais, les lacs ou les rivières ?

Chaque type de zone humide (marias, lacs, rivières, marécages, mares, etc) regorge d’histoires (récits, légendes, contes, etc) dans une localité, une région ou une commune. Si je prends un exemple de la Commune d’Allada, le marais « Ahoutè », ça regorge assez d’histoire. C’est à la conquête des terres arables, des guerres intestinales et la royauté entre la dynastie du roi d’Abomey « Agadja » et celui d’Allada « Adjahoutô » que ce marais a vu le jour. C’était une terre ferme avant et cette histoire a fait que l’eau a surgi après que le roi d’Allada ait prononcé des paroles incantatoires en enlevant sa chemise pour se réfugier. Dès lors, l’eau est l’élément hostile du roi et du peuple d’Abomey. Et dans ce marais chaque année, il y a toujours des personnes en voulant se nager ou en voulant aller pêcher, disparaissent sans que leurs corps ne soient retrouvés.

Quelles sont les initiatives éducatives visant à promouvoir la sensibilisation et le respect envers ces divinités et leurs habitats naturels parmi les habitants locaux et les visiteurs des zones humides ?

La période sèche constitue des opportunités de valorisation et d’emplois à travers les visites touristiques pour les visiteurs étrangers et locaux. Les guides touristiques choisis et formés dans ce cadre ont des connaissances sur l’écologie et la biologie des espèces végétales des zones humides ainsi que les moyens à développer pour leur conservation. Les acteurs locaux, dans leur logique montrent que les zones humides, leurs divinités et forêts ne sont pas seulement un écosystème mais un ensemble d’éléments de la nature (végétation, animaux, poisson, sol, etc.), une âme, un lieu sacré qui requiert respect, protection et mérite d’être conservé. Ainsi donc, cet aspect de sacralisation des zones humides amènent les chefs religieux et traditionnels, les dignitaires et les têtes couronnées à élaborer une réglementation traditionnelle en faveur desdites zones. Par conséquent, le respect des divinités et leurs habitats naturels sont de mise pour les populations locales et les visiteurs. Cela constitue donc l’une des initiatives éducatives pour la promotion et le respect de ces zones humides, des divinités et forêts qui y sont associées.

 

Quelles sont vos propres réflexions sur l’importance de comprendre et de respecter les croyances religieuses dans la conservation des zones humides ?

Vous savez, en Afrique et surtout au Bénin, les gardiens de la tradition estiment que les zones humides constituent des lieux sacrés où les dieux y habitent et veillent à la protection de la population. En effet, la fonction spirituelle des zones humides sacralisées et l’interdiction d’accès leur permettent de garder leur structure initiale et de contribuer à l’équilibre écologique (habitats, lieux de conservation de la biodiversité, etc.) Par conséquent, la culture et le culte, instaurés par les autorités traditionnelles constituent des formes de conservation et de protection durable des zones humides dans certains pays comme le Bénin.

Évidemment oui, puisque la science ne peut pas tout expliquer si on se réfère à la fonction socioculturelle des zones humides.

Du point de vue culturel, les zones humides sont considérées comme un écosystème tabou ou sacré et leur accès est parfois interdit dans certaines localités.

En effet, le caractère sacré des zones humides fait de cet écosystème un lieu de sacrifice périodique et de vénération pour certaines divinités implantée comme «Ava» et «Dan» ne sont que des exemples édifiants dans le cas d’étude.

Ensemble restons dans la dynamique de préserver l’environnement !

Respectons les us et coutumes de chaque pays africains !

 

Propos recueillis et transcris par Rébécca Kafoui KANSOU

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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